Psycho et bien-être

J’ai choisi de débuter cette chronique par cette affirmation que j’entends couramment « s’il était aussi intelligent que ça, il réussirait ! » Celle-ci reflète toute l’incompréhension et la confusion qui entourent encore les « surdoués », « haut potentiel », « précoce»… La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach parentale et scolaire.


Pour ma part, je préfère utiliser la terminologie du « zèbre », car comme les équidés de la savane, ils semblent tous identiques, mais à bien y regarder leurs rayures sont différentes. Chez les êtres humains, c'est pareil : ces enfants et adolescents décontenancent les adultes par leurs attitudes peu conformes aux réactions attendues.

Voici un petit tour d’horizon de leurs singularités : attention, ce n'est en aucun cas, une façon de les réduire à une liste de comportements, de les étiqueter et de les mettre dans une case ! Au demeurant, aucune des caractéristiques reprises n’est à elle seule suffisante pour les définir.

Une sensibilité extrême

Un QI supérieur à la moyenne est un indice, mais non suffisant pour poser le diagnostic. C’est aussi l’indice qui introduit le plus d’incompréhension. Avec un tel QI, les adultes non informés s’attendent à de la réussite scolaire à tout le moins et ne conçoivent pas que ces enfants puissent rencontrer des difficultés.

Ce QI supérieur est le résultat d’un fonctionnement cérébral, d’un mode de pensée et de raisonnement particulier.

Ces enfants et adolescents présentent tous une hypersensibilité (1), qu’ils gèrent plus ou moins en fonction de leur éducation. L’hyperesthésie est tout à la fois un atout et une source de souffrance.

Les « zèbres » sont d’une extrême sensibilité. Leurs capteurs perçoivent avec une rare acuité tout ce qui les entoure dans les moindres détails : des variations de blanc de la chevelure de la grand-tante à la conversation chuchotée en passant par l’odeur de la lessive, le goût du roquefort, qui a changé (eh oui, parfois vous osez faire des infidélités à sa marque préférée !), les vêtements qui grattent, les cols qui serrent et les matières qui collent… De plus, les « zèbres » traitent cette multitude d’informations avec une prodigieuse rapidité. L’hyperesthésie concerne aussi les émotions, elles sont toujours vécues avec une grande intensité. L’entourage perçoit souvent les cataclysmes émotionnels avec perplexité. Cette intensité les rend susceptibles à l’extrême et vulnérables aux remarques. Cette hypersensibilité va de pair avec une empathie d’une grande finesse, ce qui les rend attentifs aux autres et très sensibles aux ambiances. Ces anticipations peuvent les rendre anxieux.

Des chevaliers blancs qui étonnent

Ces enfants et adolescents sont des « chevaliers blancs » à la recherche de la justice. Pour eux la recherche de la vérité est un absolu. L’injustice les insupporte, les fait souffrir et les place souvent dans des situations difficiles : ces remarques passent souvent pour de l’insolence, ils apparaissent comme bizarres, car ils sont les seuls à percevoir l’injustice.

Les enfants et les adolescents HP vivent avec des peurs liées à leurs sens en hyper-vigilance (2). Ils captent le moindre signe inquiétant, de ce fait ils sont rarement paisibles et restent en permanence sur leurs gardes. Ils ont besoin de contrôler leur environnement, ce qui peut les amener à manipuler leurs proches.

Ces enfants sont plus sensibles à leurs peurs internes, car ils gardent en mémoire toute la charge émotionnelle et affective de leurs expériences passées. Leurs facultés de raisonnement ne leur sont d’aucun secours pour apaiser les peurs irrationnelles et celles-ci peuvent perdurer.

Les « zèbres » font preuve d’une lucidité prodigieuse, conséquence de leur incapacité à se dégager de leur émotionnel et de la recherche de sens qui l’accompagne.

Des forces comme des faiblesses

Ces particularités sont communes aux individus à haut potentiel, celles-ci sont des forces, mais également des faiblesses. Car l’école est, souvent, le révélateur de leur fonctionnement atypique et un lieu de souffrance pour beaucoup d'entre eux (3). Pourquoi ? Parce que les enfants HP ont du mal à s’adapter aux exigences et attentes de l’école. Leurs comportements plus opposants, plus rebelles les marginalisent, ils ne comprennent pas toujours les codes et les implicites de l’institution.

De son côté, l’école peine à les faire réussir et beaucoup d’enseignants, faute de formation, ne savent pas comment s’y prendre. Résultat : pour les petits et grands « zèbres », l’école n’est pas un lieu d’apprentissage valorisant. Ils apprennent vite qu’ils doivent se taire et ne pas exprimer ce qu’ils connaissent : « laisse répondre les autres ! » est une rengaine qu'ils entendant souvent...

L’institution et bon nombre d’enseignants traduisent leurs difficultés à adapter leur fonctionnement à celui de l’école comme de la démotivation, du désintérêt, un manque de travail et même de la fainéantise. Les « zèbres » sont profondément et durablement blessés par ces remarques.

Une pensée arborescente

Ces enfants ont un système de pensée en arborescence et de véritables difficultés à rester dans le cadre imposé par l’enseignant. De plus, ils ne partagent pas et ne comprennent pas les implicites de l’école (l’exemple le plus parlant est la réponse qui leur apparaît comme trop simple et qu’ils n’écrivent pas, car pour eux c’est impossible de poser une question qui nécessite une réponse aussi simple). On peut ajouter à cela une formidable intuition mathématique et une résolution de problème qui ne ressemble en rien au processus expliqué en classe et des résultats qu’ils ne peuvent pas démontrer.

Pourtant, l’école, les enseignants, les copains de classe et nos « zébreaux » ont tout à gagner d’une reconnaissance de ces différences de fonctionnement et du respect du double système de pensée. Nos petits et grands « zèbres » ne doivent pas vivre leur vie d’écolier avec la conviction que leur système de pensée est inutile, dangereux et inquiétant.


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Notes

(1) L’hypersensibilité est une caractéristique commune aux enfants à Haut Potentiel, DYS, TDA(H).

(2) L’hyper-vigilance se retrouve chez les enfants exposés à la violence ou victime de celle-ci.

(3) Ceux qui réussissent et s’adaptent à l’école ne viennent pas consulter