People Animateur, auteur de vaudevilles, producteur de jeunes artistes, celui qui s'invite sur notre petit écran le samedi soir reste avant tout un humoriste qui se plaît à commenter l'actualité et flinguer les personnalités. Laurent Ruquier est l'Invité du samedi de LaLibre.be pour un peu de détente dans une semaine chargée en actualité sérieuse...


Dans votre livre "On préfère encore en rire" * ou en télé dans "On n'est pas couché" , vous flinguez à vue des personnalités qui font l'actualité. Vous vous mettez parfois des limites, que ce soit de manière consciente ou pas?

Oui, évidemment, chacun a les siennes, mais il est très difficile de définir ses limites. On sent quelque chose ou on ne le sent pas. Je n’ai pas de règle définie, c’est plutôt du cas par cas.

On vous sent par exemple très en retenue sur Marine Le Pen, alors que vous ne cachez pas votre hostilité au Front national.

On me l’a déjà dit concernant ce livre. C’est une remarque judicieuse, car je ne m’en étais moi-même pas rendu compte. Mais il y a plusieurs raisons à cela, car les quelques fois où on a attaqué Marine Le Pen, on s’est retrouvé devant les tribunaux. A l’écrit, j’ai dû retirer 2 ou 3 choses qui sont actuellement ‘à l’instruction’, comme le fameux photomontage avec l’arbre généalogique de la famille Le Pen en forme de croix gammée. De plus, elle ne fait pas partie de ceux qui ont gouverné ces dernières années. J’ai donc moins à dire sur elle en ce moment… En campagne présidentielle, elle en aurait pris autant que les autres !

DSK et Zahia sont des cibles récurrentes. Vos alibis pour faire des blagues de sexe en quelque sorte ?

(rires) Disons que cela détend et que cela fait toujours du bien. Ce n’est pas Dominique Strauss-Kahn qui dira le contraire. (rires) Même si l’affaire du Sofitel date d’il y a deux ans, on en parle beaucoup. Encore cette semaine avec l’interview de Strauss-Kahn à CNN. Au fond, mon livre n’est que le reflet de ce qu’on lit dans la presse. Je n’invente pas les sujets. Quand il monte les marches à Cannes, ce n’est pas moi qui dis: « Dominique, il faut que tu montes les marches ! ».




Vous épinglez aussi beaucoup Christine Boutin sur le fait qu’elle a épousé son cousin germain.

Je ne l’attaque pas sur le fait qu’elle l’ait épousé, car la loi le lui autorise. Il faudrait juste qu’elle accepte que la loi autorise également les homos à se marier.

Le ‘mariage pour tous’, vous étiez plutôt contre, non ?

Non, je n’étais pas ‘pour’, c’est très différent ! Etre ‘contre’, c’est violent. Je n’étais pas pour, car je pense personnellement que le mot ‘mariage’ aurait pu rester réservé à des couples hétérosexuels, tout en améliorant les droits du Pacs… Mais, là-dessus, franchement, je suis un vieux con ! Des tas de pays, dont la Belgique, ont été précurseurs sur nous… Faut aller de l’avant.



Certains politiques vous en veulent après avoir été flingués ?

Non. Vous savez, je ne les attaque jamais personnellement, mon boulot est de mettre le doigt sur les contradictions et les paradoxes. Puis, je les rencontre peu et ceux qui sont les plus attaqués ne viennent pas en général, comme DSK par exemple… Il y aurait trop à dire ! Les plus courageux dans la malhonnêteté, le mensonge ou la tricherie sont moins courageux pour venir sur le plateau.

Vous n’êtes pas de ceux qui fréquentent les mêmes restaurants ou soirées que les politiques ?


Non, c’est très très rare. Pour tout vous dire, j’ai déjeuné il y a au moins 8 ans avec Bertrand Delanoë, mais je fréquente très peu les soirées people ou mondaines. Récemment, j’ai été à l’anniversaire d’un ami très proche où il y avait beaucoup de politiques. Justement, je trouve cela malsain, car on a l’impression que tout le monde pense la même chose et appartient au même monde. Cela me gêne...

Vous avez un côté journaliste…


Pas sûr, car il y avait aussi beaucoup de journalistes ! (rires)

Vous avez vu l’interview au 20h de Bernard Tapie par David Pujadas ?

Non, mais j’ai lu beaucoup à ce sujet. Faut dire qu’il y a un vieux contentieux entre eux, car Pujadas en tant que jeune reporter avait fait le premier reportage sur la tricherie entre l’OM et Valenciennes.

Parmi les hommes politiques, Jean-Luc Mélenchon est pour vous une vraie révélation politique ou une caricature ?

Un peu des deux ! Je crois que c’est le propre d’une élection, chaque candidat est un peu contraint de se caricaturer. Ils sont bien obligés de forcer le trait pour aller chercher des électeurs. C’est dommage, mais inévitable…



François Hollande n’est pas épargné dans votre livre, vous lui trouvez - malgré tout - un bilan positif ?

Sur un an, non ! Sur le plan économique, non ! Sur la société, oui, même s’il aurait pu nous épargner toutes ces manifs…

Natacha Polony et Aymeric Caron, vos 2 complices d’On n’est pas couché, seront-ils présents à la rentrée ?


Oui, ils n’en sont qu’à la première saison en commun. D’autant qu’en terme d’audience, c’est la meilleure saison qu’on ait jamais faite. Franchement, il n’y a aucune raison de changer.

Vous regrettez parfois l’absence de Zemmour, comme de nombreux téléspectateurs ?

Non, car c’est moi qui ai décidé de changer. Peut-être qu’un jour on pourra retravailler ensemble. C’est quelqu’un dont je ne partage aucune idée, mais qui est délicieux dans la vie et agréable dans le travail. Il fallait changer pour qu’on ne se lasse pas d’entendre toujours les mêmes raisonnements et a priori…



Dans l’actualité belge, le Roi vient d’abdiquer en faveur de son fils le prince Philippe. Vous suivez cette actu ?

Pour moi, il n’y a qu’un Roi des Belges, c’est Philippe Geluck… Les autres ne m’intéressent pas.


Entretien Dorian de Meeûs


*"On ne cherche qu’à en rire", publié aux Editions Cherche midi