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Pour la 70e édition du Festival de Cannes, l'AFP a recueilli, à travers le monde, les témoignages exclusifs de plusieurs personnalités du cinéma qui racontent leur premier Festival et/ou leur meilleur souvenir.


Bela Tarr n'aurait jamais dû manger d'huîtres

"Je suis allé présenter mon film Les Harmonies Werckmeister en 2000. Le premier soir, j'ai dîné avec mon producteur et j'ai eu la mauvaise idée de prendre des huîtres. Quelques heures plus tard, j'étais malade comme un chien, j'ai passé une nuit d'enfer dans la salle de bains de l'hôtel. J'ai dû perdre au moins cinq kilos en quelques heures. Le lendemain, je n'étais que l'ombre de moi-même et c'était la projection de presse, un moment horrible avec tous ces gens qui ont fait la fête jusqu'à deux ou trois heures du matin et arrivent avec leur café et leur petit-déjeuner. Pour la projection publique, je n'ai même pas pu aller saluer devant l'écran tellement j'étais faible. C'est tout ce dont je me souviens de cette première fois", souligne le réalisateur hongrois


Quand Guillermo del Toro s'empiffrait de kebabs bon marché

"Mon premier Festival, c'était avec Cronos en 1993, à la Semaine de la critique. Nous sommes arrivés sans le sou et nous vivions sans le sou. Nous étions sept dans un appartement de deux chambres et on mangeait des kebabs bon marché. On buvait des bières au Petit Majestic (un bar à bières derrière le palace éponyme, NDLR) quand on pouvait. Gagner le Prix de la Semaine de la critique (pour +Cronos+) a changé ma vie. Sans ça, je ne sais pas où j'en serais. Le prix a été pour moi une bouée de sauvetage dans un moment difficile", explique le cinéaste mexicain.


Jaco Van Dormael, comme dans Cendrillon

"Je garde des images très marquantes des premières projections à Cannes de Toto le héro (en 1991), de l'attroupement énorme devant le Palais des Festivals. Quand tout le monde a eu fini de s'y engouffrer, j'ai même retrouvé une chaussure abandonnée sur les marches. C'est une image très eisensteinienne " (en référence au Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, NDLR), confie le réalisateur belge.

"Mon meilleur souvenir, ce sont les réactions de Pascal (Duquenne, acteur trisomique du Huitième jour en 1996). Pascal, qui s'intéressait surtout aux glaces et à la plage, et qui s'endormait pendant les interviews, a déclaré Je suis le meilleur comédien, mais Daniel n'est pas mal non plus . C'était complètement inattendu. Ca a mis en lumière un film qui mettait lui-même en valeur des acteurs que l'on dit différents, mais qui sont simplement formidables".




Jane Birkin sur les genoux de Jack Nicholson

"Mon premier souvenir qui me revient, c'est... lorsque j'étais sur les genoux de Jack Nicholson (rires)! C'était plutôt amusant! Je ne me rappelle plus vraiment du contexte exact, et d'ailleurs il n'y a aucune raison pour laquelle on puisse se retrouver sur les genoux de Jack Nicholson. C'est la frivolité de Cannes! Je devais avoir 25 ans".


Lambert Wilson, inconnu, en smoking bon marché

"Mon premier Festival de Cannes, c'était dans l'ancien Palais. J'avais acheté un smoking vraiment pas cher dans un grand magasin. Je n'avais pas d'argent. C'était minable. J'avais fait Julia de Fred Zinnemann (son premier film en 1977, NDLR), qui n'était pas encore sorti. Les gens m'arrêtaient dans la rue, il y avait un petit attroupement et après je les entendais qui disaient mais c'est qui lui? ". Mon meilleur souvenir, je pense que c'était la projection de Des Hommes et des dieux . C'était fort, parce que les gens ne sortaient plus de la salle. Ils n'arrêtaient pas d'applaudir", se souvient l'acteur français.


