Psycho et bien-être

Lorsque l'on est parent seul avec un ou des enfants, peut-on s’autoriser à aimer à nouveau ? La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach parentale et scolaire.


Curieusement, c’est une question plus souvent posée par les mères que par les pères ! Dans cette chronique, je n’ai pas voulu de distinction, la question se pose au féminin comme au masculin. Après un décès, une séparation, un divorce, certains parents n’envisagent plus de retrouver l’amour et souhaitent se consacrer entièrement à leur enfant.

Ce faisant, parent et enfant sont en danger quand l’enfant constitue l’unique préoccupation d’un parent, qu’il devient un prétexte pour ne pas reconstruire sa vie affective, pour ne plus vivre pour soi.


"Il/elle est toute ma vie", attention danger !

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L’enfant ne peut pas être envisagé comme celui qui fait exister le parent, qui lui fournit une identité, un statut. Sinon, comment autonomiser ou responsabiliser l’enfant, si l’adulte ne peut pas se passer de lui ?

L’enfant, indispensable au bonheur de l’adulte, se trouve parentalisé. Et dans tous les cas, la parentalisation, de l’enfant quel que soit son âge, empêche le développement affectif de celui-ci.

L’enfant sent lorsqu’il est nécessaire au bien-être de son parent, il endosse alors un rôle qui n’est pas le sien, celui de sauveur, de consolateur, de confident, de protecteur. Il se sacrifie, refuse la séparation, éprouve des angoisses à l’idée de passer du temps loin de son parent. La présence excessive du parent dans la vie de l’enfant l’empêche de s’autonomiser (l’autonomie est indispensable pour apprendre, pour rentrer en relation avec les autres, pour se construire une identité). Cette proximité, parfois même cette fusion parent/enfant, rendra difficile les séparations de tout ordre. Comment laisser seul ce parent qui a construit sa vie autour de vous, qui a besoin de vous, pour qui le monde s’arrête parfois lors de vos absences ? Comment vivre heureux, prendre du plaisir en dehors de la présence de son parent ?

Ces enfants se retrouvent aussi dans la dépendance affective, ils ne savent pas mettre de limites aux autres, ils ne savent pas s’affirmer. Ils vivent avec la peur d’être rejetés.

Pour le parent, pris au piège de son amour « trop grand », « trop fort », il est difficile d’assumer son rôle éducatif. Comment mettre des règles, des limites ? Comment frustrer, sanctionner, bref, accompagner son enfant dans la vie et vers l’autonomie lorsque la peur de perdre son amour vous horrifie, vous tétanise ?

Ces parents finissent souvent par en vouloir à leurs enfants de briser l’harmonie, de les forcer à hurler. Ils leur reprochent parfois leur investissement, ils réclament une réciprocité et ils en oublient que l’amour parental reste inconditionnel.

Lorsque la séparation parent-enfant n’a pas eu lieu lors des phases de développement, elle survient alors souvent violemment à l’adolescence et se matérialise sous des formes diverses mais toujours violentes : échec scolaire, expériences sexuelles précoces, agressivité, colère, fugue… et celles-ci laissent de profondes blessures.

Se sentir aimé confère de la valeur à l’enfant et cet amour inconditionnel est un cadeau merveilleux pour la vie. Mais, l’amour devient un boulet lorsque l’enfant est l’objet unique de l’affection du parent !


Choisir de "refaire" sa vie

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La terminologie n’est pas appropriée, je vous le concède, refaire sa vie signifie que l’on recommence à partir d’une page blanche, que l’on gomme, que l’on efface et ce serait alors nier l’enfant et les expériences antérieures.

L’amour que vous ressentez pour votre enfant ne souffrira pas de votre nouvelle vie affective. Même si le vocabulaire courant n’apporte pas de distinction à ces amours : nous aimons le chocolat, les choux de Bruxelles, nos enfants, nos conjoints….

L’arrivée d’un nouveau partenaire dans votre vie nécessitera par contre une période d’adaptation. Le nouveau venu, la nouvelle venue sera dans tous les cas un intrus, une intruse venant briser le « petit couple » que vous formiez. Souvent, il/elle viendra aussi briser les rêves et les fantasmes de reconstruction du couple parental (même si les enfants ont rarement ce rêve, lorsque le divorce est consécutif à de la maltraitance et des conflits familiaux importants).

Prenez le temps de faire le deuil de votre couple, la période de deuil varie en fonction des situations, des individus, de quelques semaines à quelques mois, pas d’inquiétude. Par contre si au-delà de ce délai vous vous sentez toujours aussi mal, consultez !

Sortez de la culpabilité « d’avoir fait éclater la famille » en cas de divorce ou de séparation, de trahir la famille du conjoint décédé, de trahir vos enfants.

C’est indéniable, vous allez prendre du temps pour soigner vos blessures d’amour propre, pour retrouver la confiance en vous et dans les autres.

Laissez les affres du passé (infidélité, jalousie, rejet, violence…) derrière vous. Mettez vos limites à votre ex-conjoint, vous n’avez pas besoin de sa bénédiction, ni de celle de vos enfants pour vivre une vie affective nouvelle.

Évidemment, vous rencontrez des craintes et des peurs, elles sont toujours à interroger, car elles vous renvoient à vos croyances limitantes, aux messages parentaux….


Sentez-vous libre de choisir la vie affective qui vous convient 

Montrez à vos enfants que vous avez des projets, des objectifs, des désirs et des envies. Que cette rupture aussi dure qu’elle soit ne vous a pas anéanti (vous êtes son point d’appui, sa boussole, il aura confiance en vous s’il vous sent solide).

Si vous optez pour la construction d’une nouvelle famille à votre image, prenez le temps de préparer les enfants, de vous mettre d’accord sur le rôle de chacun des conjoints.

La famille recomposée est à géométrie variable, chacun doit prendre l’habitude de penser « individuel » et « collectif » en fonction des temps de présence. La famille recomposée peut elle aussi apporter soutien, amour, protection et donner l’exemple d’une vie de couple harmonieuse et heureuse aux enfants !

Un enfant n’est jamais l’amoureux(se) de sa maman ou de son papa...


>> Atelier sur le sujet en France et en Belgique. Suivez-moi sur Facebook Pour faire le point sur vos relations - Et si je croyais en mon pouvoir de séduction , Julie Arcoulin et Nathalie Vancraeynest, Eyrolles, 2017.