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L'acteur est devenu incontournable : sa filmographie, son engagement, sa dégaine de géant sensible en font l'un des acteurs les plus marquants de ces dernières années. Retour sur un parcours à son image : atypique.

On ne peut pas l'éviter ces derniers jours : Adam Driver est le policier infiltré du film coup de poing de Spike Lee, "BlacKkKlansman". Sa grande silhouette dégingandée, ses yeux sombres, ses cheveux noirs se mettent au service de ce rôle à tel point que les spécialistes du cinéma le verraient bien nommé aux prochains Oscars...

Adam Driver a pointé le bout de son improbable nez dans la série « Girls » de Lena Dunham en 2013 où il jouait le rôle de l'amoureux attentionné mais perdu par sa condition d'homme et par le caractère aléatoire de sa copine. Il y était déjà irrésistible et terriblement juste. Cela lui avait d'ailleurs valu une nomination aux Emmy Awards dans la catégorie meilleur second rôle masculin. 

Il marque la pellicule et les esprits

© Dans la saison 3 de "Girls" - REPORTERS

Après « Girls », il avait fait une apparition chez Clint Eastwood ("J. Edgar") puis chez Spielberg, dans un petit rôle. Avant de s'afficher dans "Midnight Special" du réalisateur prometteur Jeff Nichols. Ensuite, chaque année (un peu comme lorsqu'il était ado et qu'il poussait comme une herbe pour atteindre les quasi deux mètres), on pourrait dire que Driver a pris de la bouteille, de la place et des risques. En se donnant corps et âme : "Il ne supporte pas de se voir à l’écran mais vous donne tout sur le plateau", dit de lui Spike Lee qui l'a dirigé dans "BlacKkKlansman".

Son chemin professionnel est unique

Adam Driver, 34 ans, multiplie les rôles marquants. Un des derniers exemples en date : "Paterson" de Jim Jarmush dans lequel il va hanter longtemps les esprits des spectateurs, touchés au coeur. On ne l'attend pas dans "Star Wars" et pourtant, il y est, grand méchant sombre comme un corbeau et torturé par son humanité. Ces rôles le propulsent définitivement sous les feux des projecteurs, ce qui serait de toute façon arrivé, tant il crève l'écran : "Adam, c’est chacun d’entre nous en un peu mieux", confie Terry Gilliam qui vient de le diriger dans "L’homme qui tua Don Quichotte", sorti cette année.


C'est un homme de conviction

© "Silence" de Martin Scorsese - REPORTERS


"On sent qu’il pourrait risquer sa vie pour ses idéaux. Il n’est pas beau mais il est inoubliable", raconte Spike Lee. Le jeune garçon originaire de l'Indiana vient d'une famille modeste, il bosse pour aider ses parents à joindre les deux bouts, même s'il a une passion pour le théâtre. En 2001, il a 18 ans quand les tours du WTC s'effondrent, touchées par les attentats du 11 Septembre. Son quotidien explose aussi : il quitte tout pour s'enrôler dans l'armée. Où il a failli mourir suite à une attaque au gaz phosphore.


Il a risqué sa vie plusieurs fois et ça se sent

Ce qui l'a d'ailleurs conduit à réfléchir sur sa propre mortalité et à prendre des décisions étonnantes, comme il l'a expliqué au magazine Rolling Stone : il décide qu'à la fin de son service, il "fumera des cigarettes et deviendra acteur". Sa fin de carrière militaire arrivera plus vite que prévu : Adam Driver manque à nouveau d'y passer suite un accident de mountain-bike. Alors qu'il a le sternum cassé et qu'il est alité plusieurs mois, l'armée le réforme pour raison médicale. Bye bye le Moyen-Orient où il voulait aller combattre. Le jeune homme qui avait déjà tenté les concours de l'école de théâtre Juilliard sans succès les repasse alors : heureusement pour lui (et pour nous), cette fois, il est pris.

C'est parti pour exprimer ses émotions là encore... avec un don de soi qui impressionne. "Son implication me faisait peur et je craignais parfois pour sa santé", se souvient Scorsese dans le film duquel Driver joue un missionnaire prêt à se sacrifier dans "Silence". Il avait fortement maigri pour ce rôle.


Il a une gueule mais aussi un corps atypique

© REPORTERS

Adam Driver sur tapis rouge, Adam Driver dans des films, Adam Driver dans la vie : même combat ! Il affiche en effet toujours la même physionomie : le cheveux long et un peu négligé, l'oeil sombre et le sourire rare. Sa masse plutôt colossale pourrait le ranger dans la catégorie des brutes de service ? Que du contraire. D'abord parce qu'il contrecarre ses épaules musclées et son regard parfois fuyant par une sensibilité bien présente : "C’est l’un des comédiens les plus sensibles que j’ai jamais rencontrés", estime Jim Jarmush qui l'a dirigé dans "Paterson". Ensuite parce que de ce grand corps, il en fait ce qu'il veut : il faut le voir dans "Girls" se tordre, s'agiter, s'effondrer, se lover ou se faire tout petit.


Amoureux et discret sur sa vie privée

Adam Driver est marié à Joanne Tucker depuis des années, elle est aussi blonde qu'il est brun et est également actrice. Il l'a rencontrée à Juilliard en 2006 avant de se marier en 2013 dans un endroit resté secret, que même leurs familles et leurs plus proches amis (parmi lesquels Lena Dunham) n'ont jamais divulgué... De sa femme, il ne dit presque rien sinon cette phrase un peu surréaliste et finalement poétique qu'il sort lors d'une interview à "Broadway" et qui montre en quelque sorte la façon dont ils s'aiment : "Elle m'a appris ce qu'est le gouda et qu'il ne faut pas parler la bouche pleine ni cracher sur le trottoir."

© Avec Joanne Tucker à Toronto - REPORTERS

Le couple n'a pas d'enfants mais tous les deux ont fondé une asbl “Arts in the Armed Forces”, qui veut donner aux forces armées un accès aux meilleures pièces de théâtre. Mais de cela, il parle peu, comme il parle peu de lui. Se mettre en avant, ça n'est pas son mode de fonctionnement. Ce qui compte ce sont ceux à qui ce géant d'Adam Driver donne vie dans les films, même le plus petit d'entre eux...