Psycho et bien-être

Cette semaine, c’est le temps de la réponse aux lecteurs. Céline, 46 ans nous parle de sa relation avec sa mère de 69 ans et avoue que celle-ci devient toxique. « Pourquoi tant de haine envers son propre enfant? », écrit-elle dans un cri du cœur et une incompréhension totale. La chronique de Julie Arcoulin, spécialiste en développement personnel et relationnel.


C’est une question qui nous a semblé utile d'aborder parce qu'elle concerne beaucoup de monde ! Et il est vrai que les relations mère-fille ont leur lot de complications et de mystères. 

Je voudrais prendre les précautions d’usage dans ce genre de thème. Le cas par cas est souvent la règle et il est important d’être prudent dans la définition de ce qu’est une mère toxique.


D’aimer trop à aimer mal

La relation mère-fille est complexe. Pleine de paradoxes, de projections, d’effets miroirs, d’amour quand tout va bien, de toxicité dans les pires des cas. Céline ne nous a pas donné beaucoup d’informations sur le seuil de toxicité qu’elle identifie. Elle évoque la haine que sa mère semble ressentir envers elle. D’abord, peut-être qu’il est utile de se demander s’il s’agit vraiment de haine ?

Nous avons parfois tendance à mal interpréter les choses, les démonstrations, les comportements. Ensuite, peut-être qu’il est intéressant de se demander si cela a toujours été comme ça ? N’y a-t-il pas quelque chose qui a changé ?

L’amour maternel peut être aussi doux que destructeur. Les raisons de cet amour/haine peuvent être multiples et appartiennent à chacune des mères concernées. L’amour peut avoir deux visages : celui qui favorise la croissance personnelle, l’estime de soi, la sécurité nécessaire au bon développement d’un enfant,… Et celui qui étouffe, qui brime, qui jalouse, qui est égoïste et destructeur. La question étant, quand il s’agit de ce visage-là, peut-on encore appeler cela de l’amour ?

Une mère toxique n’est pas forcément une mère qui n’aime pas son enfant. La toxicité revêt plusieurs manteaux. L’intrusion, la possessivité, la surprotection, le manque de limite ne sont pas nécessairement le signe d’un manque d’amour. Tout dépend des contextes et des situations. On peut aussi mal aimer son enfant.


Quand y a-t-il de la toxicité ?

C’est toujours difficile de répondre à cette question tant il y a de situations différentes. Je dirais que si l’on se sent mal dans une relation, il est salutaire de commencer à se poser des questions. Si par le biais de ces questions vous vous rendez compte que votre mère est très souvent dans les reproches, dans les insultes, dans les dénigrements, dans les dévalorisations, dans le déni de votre personne, si ce que vous faites n’est jamais bon, si vous vous sentez redevable, peut-être qu’aller voir quelqu’un qui vous aiderait à faire le tri serait utile.

En très gros, je dirais que lorsqu’on ne se sent pas aimé(e) inconditionnellement par sa mère et que des faits objectifs étayent ce ressenti, cela vaut la peine de se pencher sur la question. De même si vous estimez que votre relation avec votre mère est nocive.


Pourquoi certaines mères ne semblent pas aimer leurs enfants ?

La capacité d’aimer n’est pas une de ces choses innées avec laquelle nous naissons tous. Pour aimer, il faut avoir été aimé. En tout cas, cela aide fortement. « L’instinct maternel » n’est pas garanti, nous ne pouvons que le constater de plus en plus. Si dans beaucoup de cas, cela ne se passe pas trop mal, d’autre fois, c’est plus difficile. Ces mères qui ont du mal à appréhender l’amour maternel se culpabilisent terriblement et le vivent très mal. L’amour est tellement plus subtil qu’une obligation...

On retrouve chez les mères toxiques de grandes failles narcissiques qui les rend extrêmement peu aimantes et adéquates. Ces failles sont parfois tellement profondes qu’elles ne peuvent aimer leur enfant puisqu’elles sont trop occupées par le fait de combler leurs propres fêlures et combler leur vide affectif de façon parfois très dangereuse pour leurs enfants.

L’amour maternel non inné est un sujet tabou dont on parle peu. Et pourtant, force est de constater que le mythe de l’amour inconditionnel que nous avons construit s’effondre bien souvent.


Que faire ?

Tout d’abord, il est bon de tenter de ne pas le prendre personnellement. Ce n’est pas (forcément) l’enfant qui est en cause. La capacité ou non d’une mère d’aimer son enfant lui appartient. L’enfant, dans la plupart des cas, n’y est pour rien.

Ensuite, vous êtes, Céline, la seule à pouvoir mesurer le degré de « supportabilité » de cette relation toxique. Vous êtes la seule à pouvoir déterminer s’il est nécessaire de couper les ponts ou si la relation peut s’améliorer. Au passage, je voudrais vous dire que la condition pour qu’une relation change est que les deux protagonistes soient prêtes à mettre des choses en place pour que les changements s’opèrent. Cela veut dire : remise en question, changement de comportements, actions concrètes.

Pour finir, si votre mère est vraiment toxique, une série de deuils vont s’imposer. Vous n’êtes pas obligée de les faire seule. N’attendez plus d’elle qu’elle vous apporte l’amour, la reconnaissance, l’estime de vous. Elle n’en est probablement pas capable. Il est temps de commencer à vous apporter tout cela à vous-même. Si, selon vous, il est nécessaire de couper les ponts, sachez que c’est permis ! Les « mais c’est quand même ta mère » sont à proscrire. Être mère ne donne pas le droit de maltraiter ses enfants. Bien au contraire.

À la semaine prochaine.

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