Barbet Schroeder dans une chambres pas chère utilisée par des prostituées

"Mon premier festival, je devais avoir 16 ans. Je suis descendu en train. J'ai découvert qu'il y avait des chambres d'hôtel pas chères parce qu'elles étaient utilisées la journée par des prostituées. J'habitais là. Après, très vite je suis arrivé à trouver des places (...) C'était merveilleux", s'amuse le cinéaste suisse

"Quand je suis venu avec L'Avocat de la terreur (en 2007), c'était assez extraordinaire. L'avocat lui-même, Jacques Vergès, était là. Il donnait des interviews de son côté. C'était très cocasse de voir que lui était au Carlton avec sa suite qu'il avait payée lui-même, dans laquelle il donnait des interviews avec la mer et les palmiers dans le cadre".




Entre son bac et Cannes, Omar Sy a choisi

"Cannes, c'est là où tout a commencé pour moi. Ma première fois, c'était en 1996. J'ai séché les révisions du bac pour venir sur la Croisette. D'ailleurs, je n'ai pas eu mon bac... Une invitation au Festival de Cannes, ça ne se rate pas. Le bac, on peut toujours le repasser! Jamel, qui est un copain d'enfance, m'avait demandé de faire le comédien à Nulle Part Ailleurs. Il y avait Fred Testot aussi. C'est comme ça que notre duo a commencé. Mon meilleur souvenir, forcément c'est ma première fois. C'est à Cannes que j'ai eu la révélation. Avec Fred Testot, on avait une chambre pour deux et même un scooter pour deux", se rappelle l'acteur français.


L'actrice canadienne Monique Mercure interviewée par une journaliste seins nus

"Après un long trajet depuis Montréal, j'avais rendez-vous sur la plage et la journaliste est arrivée seins nus pour m'interviewer. C'était absolument incroyable".


Une cassette dans le pantalon, nu avec une poule, les festivals incroyables d'Andreï Kontchalovski

"Mon premier voyage remonte à 1979 pour Sibériade (Prix spécial du jury). J'avais caché la cassette U-matic (une cassette vidéo) du film dans mon pantalon pour passer la frontière et contourner la censure soviétique. En 1994, je suis venu avec +Riaba ma poule+. Peu de temps avant la remise des prix, le photographe Helmut Newton m'a proposé de poser pour lui, complètement nu sous une pelisse, une poule dans la main. J'ai accepté mais le jour du shooting, il a simplement disparu. J'ai compris que Riaba ma poule n'aurait pas de prix", s'amuse le réalisateur et scénariste russe.




Pour le réalisateur belge Joachim Lafosse, "Cannes, ce n'est pas une légende"

"Mon meilleur souvenir, c'est le prix qu'Émilie Dequenne a reçu pour A en perdre la raison (2012). Avant même d'être monté, le film (sur un quintuple infanticide) avait été pas mal décrié. Ce prix a dit combien, j'espère, ce film était un film de qualité et pas un film voyeuriste. Dès lors que le prix a été annoncé, les gens n'avaient tout d'un coup plus de dégoût pour le film, mais une curiosité. Cannes, ce n'est vraiment pas une légende. En une journée, vous pouvez avoir une idée de la perception que le monde entier a de votre film."


Claude Lelouch se fait refouler

"Mon premier festival, c'était en 1959. Je faisais mon service militaire à Fréjus. Je suis allé à Cannes en uniforme pendant une permission. On m'a refusé l'entrée, alors je suis passé par la sortie de secours pour voir mon premier film cannois, Orfeu Negro de Marcel Camus. J'avais bien choisi : le film a décroché la Palme d'or! Mon meilleur souvenir, bien entendu, c'est la Palme d'or en 1966 pour Un Homme et une Femme . Cannes, c'est comme au casino : vous gagnez ou vous perdez... J'y ai connu le pire et le meilleur, je sais de quoi je parle", explique le réalisateur français.


