Gambettes en goguette

Aurore Vaucelle Publié le - Mis à jour le

Mode et beauté

L’UNE DES CONSTANTES de ce début de saison printanière est d’abord d’ordre mathématique. Plus les rayons de soleil sont à la fois précoces et concentrés - sans être forcément chaleureux d’ailleurs, la véritable température extérieure ne rentre pas dans l’équation -, plus les femmes ont tendance à s’arrêter devant un magasin de chaussures/robes à fleurs pour repérer l’objet qu’elles rêvent de porter, une fois la belle saison arrivée. (A ce sujet, ouvrons une parenthèse : heureuses, et bravo surtout à celles qui pourront ne se suffire que d’une seule paire de sandales, ou d’une unique robe Fermons la parenthèse.)

Précisément, il est intéressant, en ce moment, d’observer la gente féminine aux abords des vitrines de boutiquiers. Mimons la scène pour plus de clarté : une femme élégante passe, s’approche. Une rapide observation de haut en bas prouve qu’elle ne fait plus confiance à son thermostat intérieur. Elle a remis son trois-quart brun de fin d’hiver ce matin, mais a glissé en dessous une jupe plus légère, en viscose sans doute, et a osé le tout pour le tout : "pas de collants, nous verrons bien", s’est-elle dit devant son tiroir à chaussettes. "Après tout, Denis Collard a prévu un ciel dégagé et quelques rayons du soleil sur le centre du pays." Et le monsieur de la météo ne saurait mentir, c’est bien connu. Une telle prophétie - mais Denis Collard le sait-il ? - signe la fin des collants pour cet hiver 2012 et fâche les vendeurs de bas de laine - en effet vendre des maillots de bain rapporte toujours moins en ces contrées.

Adieu donc échelles, griffes et autres stratagèmes à base de vernis à ongles pour régler les problèmes subséquents au port des collants en hiver. Bonjour à vous, petites gambettes qui ne sont plus sorties depuis six mois déjà et qui ne savent plus quelle couleur adopter en société, à tel point qu’elles sont toutes pâles. Et les commentaires à ce sujet vont bon train. Certaines voudront faire taire les mauvaises langues - qui, elles, n’ont pas encore jeté leurs collants par-dessus les moulins - en usant de la stratégie autobronzant. Très mauvaise idée au demeurant : qui croira vraiment que vous n’avez bronzé que jusqu’à hauteur de votre ourlet de jupe ou seulement sur le devant. (Vous aurez forcément appliqué n’importe comment le dit autobronzant à l’arrière de vos gambettes, CQFD.) La règle en matière de première sortie de jambes est simple : pas d’esbroufe. Toutes les quilles sont pâlottes à la sortie de l’hiver, avec la marque sur la cheville de l’élastique des chaussettes que l’on a portées hier. Alors pour une fois qu’il règne un certain climat d’égalité entre femmes, profitons-en et dégainons les gambettes, pour les faire rosir un peu sous les regards de ces messieurs.

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