Psycho et bien-être Cette semaine, je réponds à une question que vous me posez très souvent en conférence, atelier ou consultation. Une autre façon de poser la question est : "Peut-on apprendre à "faire avec" ? Si vous suivez ma chronique régulièrement, vous devinez la réponse j’imagine… Mais je vais quand même approfondir un peu. Allons-y !


D’abord, qu’entendez-vous par "gérer" ?

C’est en général par cette question que je réponds à votre question. Il y a une différence à faire entre gérer un manipulateur au quotidien, tous les jours, et le gérer pendant une rupture, un divorce, un licenciement,… Ce sont deux choses bien distinctes.

Je vais commencer par vous dire que la "gestion" d’un manipulateur (ou d’une manipulatrice) ne peut pas se faire à long terme parce que vous préférez vous dire que c’est possible, au lieu de partir. D’ailleurs, lorsque vous arrivez avec cette demande, je vous réponds que je ne vous aiderai pas à faire ça. Ce serait comme si c’était moi qui mettais les balles dans le pistolet, bien que ce soit vous qui tiriez sur vous-même.

Je ne peux pas être plus claire : NON, il n’est pas possible de gérer un manipulateur si ce n’est pas pour préparer son départ. Enfin, vous pouvez toujours le faire, mais vous en payerez le prix, c’est-à-dire pas moins que vous-même, votre identité, votre énergie, votre estime de vous, votre personnalité.

Gérer un manipulateur, cela veut dire adopter des comportements et des réactions qui vont permettre, momentanément, de limiter la casse. Pour cela, il vous faut un objectif précis en tête : sortir de la relation. Le gérer parce que vous pensez que c’est plus simple que de le quitter est une fausse bonne idée et une croyance qu’il est assez facile de démonter.


Pourquoi, non ?

Parce que si vous êtes tombé(e) sur un manipulateur, c’est probablement parce que votre façon de voir, de réfléchir et d’appréhender le monde est à l’opposé de la sienne. Donc, vous allez devenir fou/folle à force d’essayer de comprendre ses raisonnements, de le remettre sur le droit chemin, de lui prouver par A + B qu’il a tort, qu’il n’a pas dit ça, etc. Gérer un manipulateur ne veut pas dire le faire changer. Cela, c’est peine perdue.

Vouloir gérer un manipulateur, c’est se croire plus fort(e) que lui. Vous l’êtes, sans aucun doute. Mais par votre détermination à faire le bien et à vous respecter. Pas dans un combat qui vous opposerait à lui ou à elle. Votre plus grande force est de vous sortir de la relation, pas de la changer.

Quand on pense qu’on peut gérer un manipulateur, on tombe dans la paranoïa, le cerveau tourne encore plus en boucle, vous êtes encore plus en état d’hypervigilance, encore plus sur vos gardes, encore plus en état de stress. Si vous considérez que vous pouvez gérer un manipulateur, c’est que vous avez pris conscience que vous en avez un en face de vous. C’est alors que tout devient encore plus insupportable. Ses magouilles, ses manipulations, sa violence physique et/ou verbale, ses agressions, ses mensonges vous sauteront aux yeux et votre honnêteté vous empêchera de faire semblant de ne rien voir. Vous allez vous épuiser si vous choisissez cette voie.

Une autre explication très simple est qu’ils sont ingérables ! De leur point de vue, ils ont raison, n’ont aucun problème et l’enfer, c’est les autres.


Outils de gestion

D’abord, un petit rappel de ce que visent les manipulateurs et les manipulatrices : votre destruction (et celle de vos enfants le cas échéant). Votre survie, c’est ce que vous devez avoir en tête dans chaque situation à laquelle vous serez confronté(e). Tout d’abord, il faut bien clarifier votre objectif. Rompre ? Partir ? Sauver ce qui peut l’être ? Obtenir la garde de vos enfants ?

J’espère que vous aurez bien compris que ces outils de gestion sont destinés au court terme et non pas au long terme.

  • la contre-manipulation : répondez par des phrases comme « C’est ton avis », « Tu as le droit de penser ça », « Ton opinion t’appartient »,… Le but est d’éviter de plonger dans les pièges qu’il vous tend.

  • Ne dévoilez rien de vos projets, envies, préparations au départ. N’oubliez pas que tout ce que vous direz sera retenu contre vous et/ou utilisé. Dites-en le moins possible.

  • Je vous l’ai déjà dit lors d’une précédente chronique, mais pour ceux qui l’auraient raté, je veux bien me répéter : ne vous justifiez pas, n’argumentez pas et n’essayez pas de lui mettre son nez dans ses contradictions. Cela ne servira absolument à rien !

  • Evitez le plus possible de vous dévoiler. Vos doutes, vos faiblesses, vos émotions, vos sentiments. Ne lui donnez pas le bâton pour vous battre.

  • Mettez vos limites ! Refusez les mauvais traitements, dénoncez-les, portez plainte (oui, je sais ce n’est pas simple et pas toujours bien accueilli par les agents qui vous reçoivent). Si, dans certains cas, la plainte n’aboutira à rien, dans d’autres, elle sera une clé importante. Et dans tous les cas, vous positionner en portant plainte fera du bien à votre estime de vous.

Les situations que vous rencontrez sont à la fois semblables et à la fois subtilement différentes. Il convient d’adapter vos stratégies le mieux possible. Je vous rappelle que vous n’êtes pas obligé(e) d’affronter cela seul(e). En revanche, il convient de bien choisir les personnes à qui vous vous confiez ou que vous choisissez pour vous aider. Tout le monde n’est pas en mesure de comprendre dans quelle situation vous êtes. L’emprise est fine et subtile et beaucoup de gens pensent encore qu’il s’agit simplement de volonté quand on veut en sortir. Quoi qu’il en soit, on s’en sort ! Et bien plus fort que vous ne le pensez sans doute pour le moment.

À la semaine prochaine.

>> Conférences sur le sujet en France et en BelgiqueSuivez-moi sur Facebook - Lire aussi l'ouvrage de Julie Arcoulin, « Survivre aux parents toxiques » chez City Editions, 233p.