Psycho et bien-être C’est une question pleine de souffrance que me posent les parents en consultation ou en fin de conférence. « Est-ce qu’un enfant, un adolescent peut devenir manipulateur ? » La réponse est d’autant plus terrible qu’elle pointe la responsabilité de ces parents. Oui, un enfant peut devenir un tyran.

La chronique de la coach scolaire et parentale Nathalie Vancrayenest.


Comment cela est-il arrivé ?

L’enfant a appris par expérience quelques techniques de manipulation : geindre, se plaindre, bouder, se mettre en colère, insister pour obtenir ce qu’il désire et ses parents ont cédé. Il se comporte de façon de plus en plus exigeante, il ne supporte pas qu’on lui réponde par la négative.

Il se pose volontiers en victime de ses enseignants, ses camarades. Il conteste l’autorité de son entraîneur, de ses instituteurs, de ses professeurs. Il séduit et manipule ses parents, il les provoque pour mieux les maîtriser. Il n’est jamais responsable, la faute est toujours chez les autres : il a de mauvais résultats à l’école, c’est à cause de cet enseignant pas assez patient, trop exigeant, qui ne s’adapte pas à lui…. Il ne veut plus participer à l’activité sportive ou artistique qu’il a choisie, c’est la faute de cet entraîneur si peu compréhensif, si dur, c’est la faute de cette méthode de travail que lui impose le maître… Les parents sous emprise défendent les dysfonctionnements de leur enfant par crainte des représailles et jamais ils n’osent le frustrer dans ses envies et différer un besoin.

C’est un enfant qui fait ce qu’il veut quand il veut ! Il oppose un refus systématique à toute demande qui ne satisfait pas son plaisir immédiat. Il ne s’investit dans rien, il se disperse et papillonne. Il refuse toute contrainte même si elle est inhérente à un loisir.

Depuis qu’il est tout jeune, c’est lui qui régit le rythme de vie de toute la famille. Il fait peur aux adultes, car ils savent que ses représailles seront terribles : « donne-lui deux euros, que l’on n’en parle plus, sinon il va encore nous faire une crise ».


Il connaît les points faibles

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L’enfant tyran connaît bien les points faibles de ses parents et provoque leur stress. Comme l’adulte manipulateur pervers narcissique, il utilise l’émotionnel de ses victimes pour annuler toute réaction. Il utilise la culpabilité « Vous ne savez jamais me faire plaisir », « les parents des autres, eux au moins, ils savent montrer leur amour ». Il provoque la colère et la violence des parents pour mieux les anéantir sous leur culpabilité. Il provoque leur anxiété, quand il joue sur leur crainte de déplaire. Il renvoie sans cesse une image de parents incompétents, dépréciés ce qui conduit certains parents à la déprime, à la dépression.

Ce n’est pas la gravité des comportements, mais la multitude des petits acquis sur l’autorité des adultes qui est grave. L’enfant s’installe dans ce modèle de relation égocentrée où les autres n’existent que pour le servir.

Si les parents sont devenus les complices consentants de leur enfant tyran à l’adolescence, celui-ci impose sa loi avec plus de véhémence. Sous des dehors charmeurs et non conflictuels, l’adolescent avance au chantage affectif, à la séduction, aux pressions « je travaille à l’école, tu me payes des vacances », à la culpabilité…. Des passages à l’acte violents seront nécessaires pour que les parents collaborants et soumis sortent du déni.

Cet enfant possède toutes les caractéristiques que l’on retrouve chez les adultes tyrans et manipulateurs pervers narcissiques.

Ils usent et abusent de la séduction. Ils menacent de passer à l’acte si ses parents ne cèdent pas à ses sollicitations.

Il arbore le profil du dominateur affirmé, froid, insensible aux émotions, sûr de lui avec des comportements agressifs, provocateurs et possessifs. Ses parents le survalorisent. Sa pseudo maturité cache sa démotivation, son incapacité à s’engager et à se remettre en question.


Comment ne pas en arriver là ?

Éduquer un enfant c’est faire preuve d’autorité, pour que ce « petit être » dépendant et centré sur lui-même devienne un adulte sociable. Si l’autorité fait peur, c’est que nous la confondons souvent avec l’autoritarisme et la violence. L’autorité des parents ne vise pas la soumission de l’enfant, elle s’accorde très bien avec le respect et le verbe « aimer ».

Le premier acte d’autorité d’un parent c’est de dire « non », de mettre des limites à son enfant. Évidemment, l’enfant doit comprendre les règles, les parents les expliqueront, mais la discussion s’arrête là ! Une fois la règle posée, elle ne doit plus être négociée ! S’il est dans l’ordre des choses qu’un enfant, un adolescent tente de négocier la règle et ses applications, les parents, eux, doivent tenir bon et faire respecter la règle si besoin par la sanction, jusqu’à ce que l’enfant, l’adolescent l’ait intégrée.

Un univers sans limites est la chose la plus angoissante qui soit pour un enfant.

Les lois, les règles supposent quelques frustrations, c’est sûr ! Mais elles permettent la vie avec les autres, et garantissent les droits de chacun. Elles sont sécurisantes !

Aucun enfant n’est capable d’abandonner de lui-même son fonctionnement de toute-puissance qui lui procure le plaisir immédiat. C’est à l’adulte de lui apprendre à différer un besoin, à abandonner une envie, à se conformer à la règle.

Un enfant qui grandit sans autorité n’est pas un enfant heureux. Les enfants tyrans comme les adultes tyranniques, manipulateurs pervers narcissiques ne sont pas heureux. Ils sont toujours en colère, ils veulent toujours plus, ils sont aigris et jaloux. Leurs attitudes hautaines et leurs dédains pour les autres font qu’ils sont souvent rejetés.

La vie de parent n’est pas un concours de popularité tous les jours !


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