Mode et beauté Des coopératives ont vu le jour dans les régions d’Agadir et d’Essaouira. Elles donnent travail et reconnaissance aux femmes.


Un don pour la région : ce sont les mots que Latifa Anaouch utilise quand elle parle des arganiers, qui ne poussent que dans les régions d’Agadir et d’Essaouira, au Maroc, grâce à un sol et un climat particuliers.

Un arbre dont les fruits font vivre un réseau de six coopératives de femmes. Latifa est la responsable commerciale du Groupement d’intérêt économique (GIE) Targanine, qui fournit l’huile d’argan à l’Oréal depuis 2009. Pour elle, les enjeux sont autant économiques qu’humains. "Les trois grands enjeux sont directement liés au réchauffement climatique, qui a des conséquences directes depuis quatre ou cinq ans dans la région. La sécheresse sévit, il ne pleut quasiment plus dans la région", explique-t-elle.

En conséquence de quoi l’agriculture est devenue quasiment stérile, là où, il n’y a pas si longtemps, elle faisait vivre de nombreuses familles. "Cela a occasionné beaucoup de chômage, et donc le départ des hommes des villages, qui sont partis travailler sur des chantiers de construction, par exemple. D’où l’importance de maintenir le travail des femmes autour de la production de l’huile d’argan : sans cela, ce sont des familles entières qui n’auraient plus de revenus pour vivre", poursuit Latifa.


Consommation familiale

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S’ajoute à cela l’érosion du sol, qui met à nu les racines des arbres et qui, peu à peu, les détruit. "Quand les pluies arrivent, on voit un phénomène de ruissellement qui déstructure les terrains, et qui occasionne des inondations auxquelles les gens ici ne sont pas du tout préparés." Enfin, depuis des décennies, dans cette région du monde, le désert avance. Chaque jour, le Sahara grignote un peu des terres cultivables.

Aujourd’hui, grâce notamment à l’Unesco, l’arganeraie est divisée en zones. Celles-ci sont très réglementées, pour éviter les incendies et la cueillette sauvage, véritables plaies dans la région. "Sur la zone la plus réglementée, l’arganeraie est ouverte de fin mai jusqu’à fin août pour la récolte, puis la population n’a plus le droit d’y entrer", précise-t-elle.

Dans les régions d’Agadir et d’Essaouira, les femmes extraient l’huile d’argan depuis toujours, pour leur consommation familiale. Elle sert à l’alimentation et au soin des bébés, et même des nouveau-nés à qui on donna à boire, en plus du lait maternel, un peu d’huile d’argan mélangée à des épices pour renforcer leur système immunitaire. "On utilise également l’huile d’argan sur la peau et les cheveux, pour ses propriétés nutritives et protectrices", explique Latifa. La tradition veut aussi que l’on offre aux invités que l’on estime, un litre d’huile d’argan, cadeau très apprécié et qui a une vraie valeur pour les gens.


De mère en fille

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Les procédés de cueillette et d’extraction se transmettent de mère en fille et sont les mêmes depuis toujours. Depuis les années 90, les marques de cosmétiques s’intéressent à ces pépites que l’on ramasse aux portes du désert. Du fait de l’accroissement de la demande, la valeur de l’huile d’argan a fortement augmenté (avant la création des coopératives, le litre d’huile d’argan était vendu environ 30 dirhams, aujourd’hui nous sommes autour de 300 dirhams soit environ 27 €).

Si les hommes ont été difficiles à convaincre, "car traditionnellement leur rôle était très circonscrit à la maison et à l’éducation des enfants", poursuit Latifa, nécessité a fait loi et les coopératives d’huile d’argan se sont imposées comme une solution pour les femmes, qui sont devenues une source de revenu à part entière pour leur foyer.

"Les parents veulent aujourd’hui un meilleur avenir pour leurs enfants, cela a donc également impacté la scolarisation des jeunes filles notamment, qui auparavant n’allaient à l’école que jusqu’à huit ans. Aujourd’hui, les jeunes filles quittent le village pour aller faire leurs études et reviennent ensuite la plupart du temps", se réjouit la responsable commerciale.