Psycho et bien-être

"Qui aime bien, châtie bien", annonce le dicton. Mais est-ce que les punitions, l’éducation à la « dure », les coups et les fessées ont un impact positif sur le comportement des enfants ? Pas si sûr ! La chronique de la coach parentale et scolaire Nathalie Vancrayenest

La violence éducative ordinaire, C’est quoi  ? Une gifle, une fessée, des coups, tirer sur les cheveux, les oreilles…. Mais aussi les menaces, les insultes, les remarques vexatoires et humiliantes que l’adulte (parents, enseignants, éducateurs et parfois même le monde institutionnel) inflige pour que l’enfant, l’adolescent obéisse, rentre dans le rang, qu’il soit bien « éduqué ».


Quelle est l’incidence de la violence éducative ordinaire ?

Depuis plusieurs années, les neurosciences mettent en évidence les conséquences de cette violence sur la santé physique et psychologique des enfants et des adultes qu’ils deviennent.

Les violences physiques et psychiques créent un stress chez l’enfant et l’adolescent. Comme ils ne comprennent pas pourquoi les adultes (censés les protéger) leur font mal, ils brouillent leurs perceptions de la situation et biaisent leurs jugements pour ne pas remettre en cause les adultes.

Si « c’est pour son bien », c’est que lui est mauvais et il se construit sur ce raisonnement faux, mais à sa hauteur.

De plus, ces études montrent, un lien entre fessées, châtiments corporels et le risque accru pour l’enfant et l’adulte de développer des conduites anti-sociales et agressives, ainsi que des troubles anxieux, dépressifs, des dépendances à l’alcool et aux drogues.

D’autres études, dans le même domaine, montrent des conséquences similaires sur des enfants soumis à des violences émotionnelles : agressions verbales, menaces, violences conjugales… Une éducation par la crainte et la soumission plonge l’enfant dans l’insécurité, l’angoisse, il doute de lui-même et son « estime de soi » s’effondre. Cet effondrement entraîne alors une série de comportements de protection : agitation, agressivité, provocation, replis, mensonges, conduites à risque… Si l’enfant obéit, c’est dans un réflexe de survie, il fait alors l’amère expérience de la lâcheté, de l’hypocrisie et de la provocation.

Les punitions, les coups sont inefficaces pour obtenir un changement de comportement. Le stress qu’ils causent empêche l’enfant de réfléchir à son comportement et aux conséquences de celui-ci. L’enfant n’apprend pas l’autodiscipline et le respect. Le stress bloque le sentiment de culpabilité qui permet la réparation et la honte renforce son envie de vengeance. Le parent finit par perdre toute autorité, l’enfant se retranchant dans le déni « même pas mal ! »


Pourquoi avons-nous l’impression de bien faire ?

Nous reproduisons les comportements que nos parents ont eus vis-à-vis de nous, sans tenir compte de notre propre système de valeurs. Cette attitude nous rend, bien souvent, malheureux, car nous sommes, alors, loin de l’image que nous nous étions faite de notre relation avec notre enfant. Nous manquons de repère, alors nous nous raccrochons à ce que nous connaissons sans pouvoir le remettre en question ! Car nous remettrions en cause l’amour et la reconnaissance de nos parents. S’ajoutent à notre trouble les conseils contradictoires, les regards et les jugements.

Avoir connu les cris, la violence verbale et physique renforce le risque de reproduire ces comportements.

La violence est toujours un aveu d’impuissance ! L’adulte montre à l’enfant la puissance de son pouvoir, il n’éduque simplement pas.


Comment faire autrement ?

© Reporters

Entre autoritarisme, démagogie et laxisme, une éducation dans le respect et l’autorité responsable est possible.

Les adultes sont censés protéger l’enfant c’est prévu par la Convention des droits de l’enfant, mais aussi dans l’ordre naturel des choses puisque le bébé, l’enfant, l’adolescent sont dépendants de l’adulte pour leur survie.

Pour commencer, deux choses sont importantes à rappeler.

  • Le bébé vient au monde sans mode d’emploi, ce sont les adultes qui vont le guider dans sa compréhension de ses sensations et ses émotions. Ce sont les adultes qui vont lui rendre le monde et les autres intelligibles.

  • Tous les comportements ont une fonction utile, pour l’individu qui les génère, et donc l’adulte prendra le temps de comprendre ce que l’enfant essaye de dire par son attitude.


Les quelques idées pour une éducation dans le respect et la bienveillance, repris dans cet article, sont loin d’être exhaustives et seront peut-être difficiles à mettre en place. Sachez que demander de l’aide n’est pas une preuve de faiblesse.

  • Répondre aux besoins du bébé, de l’enfant, de l’adolescent. Pour vous aider, différenciez besoin et envie. Le besoin est général, il répond à la survie de l’enfant, selon son âge il sera satisfait plus ou moins rapidement. L’envie est spécifique, elle sera entendue, mais elle peut être différée, abandonnée avec des explications.
  • Oublier les interdits, fixer des règles en accord avec vos valeurs, celles que vous souhaitez transmettre. Les règles fixent le cadre de vie, évitent les conflits et les rapports de force. Elles offrent un environnement prévisible et sécurisant. Elles favorisent la responsabilisation et le respect mutuel. Elles doivent être en accord avec la loi, claires, précises, stables, cohérentes et s’appliquer à tous. L’enfant finira par les intégrer. Acceptez qu’éduquer, ce soit répéter ! Si les plus jeunes ne réagissent pas, accompagnez-les dans le respect de la règle. Avec les plus grands, la transgression s’accompagne de sanctions. Cinq règles c’est un maximum.
  • Maintenir un espace de parole et d’écoute, pour donner du sens. Négociez ce qui peut l’être.

L’enfant, l’adolescent transgressera les règles à un moment ou un autre, rappelez-leur le sens de la règle. Parfois, vous serez amené à appliquer une sanction. La sanction est prévue, mise en œuvre rapidement et à froid. Elle doit être en rapport avec la transgression et proportionnelle à celle-ci. Elle doit être limitée dans le temps. La sanction doit permettre la réhabilitation de l’enfant par la réparation, elle permet de rappeler la règle.

Il y aurait encore beaucoup de choses à détailler, affiner, personnaliser. Maintenant, vous savez qu’existent des alternatives aux violences éducatives ordinaires et vous connaissez les conséquences de ces violences.


>> Si vous souhaitez aller plus loin, je vous conseille quelques livres sur le sujet :

"Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau". Dr Catherine Gueguen, Robert Laffont, 2014

"Cris et châtiments, du bon usage de l’agressivité", Diane Drory, de boeck, 2004.

"Au cœur des émotions chez l’enfant". Isabelle Filliozat, poche enfant éducation, 2013.

"J’aide mon enfant à bien vivre l’autorité", Bruno Hourst, Eyrolles, 2010

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