Mode et beauté On sait que Paris est la capitale de la mode, d’un certain style à la française, et le lieu de perdition pour toute shoppeuse qui se respecte. Mais saviez-vous qu’ en la décryptant un peu, cette Parisienne, on peut s’amuser à la copier. Ou, en tout cas, choisir d’occuper le terrain de la mode comme elle le fait. Conseils pris auprès de LA Parisienne en chef, Inès de la Fressange. Portrait robot.


Il y a quelques saisons, à l’occasion de la semaine des défilés parisiens, nous avions rencontré Inès de la Fressange. On était allée jusqu’à elle pour parler d’un sujet très très sérieux, à savoir les souliers Roger Vivier, dont elle est l’égérie depuis quelques années.

Si nécessaire, nous rafraîchissons la mémoire à ceux qui l’auraient oublié : Roger Vivier, c’est, par excellence, la marque parisienne. Classique, mais toujours avec un petit "je-ne-sais-quoi", comme disent les Anglo-saxons - qui n’ont d’ailleurs pas trouvé, dans la très riche langue de Shakespeare, une autre manière de dire ce que les Parisiennes ont, et les autres n’ont pas : le "je-ne-sais-quoi", à la fois intraduisible, indéfinissable et irrésistible.


Le sac à main qui en jette

Le jour où on est entrée dans le bureau d’Inès, c’était un jeudi et on avait négligemment choisi un petit sac besace rouge à pois. Elle nous salua, et tout de suite, bascula son attention vers l’objet porté à bout de bras. "Mais qu’est-ce que c’est que çaaa ? Il est trop mignon. Vous avez vu que je m’intéresse aux choses importantes, hein ?"Interrogée sur la tendance (comment la suivre car elle court si vite), elle avait répondu très sérieusement - les jambes croisées et le regard posé sur le sac à main de la journaliste - que les objets stylés n’avaient pas d’âge. Elle avait jeté la notion de tendance très loin derrière elle, et avait embrayé sur le concept de "style", universel selon elle.

Ce qui nous amène à une autre question. Toujours une question de style. Comment les Parisiennes font-elles pour avoir des sacs à main qui en jettent - à moins qu’elles ne vendent un de leurs reins ? Les filles de la Ville Lumière ont bien compris que, pour avoir ce style qui fait mouche, il faut le bon accessoire, sac en tête. On imagine que certaines vendent père et mère pour s’offrir un Jérôme Dreyfuss; quand d’autres ont un patrimoine financier suffisant pour se permettre d’investir dans un Lady Dior - le préféré de la Frenchie de New York Marion Cotillard, c’est bien connu. D’autres encore font l’honneur de leur fidélité à des maisons parisiennes baba devenues bobo, qui vendent leurs sacs à main à des prix légèrement plus bas que ceux d’un studio parisien. Exemple avec Jamin Puech, le sac à main seventies touche Marais. Et les autres ? Les non-bobos et non-héritières ? La Parisienne a, c’est le cas de le dire, plus d’un tour dans son sac. Entre autres : une boutique spécialisée dans les Chanel et les Hermès de seconde main. Filez 1 rue Guisarde, dans le VIe arrondissement, chez Catherine B. précisément, qui vit entourée de foulards et de sacs à main matelassés.


Le tote bag qui dit ce qu’il y a dans sa tête

Si la parisienne assure en ayant un sac qui envoie des signaux de richesse (comment a-t-elle fait d’ailleurs pour s’offrir ce Chanel ? Ce Jérôme Dreyfuss ? vous le savez déjà car vous l’avez lu par ailleurs…), la Parisienne a toujours à l’épaule un petit sac en tissu rectangulaire qui virevolte dans les courants d’air du métropolitain: le tote bag, comprenez le fourre-tout.

Elle y glisse des pansements pour ses ampoules, peut-être un livre - pour avoir l’air romantique dans le métro -, sans doute plus "Libé", car elle est fâchée par l’augmentation récente du prix au numéro.

Son tote bag, comme on dit, reflète possiblement ce qu’elle a dans la tête. Auréolé d’un naïf "Jacques a dit Be happy" ou d’un faussement révolutionnaire "Moi j’aime pas les sacs". D’autres tote bags disent son humour : "J’ai laissé mon Chanel chez Brad". Mais notre préféré, c’est tout de même celui qu’on vend au centre d’art contemporain le 104, et qui reprend les paroles de la chanson "Le Temps des Cerises". À chaque fois, on nous prendra, en arborant ce tote bag-là, à fredonner "le gai rossignol et le merle moqueur" - ce chant d’amour à tendance révolutionnaire. Est-ce que cela pourrait décrire la Parisienne : une rouge amoureuse ?

