Psycho et bien-être

Le thème du pervers narcissique intrigue, intéresse, interpelle. Mais peu d'études scientifiques existent encore sur le sujet. C'est pour cette raison que la spécialiste en développement personnel Julie Arcoulin s'est penchée sur l'écriture d'un livre. Elle a choisi l'angle des enfants victimes d'un parent pervers narcissique. Comment survivre aux parents toxiques ? Comment échapper à leur emprise ?

Survivre aux parents toxiques, c'est un livre dur, mais remplit d'optimisme, qui se base sur les témoignages et l'analyse des victimes qui viennent la consulter. Subjectif, certes, mais au delà des constats, Julie Arcoulin apporte également les clés essentielles à la guérison pour vivre enfin sa vie d'adulte de manière épanouie.


Un premier bouquin, pourquoi ce thème ? Un constat ? Un besoin d'aider ?

La vie m'a envoyé en consultation des gens qui voulaient se libérer d'un/d'une pervers(e) narcissique. De fil en aiguille, j'ai commencé à organiser des conférences, des groupes de parole, des ateliers. J'ai constaté qu'un problème réel existait, que ce n'était pas un effet de mode comme on peut parfois l'imaginer. A côté de cela, j'ai toujours eu envie d'écrire. Le sujet s'est donc présenté un peu naturellement et tout est arrivé très vite. Mon objectif à travers ce livre, c'est d'aider un maximum de personnes qui se sentent concernées et de leur donner quelques pistes pour s'en sortir.


Un thème à la mode ?

Il est vrai qu'on en parle de plus en plus à travers les médias. Et c'est tant mieux. Il est important que les victimes puissent se reconnaître et s'en sortent. Mais il faut être vigilant avant de coller une étiquette à quelqu'un. Il n'existe pas d'études scientifiques car il est difficile de soumettre les pervers narcissiques à des observations. Et à travers les victimes, c'est délicat. Cela dit, ce problème concerne bien plus de personnes qu'on ne le pense.


A qui s'adresse principalement ce livre ?

Il s'adresse bien sûr aux adultes qui ont vécu une enfance avec un parent pervers narcissique. Mais également aux adultes qui ont un enfant avec un pervers narcissique, car il est très important de connaître l'attitude à adopter et comment aider son enfant. Aussi, ce livre s'adresse à tous les métiers qui tournent autour de l'aide (psychothérapeutes, psychiatres, médecins, éducateurs, avocats, juges, etc.) Il devrait être lu par ces professionnels pour une meilleure vision du sujet. En Belgique, j'ai pu constater que l'habit fait souvent le moine. Et que, par exemple, lorsqu'un père arrive à une convocation juridique vêtu de son uniforme de pompier ou autre, personne n'imaginerait qu'il ait pu faire du mal à un enfant. Et pourtant, cela arrive et bien plus qu'on ne peut l'imaginer.

© REPORTERS


Le livre est subdivisé en trois parties, une volonté dès le départ ?

Oui, cette structure m'est venue rapidement, c'était déjà très clair dans ma tête. La première partie se concentre sur la définition d'un pervers narcissique. J'y développe donc le phénomène d'emprise et à quel point c'est insidieux. Ensuite, j'ai voulu réaliser un état des conséquences du comportement du pervers narcissique sur un enfant devenu adulte. On trouve très peu de lecture de ce genre. Cet angle de vue est difficile à adopter car aucune étude scientifique n'a encore été élaborée. A travers les différentes confidences, les différents témoignages, j'ai pu compiler des traits communs à toutes les victimes d'un pervers narcissique. Quant à la troisième partie, il s'agit d'apporter des pistes pour s'en sortir lorsqu'on est la victime, mais aussi des outils à utiliser pour que le parent sain du couple puisse aider son enfant.


Et justement, est-ce qu'on s'en sort ?

