Mode et beauté

La journaliste et écrivain Sophie Fontanel a choisi de ne plus se cacher et de devenir celle qu’elle est : une femme aux cheveux blancs. Elle se raconte dans Une apparition.


Un soir d’été, à Saint-Tropez, alors qu’elle se demande où se trouve la pharmacie la plus proche pour aller s’acheter de la teinture – maudites repousses – Sophie Fontanel voit débarquer d’un yacht une femme sublime. Bronzée, moulée dans un short bleu, elle laisse flotter au vent une tignasse blanche qui laisse l’auteur sans voix. Et si, elle aussi, elle se libérait de la norme, des contraintes, de la prison des colorations ? Dix-huit mois plus tard, elle est assise face à nous dans un restaurant bruxellois. Elle rentre de vacances et irradie. Son expérience est devenue un livre – Une apparition –, roman dans lequel elle raconte ces longues journées à regarder pousser ses cheveux blancs. Mais pas que, évidemment, ce serait mal connaître la journaliste… “Un livre, ça permet beaucoup de poésie, d’aller très au fond des choses, de poser la question du destin des gens, du mien mais aussi des autres”, dit-elle en sirotant un verre de rouge. “En interview, j’essaie apporter des choses que j’apprends alors que le livre est terminé.”

Comme ?

“J’ai appris qu’à la cour de Versailles, les gens avaient les cheveux blancs. Je le savais mais n’y avais jamais réfléchi. La convention, c’était une perruque blanche. Et quand on n’en avait pas, on se mettait de l’amidon sur les cheveux. J’ai appris également récemment que la teinture était considérée comme une chose taboue, pendant des années. Chez les coiffeurs, en France, à la fin du 19e et au début du 20e, il y avait des entrées et des sorties, cachées, pour que les femmes de la bonne société puissent venir se teindre sans qu’on s’en rende compte. Il y a vraiment eu une honte à vieillir. Pourtant, si, à Versailles, on aimait tellement les cheveux blancs, c’est que c’est joli au teint !”


Ce livre part d’une démarche extrêmement personnelle, pas du tout militante, à la base…

“Les militantes se l’approprient ! Mais, effectivement, je l’ai fait avec l’idée de quelque chose d’extrêmement doux, de quête esthétique. En revanche, il y a des choses qui m’énervent. L’autre jour, il y avait un reportage sur moi sur BFM TV, vachement bien fait pour toute la partie qui me montrait et puis, sur le plateau, il y avait un coiffeur qui expliquait qu’il ne fallait surtout pas, en gros, faire comme moi ! Surtout ne pas les laisser pousser long; que les cheveux blancs ça jaunit, ça vieillit. Mais lui, il avait les cheveux tout blancs ! Je fais un livre pour dire que la norme est complètement aberrante, qu’on est au bord de changer et un coiffeur vient expliquer que la norme… il ne faut pas qu’elle bouge ! Je me retrouve quand même dans une position militante parce que je ne peux pas laisser dire des âneries ! Il faut qu’on arrête cette guerre entre les hommes et les femmes là-dessus, parce qu’elle n’existe pas, en fait.”

C’est étonnant que vous rameniez ça à un rapport homme-femme, parce qu’à la lecture du livre, on comprend que vous ne faites pas ça avec une idée de séduction mais juste pour vous retrouver, vous !

“C’est vrai, je ne l’ai pas fait pour ça. Moi, que j’ai un homme ou pas dans ma vie, ça m’est complètement égal. Si ça arrive, c’est bien. Sinon, on vit quand même et on est très heureux. En revanche, je l’ai fait pour moi mais je constate que c’est le nerfs de la guerre, cette question de savoir si c’est, ou pas, un atout de séduction. Moi, j’aime bien les cheveux longs et blancs. C’est un indice, une animalité, une manière de dire que c’est un atout que j’ai. Je n’ai jamais été la plus jolie fille du collège, mais j’ai ce truc : des beaux cheveux.”

Les cheveux longs, passé un certain âge, il faut les couper : c’est une autre norme que vous dénoncez…

“Ouais ! Genre on est rangée des voitures. Qu’est-ce qu’il y a derrière cette idée que ça fait négligé et sale ? Parce qu’on m’a aussi dit que les cheveux blancs devaient avoir un brushing ! Là, je reviens de vacances, quand je sortais de l’eau, ils ondulaient un peu. C’était magnifique, tout le monde me le disait ! Une femme avec le cheveu en liberté, c’est terrifiant ! Au moyen âge, quand une femme vieillissait, son mari mourait et elle se retrouvait libre. Par hasard, c’était le moment où elle avait les cheveux blancs, qui arrivent très tôt sur la tête, il ne faut pas attendre 50 ans. Bref, si elles avaient des cheveux blancs et qu’en plus elles étaient libres, alors là, la société leur tombait dessus : c’étaient des sorcières.”

>> Sophie Fontanel, Une apparition, Robert Laffont