© Olwein
Tote bag Holala, 14,50 € sur www.oelwein.fr, atelier parisien.

Les ballerines pour courir entre deux métros

Alors certes, les Parisiennes savent porter des talons en toutes circonstances, et on en a vu certaines, de nos yeux, remonter depuis République jusque Pyrénées à pied sur des compensées (or comme son nom l’indique, Pyrénées est sur une hauteur).

Mais il arrive aussi que les plus grandes grimpeuses veuillent reposer leurs mollets pour une grande boucle future jusqu’"Au Bon Marché" (cf. la suite de notre périple). Donc, la paire de ballerines veille dans le tote bag au slogan pas piqué des vers (cf. ci dessus).

Et pourquoi pas des ballerines à boucle Roger Vivier pour copier le style fausse fille sage de Catherine Deneuve dans "Belle de jour" de Buñuel ?

© Roger Vivier
Ballerines rouges Roger Vivier, 490 €. Infos : www.rogervivier.com

Des talons hauts pour traverser la jungle urbaine

La fois où nous l’avions rencontrée , Inès de la Fressange avait d’abord lancé pour nous mettre à l’aise "Mais de toute façon, les souliers, ça ne tient pas du raisonnable."Puis elle nous avait parlé de son rapport perso aux chaussures à talons. Elle avait commencé à porter des talons pour deux raisons. La première ? Parce qu’elle trouvait qu’elle avait les pieds trop grands (les talons, ça limite l’effet battoir). "À l’époque je faisais du 39, maintenant mes pieds ont poussé", nous avait-elle avoué en pouffant. La deuxième raison était liée à sa mère, qu’elle rêvait d’imiter. "Ma mère et ses copines mannequins portaient ces sandales Saint Laurent, avec une bande sur le haut, et une bride autour de la cheville. J’adorais."

C’est alors qu’elle se met, elle aussi, à porter des talons compensés qui l’accompagnent quand elle chantonne la rengaine Dim de sa jeunesse, "tatataa tata". Depuis, elle a grandi, et ses pieds aussi donc, et sur son site de mode en ligne rien qu’à elle, elle a réédité un modèle de souliers au final très proche de celui des Saint Laurent - qu’on appelait "Les Raymonde". Celles signées Inès s’appellent désormais les "Huguette" et permettent également de battre le pavé parisien avec classe.


Un béret pour faire couleur locale

Inès ne dirait pas le contraire , elle qui donna un temps ses traits à la Marianne française. Rien de tel qu’un peu de cocorico bien balancé pour signer sa différence de style. Pas question cependant d’arborer un camembert coulant sous le bras en guise de statement chauvin (cependant, ce serait drôle) mais pourquoi ne pas poser un béret sur son chef, légèrement basculé vers l’arrière, il vous donnera le style d’une jeune étudiante tout droit sortie de la Sorbonne, qui traverse la rue des Écoles en laissant traîner derrière elle un sillon de Mitsouko de Guerlain (c’est le parfum préféré d’Inès, un jus ancien très pimenté qui, une fois, il y a bien longtemps déjà, nous l’avait fait la poursuivre dans la rue en la reconnaissant).

La panoplie de la jolie fille est désormais complète avec cette ponctuation colorée. Notre Parisienne (vous bientôt) est chic et comme, en plus, elle mange un croissant (ou une glace achetée chez Bertillon, c’est bon signe, elle ne mange donc pas que des soupes veggie). À vous de sauter dans ces fringues…


Des bijoux mais pas trop

Car la Parisienne n’est pas "bling", c’est de nouveau Inès qui le dit. Elle n’étale pas ses perles en collier comme les dames de province, elle les préfère en sautoir, façon Gabrielle Chanel.

Elle n’étale pas de grosses bagues et pierreries, elle laisse ce tic aux jolies Libanaises qui se baladent avenue Montaigne, en diamant, cheveux d’ébène et Converse.

Elle ne fait pas d’étalage en or massif, comme les blondes russes à l’accent anglais anguleux qui mangent du bout des lèvres un Ispahan chez "Angelina", rue de Rivoli.

Elle est du genre à promouvoir les colliers ethniques d’Isabel Marrant, les bijoux en laiton d’Ante Meridiem (qu’on trouve 22 rue du vieux Colombier, Paris VIe) ou encore les modèles vintage imaginés par la belle Loulou de La Falaise. La grande muse de Saint Laurent propose sa vision désuette et tendre du bijou. Ça ne claque pas, ça marque.

© D.R
Bracelet Loulou de la Falaise, 340 €. En vente au Bon Marché.