Psycho et bien-être

On travaille, on stresse, on s'occupe de la famille, on fatigue, on se couche, on dort. Et le sexe dans tout ça ? Où est-il ? Pourquoi passe-t-il de plus en plus souvent à la trappe alors que l'on a en apparence une vie professionnelle et de famille épanouie ? Les déserts sexuels dans les couples sont plus fréquents qu'on ne le croit et le boulot y a sa part de responsabilité. Géraldine Hennixdal, psychologue et coach spécialisée en psychologie positive fait le point sur cette libido furieusement à zéro et comment faire monter la température !


Le travail a-t-il une incidence sur le sexe dans le couple ?

Bien sûr. Les conditions de travail qont extrêmement compliquées. Il y a le travail de nuit, le travail coupé, le travail loin du domicile, les embouteillages qui font se lever aux aurores, les horaires décalés qui font qu'on rentre tard et pas en même temps que son conjoint. Il y a ceux qui voyagent sans arrêt. Et bien sûr ce stress, ces soucis qui nous prennent la tête et qu'on ne laisse pas au bureau évidemment.

Tout ça fait qu'on arrive chez soi comme des boules de stress, qu'il y a le groupe familial à faire tourner, l'intendance de la maison. Le soir, au lit, on est crevés physiquement et psychiquement. Et le week-end, ce n'est pas beaucoup mieux, puisque l'on court faire les courses, ranger la maison, faire du sport, conduire les enfants à leurs activités, ...

Il faut aussi savoir que les deux causes les plus fréquentes d'incapacité professionnelle sont les troubles musculo-squelettiques et le burn-out. Deux pathologies qui sont aussi de réels freins à une vie sexuelle épanouie.


Hommes, femmes, mêmes tracas ?

Non, les hommes ont plus de facilité à se mettre dans le présent et à considérer l'acte sexuel comme récréatif, comme une détente et donc comme un plaisir à s'offrir. Alors que les femmes ont plus tendance à vouloir faire tout ce qu'elles ont décidé de faire avant de se donner du temps pour soi et pour son couple, vous savez cette fameuse charge mentale... Et quand on est fatiguée, ça n'aide évidemment pas. Ce qui peut vite poser un problème latent dans le couple d'ailleurs car l'activité sexuelle est un vrai ciment à ne pas oublier.


La chambre à coucher ne l'est plus vraiment en fait...

Effectivement ! D'abord il y a eu la télévision dans la chambre, qui n'est pas propice à l'endormissement ni aux câlins. Mais aujourd'hui, il est de plus en plus fréquent de voir des couples, chacun avec leur tablette ou leur smartphone au lit. Certains prennent même leurs portables pour travailler, répondre à des mails jusqu'aux petites heures. Certaines entreprises en Belgique interdisent même à leurs employés de partir chez eux avec leur ordinateur professionnel. Les cas de burn-out sont de plus en plus nombreux et certaines directions de ressources humaines tentent de trouver des moyens de contrer ce véritable phénomène de société. Il nous faut une coupure, nous avons tous besoin d'avoir un sas de décompression entre vie professionnelle et vie privée. C'est la respiration qui sauve mais qu'on oublie si souvent de prendre.


Pour certain(e)s, le travail est tellement important et épanouissant qu'ils y trouvent une jouissance qui leur fait oublier tout le reste.

Oui, il y a des boulots passionnants qui font vivre d'incroyables expériences et comblent ceux qui le font. Et oui, il y a des "drogué(e)s" du travail. Et cela peut avoir une incidence sur une vie sexuelle : ils "profitent là aussi des décharges d'adrénaline, de dopamine, d'endorphines, ... que l'on retrouve dans le sexe aussi !

Mais plus globalement, je dirais que c'est ainsi à chaque fois qu'un pilier de vie est surinvesti : par exemple une femme qui n'a d'yeux et d'intérêt que pour ses jeunes enfants ou une personne qui se consacre corps et âme à un sport, ... tout cela fait que les autres piliers, dont la vie sexuelle, sont alors laissés pour compte.

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Mais pourquoi est-ce que c'est souvent la vie sexuelle qui passe à la trappe alors que c'est énergisant finalement!

Parce que le groupe passe avant tout ! Parce que aller "gagner la pitance", faire à manger, s'occuper des enfants et de la maison, cela profite à tous. Et que notre culture fait qu'on a du mal à faire passer le « soi » avant tout le reste. Le couple pratique prend le pas très vite sur le couple charnel si on n'y prend pas garde. Et puis quand on a mal ou qu'on est psychiquement à plat, on n'arrive pas à voir au-delà de l'effort que cela demande.


On fait comment pour se retrouver ?

On peut compter sur les vacances, propices, puisqu'on a l'esprit plus libre. Le boulot est loin, les peaux se dénudent, la chaleur donne des idées, les siestes sont possibles, on change ses habitudes et cela fait vraiment du bien. Cela vaut d'ailleurs le coup de se forcer un peu pour recréer un cercle vertueux. Plus on fait l'amour, plus on en a envie...

Hormis cette période bénie pour les rapprochements, je conseillerai de rester dans le tactile : si vous n'avez plus d'énergie car le physique vous lâche, si la fatigue est omniprésente, cela ne doit pas vous empêcher de vous prendre dans les bras, de vous toucher, de vous caresser en passant.

Et globalement, on doit s'imposer des règles : d'abord, la chambre n'est pas un bureau. Ensuite, on se programme des moments en couple : un resto, une soirée différente, un cinéma, une balade. Certains diront que programmer quelque chose coupe toute spontanéité et même l'envie, que cela fait faux. Mais finalement, dans le cas d'histoires extra-conjugales, c'est ce qui se fait non ? Sans passer par là... bloquez du temps pour la vôtre ! Le couple ne va pas de soi, il faut lui trouver une place c'est essentiel.


Comment se donner envie d'avoir envie ?

Si on est cassé physiquement, on ne peut pas avoir envie ! Je conseille vraiment d'avoir une réflexion globale et sérieuse par rapport à son travail. Et puis... il y a la question de l'amour que l'on se porte aussi. Parfois, c'est plus facile d'incriminer le boulot alors qu'on ne désire plus l'autre, qu'on n'est plus amoureux/se. Posez-vous les bonnes questions quand le désir n'est plus là pendant longtemps : est-ce un ras le bol dû à une vie à 100 à l'heure ou un ras le bol... de l'autre ?