Mode et beauté

Heureuses retrouvailles entre aficionados, le défilé de la Cambre, qui se donnait ces vendredi et samedi aux Halles de Schaerbeek, donnait lieu à la rencontre d’un public des plus bigarrés : tour à tour endimanché, puis façon baba cool, ou bien - à l’autre extrémité - ultra looké façon défilés parisiens. Le tout massé contre les grilles des Halles, prêt à entrer pour assister au très attendu défilé de fin d’année.

Il faut dire que, fidèle à sa réputation, la Cambre [Modes] donne à voir un paysage de l’imaginaire quasi sans limites. Les 2es années entament le bal avec des propositions très techniques, dont un blouson anatomique dédié au motard qui pourra ainsi regarnir son vestiaire de façon originale. On voit passer des pantalons aux volumes extravagants ou encore des combis dont l’objectif est d’"engendrer une morphologie nouvelle". Les élèves se dépêtrent des critères de réalisation dans un génial exercice de style où l’on voit s’agiter des pièces habiles dans des postures amusantes. Chez les 1res années, on joue un défilé façon gigogne, les mannequins en manteaux et masques d’oiseaux perdent un plumage à chaque passage, passant ainsi du large trois quart masculin à la combinette modernisée. On le voit, les 1re et 2e années à la Cambre sont une période d’expérimentations de volumes et matières. On renouvelle ici le concept même de "Modes", au pluriel, car il n’y a pas qu’un seul chemin.

Marque de fabrique de la mode belge, c’est souvent la silhouette humaine qui est remise en question, bousculée chahutée, réinventée. Ici, on n’invente pas seulement les vêtements de demain, mais aussi une certaine manière de vivre les tendances à venir.

La mode, celle que l’on va porter, c’est le travail auquel s’attellent les 3es années, au travers de cette "mini" collection qu’ils ont imaginée. Si les modalités du vêtement dit "portable" sont insérées aux réflexions esthétiques, les formes s’adoucissent mais l’esprit reste vif. On relève des matières futuristes chez Chloé Schuiten, des motifs hallucinés chez Emmanuel Lebas, ou encore le dépouillement distingué d’Anaïs Lalu.

Les 4e et 5e années n’ont qu’à bien se tenir et faire la preuve de leur maturité. Si déjà quelques belles idées et grandes notions d’élégance pointent en quatrième année, (on pense à Deborah Rozenberg ou à Gioia Seghers, as dans l’accessoire), les 5es années recèlent quelques grands talents, parmi lesquels Céline de Schepper, dont les silhouettes organiques aux couleurs telluriques forment un ensemble exotique chic. Elise Viste rappelle que "mode" est un mot-valise qui peut contenir bien des choses, et même un mannequin. Enfin, avec ses manteaux oversize posés sur des silhouettes graciles, Zoë Vermeire emporte l’adhésion d’un jury conquis, déjà sûr de son succès prochain.