Oui évidemment qu'on s'en sort. La première étape, c'est d'en prendre conscience. Ensuite, c'est de s'autoriser à refuser les mauvais traitements infligés. Et pour cela, il faut arriver à se positionner. Il est important de réussir à avoir de l'estime de soi, de guérir de ses blessures et de briser la croyance judéo-chrétienne qui dit qu'on doit tout à ses parents. Aussi, je suggère, pour une guérison plus rapide, un accompagnement avec un thérapeute.


Ce livre peut secouer, surtout les personnes concernées de près...

C'est certain que la lecture n'est pas forcément confortable. Mais pour éveiller les consciences, il faut donner des exemples forts. Maintenant, j'ai tenté de donner aussi de l'espoir, pour que les personnes qui lisent ce livre se disent : « on s'en sort, ça va aller ».


Il est vrai que malgré un sujet qui est dur, on ressent beaucoup d'optimisme à travers l'écriture...

C'est vraiment comme cela que j'ai essayé de l'écrire. Je ne voulais pas tendre vers le dramatique. Je suis une personne profondément positive et optimiste et c'est cela que j'ai cherché à faire transparaître à travers ce livre.


Y-a-t-il plusieurs pervers narcissiques ou sont-ils tous pareils ?

On peut dire en gros qu'il y a trois catégories de pervers narcissiques. Il y a ceux qui sont puissants, qui ont une vie remplie de responsabilités. Il y a ceux qui avaient cela, mais dont tout s'est effondré. Et puis, il y a les loosers, ceux qui n'ont rien et qui cherchent à se valoriser. On remarque aussi que c'est souvent lié à l'argent, au pouvoir. Et puis, il existe aussi différents degrés de perversité. Ils se situent je pense dans le passage à l'acte. Une dame était venue me confier que son mari avait mis le feu à leur habitation pour toucher l'assurance, ça allait donc très loin.

© REPORTERS


Est-ce qu'on naît pervers narcissique ?

Non, je ne pense pas. C'est plutôt une stratégie de survie qu'on met en place, certes mauvaise. Leur réalité leur est insupportable et parfois ils partent dans des histoires hallucinantes. D'autres ont été élevés par un parent pervers narcissique, c'est l'éducation reçue.


Un pervers narcissique peut-il un jour guérir ?

Non, en tout cas pas un pervers narcissique identitaire. Il ne guérira pas car il n'avouera jamais avoir un problème. Et s'il le fait, c'est pour manipuler de plus belle. C'est la structure de sa personnalité, on ne la changera pas. Maintenant, si le soucis n'est pas identitaire, comme pour un manipulateur élevé par un pervers narcissique et qui reproduit les comportements, il est possible de le recadrer.


Quels sont les dégâts lorsqu'on devient adulte ?

L'adulte qui a vécu avec un parent pervers narcissique n'a pas une bonne estime de lui, il a été dévalorisé, même de manière subtile. Son père ou sa mère ne l'a pas soutenu, encouragé, il/elle n'était pas structurant(e) car il/elle faisait passer ses besoins avant ceux de l'enfant. Après cela, il est difficile de se construire une identité, de connaître ses qualités, ses faiblesses, ses besoins, ses envies puisqu'il a été élevé pour être au service de son parent pervers narcissique (flatter son ego, prendre les responsabilités que le parent ne prend pas, lui « prêter » de l'argent, etc.). Comme l'amour inconditionnel n'existe pas, rien n'est jamais gratuit. L'enfant se retrouve donc dans la suradaptation, capable d'accepter n'importe quoi pour avoir l'impression d'être aimé. Le côté positif, c'est que cela en fait par la suite des adultes disponibles et à l'écoute des autres, mais toujours dans la soumission.


On le ressent tout au long du livre, vous accordez une grande importance au "ce n'est pas de ta faute !"...

C'est très important de se le répéter. Ce n'est pas la victime qui provoque cela chez son bourreau. Le pervers narcissique est comme il est avec tout le monde et surtout avec les personnes qui lui sont intimes, car plus faciles à manipuler.


--> « Survivre aux parents toxiques » de Julie Arcoulin chez City Editions, 233 p.

--> Retrouvez Julie Arcoulin sur son site

© D.R