Psycho et bien-être

« On ne peut donner que deux choses à ses enfants des racines et des ailes », dit très justement un proverbe juif : faciliter l’envol de nos enfants est notre dernière mission de parents, celle qui arrive après la construction d'une base saine et solide pour leur vie. Ensuite, notre rôle ne sera plus jamais le même et notre vie, plus celle que nous avons connue... Cette étape va être source de turbulences et d’une foule de sentiments et émotions ambivalents : l’agacement, l’euphorie de la liberté retrouvée en passant par la nostalgie de la chambre vide, de l’angoisse de la maison sans bruit, des sentiments dépressifs même pour certains mais aussi de la joie à les voir réussir leur vie pour d'autres. La chronique de la coach parentale et scolaire, Nathalie Vancrayenest

De toutes les façons, ce que nous ne connaissons pas nous fait peur !

Nous avons accompagné ce « petit d’homme » de la dépendance absolue de ses premières heures et premiers mois vers une dépendance et une indépendance relative jusqu’à ce jour. Nous avons à franchir un dernier cap, celui de l’indépendance. Pas si facile lorsque l’on s’est investi dans ses enfants. Jusqu’ici, nous avions l’impression de contrôler, de pouvoir les protéger, malgré leurs récriminations et leurs colères contre notre ingérence, ils finissaient par accepter nos conseils et notre façon d’appréhender les choses.

Mais avec la majorité et les études supérieures, le contrôle parental devient insupportable. Il est vécu comme un abus de pouvoir et une intrusion au plus profond de leur intimité.


Ce qui se joue au moment du départ

Le départ de nos enfants cache une multitude d’enjeux. Nous nous retrouvons en tête-à-tête avec nous-mêmes, avec notre angoisse de vieillir, la peur de la solitude. Ce départ nous demande de faire des deuils (au sens psychologique) : celui d’une partie de notre vie, de nos routines, de notre rôle de parent.

Pour faciliter le passage et étayer la confiance en eux de nos enfants dans cette étape, mieux vaut être un parent bien dans sa peau ! Désormais, ils sont adultes et c’est ensemble que vous allez redéfinir vos liens et relations.


Les départs difficiles, impossibles

Certaines choses de la vie induites par le comportement des parents peuvent compliquer et barrer ce départ. Il faut alors savoir prendre conscience de ces peurs, de ces contradictions, pour les aider à partir sans devoir casser la relation.

Par exemple, au plus vous aurez mis de murs autour d’eux, au plus ils auront besoin de provocations et d’agressivité pour se détacher.

Certains d'entre eux pensent qu'« Après ce (les sacrifices) que mes parents ont fait pour moi, je ne peux pas les abandonner ». Mais il faut le savoir : les enfants n’abandonnent pas leurs parents, ils quittent le domicile familial pour construire leur vie d’adulte, leur famille !

Les enfants n’ont pas vis-à-vis de leurs parents de « dettes ». La culpabilité que ces parents font ainsi peser empêche les enfants de construire leur vie, leurs rêves. Mécanisme pervers ! Car rembourser cette « dette » reviendrait à demander, à l’enfant devenu adulte, de leur rendre la vie qu’ils lui ont donnée.


Comment se préparer ?

Le syndrome du nid vide n’est pas une fatalité et chacun va le vivre à sa façon. L’intensité du vide ressenti dépendra de votre histoire personnelle, des émotions refoulées, qui immanquablement resurgiront, des étapes vers l’autonomie que vous et votre enfant avez déjà franchies, du moment, de l’ordre du départ, de la distance géographique…

Pour ne pas tourner en rond, mieux vaut développer des comportements hyperactifs, pour conjurer le vide et la déprime et s'y préparer à l'avance.

N’attendez pas le dernier moment pour faire un bilan.

Ressortez, dépoussiérez et interrogez vos « quand j’aurais du temps pour moi » : volontariat, sport, musique, expression artistique, université des aînés…. Prenez soin de vous !

Retardez votre départ à la retraite, pas besoin de surajouter des couches de stress.

Ne vous imposez pas des tâches herculéennes, laissez la maison en état, vous avez le temps. Des allers-retours sont toujours possibles par les temps troublés que nous traversons (ruptures sentimentales, fin des études, difficultés socio-économiques…)

Il est important de faire le point sur sa vie de couple ! « On vient de marier le dernier… Ce soir il me vient une idée, s’ils ont pensé un peu à nous… Maintenant qu’on est tous les deux, si l’on pensait à être heureux ? » chantait Michel Sardou dans "Les vieux mariés". Car le départ des enfants est un moment charnière pour le couple, il va nécessairement se redéfinir.

Et si une séparation est inéluctable, attendez que les enfants se soient installés. Le divorce est toujours un choc... Ne leur enlevez pas leurs premiers moments de bonheur.

N’imposez pas votre aide, ne prenez pas tout en charge, vos enfants sont capables de trouver leurs propres solutions, d'ailleurs vous les avez normalement outillés pour ça. Et l’aide que vous apportez n’est pas un permis d’intrusion.

Efforcez-vous de prendre de la distance physique et psychique, acceptez de ne plus tout savoir. Fixez ensemble ce qui est acceptable. Téléphone, e-mail, Skype, SMS… sont des outils magnifiques pour garder le contact à condition qu’ils ne remplacent pas le cordon ombilical et qu’ils ne soient pas des instruments d’emprise et d’ingérence.


Nouveaux rôles, nouveaux liens

« Ma fille, tu as vingt ans. Et j’attends le moment. Du premier rendez-vous. Que tu me donneras. Chez toi ou bien chez moi. Ou sur une terrasse », chantait quant à lui Serge Reggiani dans « Ma Fille ». Ce qu'il y a de positif, c'est que vous allez créer de nouveaux liens, de nouveaux rituels ! Bien évidemment, ceux-ci ne doivent pas devenir des étouffoirs ou des contraintes...

Il vous restera ensuite à faire une place à cet « autre » que votre enfant choisira pour partager sa vie. Vous n’avez pas d’obligation à l’aimer, vous avez une obligation de respect. Préparez-vous, un nouveau rôle vous attend peut-être ? Celui de grands-parents.


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