Psycho et bien-être

C’est une question difficile ! Il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte pour y répondre. De plus, vous trouverez autant de personnes qui répondront « non », que de personnes qui vous diront « oui, il faut tout se dire ». La réponse est donc fonction de celui ou celle qui se pose la question. Cette semaine, je vous donne quelques clés et quelques éléments de réflexion pour trouver votre propre réponse.

La chronique hebdo de Julie Arcoulin, spécialiste en développement personnel et relationnel.


Partager ses pensées

Les couples vivent plusieurs étapes. Le début est souvent fusionnel et crée un désir de ne former qu’un. C’est à ce moment-là que l’on se dévoile, qu’on découvre l’autre, qu’on est à la fois confident et récolteur de confidences. Il est important que l’échange soit équilibré. Une relation se construit et bien connaître l’autre aide à se sentir en confiance et en sécurité. Donner accès à ses pensées est une marque de confiance qui nourrit la construction de la relation. Chacun se sent important et valorisé par les confidences de cet autre que l’on cherche à apprivoiser. C’est donc une étape importante.

Cependant, nous nourrissons tous des pensées intimes et profondes. Il faut trouver la limite entre les partager pour nourrir un échange et les partager pour se décharger d’un poids. Parfois, ce poids duquel on se décharge est transféré au partenaire et c’est ensuite lui qui le porte. C’est là que les choses peuvent se compliquer.


Dévoiler ses secrets

Nous portons tous des secrets, des choses douloureuses que nous avons vécus, des expériences ou des comportements dont nous sommes peu fiers. Faut-il nécessairement les révéler ? Il me semble que non. En tout cas, pas forcément tout de suite. La quête de l’honnêteté et de la transparence en couple peut se poursuivre tout au long de la relation, inutile de tout dévoiler d’un coup en se disant « comme ça c’est fait ». Il est important de prendre l’autre en considération avant de révéler l’inceste, la violence subie, les traumatismes vécus. On ne peut pas savoir comment l’autre va accueillir ce secret difficile, ni s’il est capable de le porter. Dévoiler les moments douloureux de sa vie à l’être aimé est toujours quelque chose à faire en accord avec l’autre. Il y a un temps pour tout. Ce n’est pas simple pour quelqu’un qui vous aime de faire face à des révélations lourdes.


Passer par quelqu’un de neutre d’abord

Une nuance importante : il y a les secrets digérés et ceux dont l’impact est encore trop vif. L’impact du partage d’un fait douloureux d’une vie est très différent si l’on a d’abord digéré, géré soi-même ce moment. C’est en ça que passer par quelqu’un de plus neutre d’abord, permet de prendre du recul par rapport à ce que l’on pense devoir révéler. Être plus au clair avec le côté émotionnel de ses tourments empêchera que l’autre soit alourdi par la révélation. En d’autres termes, c’est une bonne idée d’essayer de gérer une partie d’abord avant de faire une révélation. En tout cas pour les choses du passé.


En parler à quelqu’un qui n’est pas impliqué émotionnellement vous permettra de faire ce tri et de faire le pas de recul nécessaire avant d’en parler à votre moitié. L’histoire sera assimilée, digérée et pourra alors être partagée. Ce que vous confierez sera un lien et pas un fardeau que l’autre portera avec vous.


Garder un jardin secret

À ce sujet-là, on nous dit tout et son contraire. Ce qui est important pour départager les opposants et les défenseurs de ce jardin, c’est de vous demander de quoi vous avez besoin/envie vous. D’où l’importance de la connaissance de soi. Il n’est pas indispensable de révéler la moindre de ses pensées, le moindre de ses doutes, la moindre des questions que l’on se pose. Il y a un temps pour tout. La première étape étant d’en discuter avec soi-même (façon de parler bien entendu). Vous pouvez laisser mâturer les choses avant de les verbaliser. L’autre ne doit pas être considéré comme le « réceptacle » du moindre de vos méandres intellectuels. Il n’est pas là pour ça.

Le principal obstacle au fait de préserver un jardin secret est la peur de la solitude. Beaucoup de personnes sont en couple par peur de la solitude. Pour ces personnes-là, il est très difficile de considérer que leurs pensées leur appartiennent. Beaucoup pensent que tout dire de soi est une façon d’annuler la solitude. Le partage est alors une façon de se soulager et pas de créer du lien dans la relation.

Evidemment, il y a des choses que nous vivons à un moment donné et que nous ne pouvons pas garder pour soi. Mais une fois que la relation est construite et établie, que nous avons appris à nous connaître mutuellement, les impacts sont très différents. Un couple, c’est aussi une équipe dans laquelle chaque protagoniste peut soutenir l’autre et être soutenu. Tout est toujours une question de circonstances. Ce qui est important, vous l’aurez compris, c’est de ne pas faire porter à l’autre ce que vous n’arrivez pas à porter. C’est là toute la subtilité.

Il faut aussi tenir compte du fait que votre partenaire a sa propre histoire, son propre vécu et qu’il n’est, peut-être, pas en mesure de tout entendre et de tout accueillir comme vous le voudriez. Il est essentiel de respecter la façon dont l’autre réagit. Il/elle ne peut pas réagir exactement comme vous le souhaiteriez.


Définir des règles

Pourquoi ne pas vous mettre d’accord sur votre mode de fonctionnement par rapport à cette question : faut-il tout se dire ? Discutez-en ensemble, soyez respectueux des besoins de l’autre, établissez des règles qui vous conviennent à tous les deux. Voici quelques questions à vous posez pour y parvenir :

  • Est-ce important pour toi de tout connaître de moi ?

  • Y a-t-il des choses que tu ne veux pas entendre ?

  • Est-ce le bon moment d’en parler ? (sous-entendu : l’autre est-il dans de bonnes dispositions pour accueillir ce que vous avez à dire et inversement)

  • Que cherchez-vous en partageant votre histoire, vos pensées, vos doutes, etc. ? Est-ce que vous vous adressez à la bonne personne ?

  • Ces confidences vont-elles servir la relation ?

  • Ai-je suffisamment digéré cette partie de mon histoire pour pouvoir en parler ?

Bref, discutez-en au sein du couple. Etablissez vos propres règles, vos propres codes afin que personne ne soit mal à l’aise et de limiter les impacts de certaines confidences. Il y a un temps pour tout…


À la semaine prochaine.

Mon site : www.juliearcoulin.com

Ma page Facebook : Julie Arcoulin