Parce qu’Elles le valent bien

Liliane Fanello Publié le - Mis à jour le

Mode et beauté En coulisses

Un mercredi de novembre, Bruxelles. En passant devant la boutique du 525 B de la chaussée de Waterloo, on ne devine pas l’effervescence. C’est à l’arrière que ça se passe. Rocio Pasalodos supervise, encourage, confirme que la robe avec les petits nœuds sera portée par une telle, taquine le chorégraphe Des "mannequins" - les défilantes - se succèdent pour un rapide essayage, certaines entre deux courses ou pendant leur pause de midi.

Le défilé Pour elles Par elles a lieu dans quelques jours. Des semaines de préparation pour cette opération marketing. Tout doit être nickel ! Malgré une équipe 100 % bénévoles, " rien à voir avec un défilé social ", avertit la créatrice de l’ASBL Divers’Gentes. Cette femme concrète et pragmatique voulait un événement ambitieux, avec tout ce que cela comporte de glamour, de strass et de paillettes. Ainsi qu’une place pour la haute couture, les robes-bijoux A la différence qu’ici, tout est déclinable dans toutes les tailles.

Le projet Pour elles Par elles est né d’une envie de " faire bouger les mentalités ". Une volonté " de servir de plateforme de rencontres et d’échanges en vue de promouvoir une autre image de la femme, qui prenne en compte sa diversité réelle et plurielle ", annoncent les statuts de l’ASBL créée il y a un an et demi par Rocio Pasalodos. " Je recevais régulièrement des femmes envoyées par des psychologues , raconte-t-elle. Certaines avaient un cancer, un handicap, une bosse, ou se sous-estimaient, tout simplement. Je créais alors des vêtements pour les mettre en valeur. Au fur et à mesure, j’ai vu leur souffrance et je me suis dit qu’il manquait quelque chose ." Rocio Pasalodos a alors décidé de jeter une bouteille à l’eau Un simple rendez-vous posté sur Internet : " Tel jour telle heure, prenons en mains notre image ! " Car pour elle, le projet devait se faire " par les femmes, pour elles ".

Un premier défilé, une campagne d’affichage 100 % non retouchée Photoshop, une exposition, un projet d’atelier pour femmes économiquement précaires Les idées foisonnent autant que l’enthousiasme palpable dans l’atelier. D’autant que l’ASBL a reçu récemment le soutien moral du Centre régional d’information des Nations unies pour l’Europe occidentale (UNRIC).

Le public des Halles Saint-Géry verra défiler des femmes "de la rue", de 16 à 77 ans, toutes tailles, toutes origines. Encadrées par des professionnels (chorégraphe, DJ, photographe ), les défilantes se sont entraînées trois mois durant. Assidûment. " T out à fait franchement, je ne suis pas tendre avec elles , confie la styliste. J’attends d’elles qu’elles s’impliquent, qu’elles acceptent de se mettre en danger. Ce que je leur dis, c’est : n’attendez rien de moi, attendez de vous ! "

On le sait, les dégâts physiques et psychologiques de l’image "idéale" de la femme véhiculée dans les médias sont reconnus par un nombre croissant d’acteurs. Pour beaucoup de défilantes, la préparation au défilé a été vécue, au début, comme une expérience douloureuse. Apprendre à marcher, être fière de soi, oser se montrer, exister Quand on ne correspond pas aux normes dictées par le papier glacé des magazines "photoshopés". Autrement dit quand on appartient à la majorité des femmes, les "vraies". Un défi réel. Mais petit à petit, la peur a fait place à l’estime de soi. " Il y a clairement un avant et un après , se réjouit Rocio Pasalodos. La vie de ces femmes change ."

Portées par un groupe partageant les mêmes difficultés, valorisées, confrontées à leurs atouts comme à leurs failles, ces femmes affirment avoir pris de l’assurance, avoir appris beaucoup de choses sur elles-mêmes, et ne plus fuir leur miroir

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