Mode et beauté

L'exposition autour du mariage organisé au musée du Costume et de la Dentelle met en avant l'histoire de la robe de mariée, moins futile qu'elle n'y paraît...


Premier constat : les tenues exposées au Musée du Costume et de la Dentelle déroulent deux siècles de développements esthétiques de la mode nuptiale. Des robes qui entrent en dialogue avec des objets et des documents d’époque nourrissant le propos du mariage et de sa passionnante évolution. Dans l’une des vitrines on découvre des robes de mariée de 1880 à 1980 qui racontent l’histoire de la mode… Exact, répond Caroline Esgain, responsable des collections du Musée du Costume et de la Dentelle et commissaire de l’exposition.

« Cette vitrine, dit-elle, présente une dizaine de silhouettes qui montrent comment la mode évolue durant cette centaine d’années en montrant uniquement des robes blanches en regard de documents de l’histoire du costume de l’époque. Par exemple, la première robe date de 1880, en plein style ‘‘tapissier’’, avec à côté une revue de mode. On s’aperçoit qu’à l’époque la robe de mariée est une robe habillée mais pas différente que celles que portaient les femmes (d’un milieu aisé) pour une soirée…sauf qu’elles sont blanches et ont une longue traine pour la distinguer d’une tenue d’apparat classique. Seuls sa préciosité et le chatoiement du tissu étaient des indices. »

L'évolution des mentalités inscrites dans les robes de mariée

Quant aux créations du début du XXe, elles reflètent la fascination de l’Occident pour l’Orient ; les robes des Années folles sont dépourvues de corset et tombent sur les hanches tandis que les jupes étaient raccourcies. « En 1980, la robe de mariée se détache complètement de la ‘‘mode civile’’ pour développer un vocabulaire esthétique qui lui est propre. La mariée devient la ‘‘princesse’’ d’un jour. C’est d’autant plus vrai depuis le mariage (diffusé en mondovision) de Lady Di avec Charles d’Angleterre. La jeune femme portait une robe particulièrement spectaculaire, totalement éloignée de la mode des années 80, mais qui a résolument marqué les esprits. »

Aujourd’hui la robe de mariée est devenue un genre en soi, si bien qu’elle clôture désormais les défilés de haute couture, reflétant la créativité du styliste (NDLR-il est d’ailleurs possible d’admirer un modèle conçu par Yves Saint Laurent ainsi qu’un autre griffé Jean-Paul Gaultier).

L’autre intérêt de cette exposition est de mieux comprendre l’évolution des mœurs et des mentalités au travers du prisme matrimonial. « Oui. Sur le fil du temps, il y a quelques dates que nous avons choisies comme repaires de certaines libertés, ou pas, que la femme a glanées au cours des années. Après la révolution française, par exemple, pendant une dizaine d’années hommes et femmes sont sur un même pied d’égalité dans le mariage. Pour la première fois, la loi ne considère le mariage que comme un contrat civil. »

L’adultère n’est plus une cause de divorce

La cérémonie administrative précède celle à l’église. Et le divorce est même (très) facile à obtenir, le bonheur du couple étant dorénavant plus important que la stabilité des familles. Il faudra quasiment attendre 200 ans avant de récupérer pareille liberté. En 1804, le Code Napoléon s’impose et l’inégalité juridique des époux revient en force. Donc la femme est une « espèce de petite chose » qui est en (presque) tout dépendante de son mari. Il faut attendre 1976 pour que la loi proclame l’égalité totale des époux : droits et devoirs identiques. La femme ne doit plus obéissance à son mari. Elle peut ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de ce dernier. Il faudra attendre 2007 pour qu’on puisse divorcer sans qu’il ne soit plus nécessaire de démontrer l’existence d’une faute de son conjoint : l’adultère n’est plus une cause de divorce.

"Just Married, expo à voir jusqu'en mai. Info : www. costumeandlacemuseum.brussels.be