Psycho et bien-être

"En couple avec un homme violent, je reste pour les enfants." C’est une phrase que j’entends souvent. Cette semaine, j’ai donc eu envie de vous expliquer pourquoi ce n’est pas une bonne idée. Si vous et vos enfants vivez dans un climat de violences conjugales et/ou familiales, vous pensez que rester vous permettra de les protéger et de limiter les dégâts. Pourtant, partir s’avère bien plus efficace sur bien des plans.

Les dégâts de l’exposition à la violence

L’OMS (organisation mondiale de la santé) a effectué plusieurs études afin de mesurer l’impact de l’exposition à la violence sur la croissance des enfants. 42 enquêtes menées dans 29 pays ont été regroupées et montrent clairement une corrélation positive entre la violence faite aux femmes et les retards de croissance des enfants exposés. Ces enfants peuvent être des victimes directes en étant eux-mêmes maltraités physiquement ou psychologiquement. Mais, ils sont aussi des victimes indirectes en étant « seulement » spectateurs des violences faites à leur mère. Ils ressentent le stress de leur figure maternelle et en souffrent. Ils ont peur de la mort de leur mère et de leur propre mort puisqu’ils sont en insécurité.

Les rapports sont clairs, l’exposition à la violence à les mêmes impacts que la violence directe. Un climat violent est un climat insécurisant pour les enfants. Ils ne peuvent pas grandir sereinement et en sécurité, ce qui a des effets néfastes :

- Plus de problèmes de santé : retard de croissance, allergies, maux de ventre, problèmes ORL, problèmes dermatologiques, maux de tête, troubles du sommeil et de l’alimentation et ils sont plus souvent victimes d’accidents (8 fois plus d’interventions chirurgicales).

- Troubles de l’adaptation : développement de phobies scolaires, angoisse de séparation, hyperactivité, irritabilité, difficultés d’apprentissage.

- Troubles de la concentration

- Troubles du comportement : 10 à 17 fois plus que des enfants dans un foyer sans violence, dont des comportements agressifs vis à vis des autres enfants, 50 % des jeunes délinquants ont vécu dans un milieu familial violent dans l’enfance.

Cette liste n’est pas exhaustive. Ces rapports de l’OMS indiquent également que l’âge de l’enfant, la durée d’exposition à ces violences, la personnalité de l’enfant, l’environnement social et familial sont des facteurs qui influencent l’impact traumatique des violences. Par exemple, un enfant qui ne parle pas encore et qui ne peut donc pas mettre de mots sur ce qu’il vit intériorisera les scènes et pourra développer des conséquences psychotraumatiques. Mon but en vous disant cela n’est pas de vous culpabiliser ou de vous alarmer. Mais il faut balayer certaines idées reçues comme « Il est petit, il ne se rend compte de rien », « Si je pars, je ne pourrai plus les protéger »,…

Une mère maltraitée est une mère qui n’est pas entièrement disponible pour ces enfants et cela a également des répercussions sur la base dont les enfants ont besoin pour grandir. Physique ou psychologique, la maltraitance laisse des traces que l’on soit une victime directe ou indirecte. Les coups ne sont pas les seuls actes violents impactant la santé et le bien-être des individus.

Montrez l’exemple

Partir permet aussi de montrer à vos enfants que lorsqu’on vit une relation qui ne nous convient pas, nous avons le droit d’y mettre un terme et de REFUSER les mauvais traitements. Ils ont besoin de voir qu’aucun être humain n’a le droit de maltraiter un autre être humain sous quelque prétexte que ce soit. Sinon, ils reproduiront les mêmes relations plus tard et ne sauront pas se positionner face à leur parent maltraitant. Ils seront enfermés dans les devoirs d’enfants « C’est quand même ton père/ta mère », « Tu sais comment il/elle est, ça va passer ». NON ! Le contact coûte que coûte n’est pas une bonne idée.

Les enfants ont des droits, notamment celui d’être protégé et en sécurité. Je vous invite à parcourir avec eux la convention des droits de l’enfant, cela les aidera à se positionner face aux mauvais traitements, le cas échéant.

Partir, rompre, quitter un foyer où règne violences et mauvais traitements c’est donc une façon de dire à vos enfants : Vous avez le droit de refuser les mauvais traitements. Ce message est important pour le reste de leur vie. Si vous vivez dans ce genre de climat, dans un environnement familial violent psychologiquement et/ou physiquement, vous pouvez le quitter. Il n’y a aucune raison valable d’y rester. Et, vous le voyez, pas non plus la protection des enfants. Bien au contraire.

Que faire ?

Le problème dans ce genre de circonstances c’est que les démarches demandent beaucoup d’énergie. Une énergie déjà très basse à cause, justement, de la maltraitance répétée. Cependant, il est important de porter plainte auprès des services appropriés. Consultez un avocat pour être au clair avec vos droits. Je remarque que c’est souvent le manque d’infos qui paralysent. Allez à l’info ! Les zones d’ombre sont anxiogènes.

Parlez avec vos enfants. Condamnez cette violence, expliquez leur que personne n’a le droit de faire ça. N’essayez pas de minimiser avec des phrases comme « ça va passer », « Il t’aime, mais il est énervé ». Appelez un chat un chat ! Vos enfants ont besoin de distinguer le bien du mal et que la maltraitance ne soit pas cautionnée par des excuses vides de sens.

Préparez votre départ, sortez de la culpabilité. Entre adultes, on ne s’abandonne pas, on se quitte. Vous devez faire de votre bien-être et de celui de vos enfants une priorité. Ne vous trompez pas d’objectif. Il ne s’agit pas de sauver votre conjoint violent (pour autant que rester auprès de lui le sauve), il s’agit de vous sauver, vous et vos enfants. S’il est violent, c’est à lui de se prendre en charge et de se faire aider. Sacrifier votre santé, votre bonheur à vous et à vos enfants n’aidera personne. Vous avez le droit de sauver votre peau.

À la semaine prochaine.

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