Ken Loach tond son jardin pendant qu'il est annoncé lauréat de la Palme d'or

"L'an dernier, quand j'ai eu la Palme pour Moi, Daniel Blake , on était déjà repartis. J'ai reçu l'appel (me demandant de revenir pour le palmarès) alors que je tondais l'herbe de mon jardin. En général, quand on vous rappelle, vous galérez pour revenir le plus vite possible avec vos propres moyens. Quand on a vu l'escorte de police à l'aéroport, on a commencé à croire qu'on avait vraiment gagné un prix important", raconte le réalisateur britannique.




Jodie Foster a assisté à son premier Cannes à 13 ans

"J'avais 13 ans, c'était pour Taxi Driver. Ce qui m'a le plus marquée, c'est la première conférence de presse (...) Sinon tout était impressionnant. Les marches, les photographes, la ville avec des affiches du film partout. Avec l'équipe, est tous allés à une fête organisée par mon agent. Il y avait aussi Gérard Depardieu, Bertolucci. Pour moi c'était vraiment des vedettes. S'assoir à côté de Depardieu c'était quelque chose".

"Mon plus beau souvenir, c'est quand je suis venue pour Le Complexe du castor (son troisième film, en 2011). On devait gérer le scandale de Mel Gibson (qui avait tenu des propos antisémites et racistes, ndlr).(...) On a gravi les marches, j'avais sa main dans la mienne, il tremblait. Il a dit j'ai peur qu'ils disent 'bouh' ". On avait le trac, mais il n'y a eu que des applaudissements qui ont duré très longtemps".


Un baiser entre un Grec et un Turc

"Un de mes meilleurs souvenirs, c'est bien sûr la Palme d'or que j'ai partagée (pour "Missing" en 1982) avec le réalisateur turc Yilmaz Güney (pour "Yol, la permission"). Il y a eu un grand silence dans la salle. Je ne sais pas si les gens se demandaient ce qu'il allait se passer entre un Grec et un Turc. Et puis on s'est embrassés, et ça a été un grand moment", explique le réalisateur français Costa-Gravas.




Le moment de grâce de Virginie Efira

"Ma première fois, c'était en 2016 pour Victoria de Justine Triet et Elle de Paul Verhoeven. Le jour où l'on a présenté Victoria dans cette petite salle (en ouverture de la Semaine de la critique), avec tous les gens que j'aime bien, l'équipe, Melvil Poupaud, Vincent Lacoste, ça a été un moment de grâce".


L'actrice française Anouk Aimée transférée au Carlton

"J'ai trois souvenirs sublimes. Le premier, c'était d'être avec Federico Fellini et Marcello Mastroianni au Carlton (pour "La Dolce Vita" en 1960). C'était magique.

Le deuxième, c'était Un homme et une femme (en 1966). On nous avait mis dans un hôtel très correct. A cette époque, on connaissait la Palme dès le matin. Et quand il ont découvert qu'on l'avait, ils nous ont tout de suite mis au Carlton. Je me souviendrai toute ma vie de la salle debout devant Claude Lelouch, qui avait 28 ans. Tout le monde applaudissait le petit film qu'on avait fait entre nous.

Le troisième, ça a été de recevoir le prix d'interprétation féminine (en 1980 pour Le saut dans le vide de Marco Bellocchio)".


Monica Bellucci, habituée de Cannes, toujours bien entourée

"Mon premier festival, c'était en 2000, ça fait déjà 17 ans. C'est la première fois que je montais les marches à Cannes et j'étais avec Morgan Freeman et Gene Hackman, pour un film américain qui s'appelait Suspicion . Même si j'étais bien entourée, ça ne m'a pas empêché de trembler".

"Mon meilleur souvenir, c'est à chaque fois. C'est toujours une grande émotion d'être à Cannes. Quand j'ai été dans le jury en 2006, ça a été intense mais beau. C'est une grande responsabilité. On voit trois films par jour, on ingère beaucoup d'informations, ce qui pour quelqu'un qui n'est pas journaliste est quand même des fois difficile. Mais c'était une belle expérience".