Psycho et bien-être

Quel parent ne s’est pas trouvé dépité, frustré devant ses enfants en train de se battre comme chien et chat ? Les rêves d’harmonie familiale, de fraternité, que nous faisions avant d’avoir des enfants semblent se fracasser sur les écueils de la réalité. La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach parentale et scolaire.


Mais pourquoi doivent-ils se quereller ? En consultation, beaucoup de parents s’inquiètent de ces mésententes entre frères et sœurs.

Bonne nouvelle d'abord : la rivalité entre enfants est plutôt un signe de bonne santé mentale. Les relations fraternelles sont ambiguës et oscillent entre rivalité, complicité et partage.

La rivalité permet à chacun de s’affirmer, de se socialiser, de tester ses limites, de ne pas franchir celle de l’autre, d’apprendre à négocier et de régler les différends. Les disputes leur permettent de sortir de la toute-puissance de l’enfance, de s’endurcir et de mieux délimiter leur personnalité. La fratrie est le lieu d’apprentissage privilégié de l’altérité.


Pourquoi se chamaillent-ils ?

Tous les prétextes sont bons pour chicaner : « C’est à moi ! », « Elle a une fraise en plus… », « Il n’avait pas le droit de… », « Elle me donne toujours des ordres », « Ce n’est pas parce que t’es plus grand que tu dois me commander »

En filigrane de ces luttes les enfants testent l’amour de leurs parents et ils se rassurent sur la présence de celui-ci !

Les rivalités font partie de la vie d’une fratrie comme les jeux, les câlins, la complicité et les rires et elles n’empêchent pas la construction de liens affectifs forts !


Comment agir, réagir ?

Ne nous leurrons pas, l’équité et la justice parfaite n’existe pas !

Nous aimons nos enfants de façon différenciée et c’est normal ! (Même si cela est difficile à admettre). En prendre conscience et comprendre ce qui se joue, nous permet de rétablir l’équilibre entre eux.


>> Pour prévenir ces rivalités

© Reporters

Bien préparer et accompagner l’arrivée des cadets sera important, mais peut-être pas suffisant.

Les rivalités sont généralement plus importantes lorsque l’écart entre les deux bambins est faible (moins de 3 ans). Dans ce cas le second se sent toujours en devoir de rattraper l’aîné qui ne supporte pas de perdre son avance.

De la même manière, les rivalités sont exacerbées lorsque les enfants sont du même sexe. Dans ces deux cas, il est important de les différencier, en mettant en avant les forces des uns et des autres, les différencier d’un point de vue vestimentaire, activité extrascolaire…

Evitez les comparaisons, car lorsque la balance est positive pour l’un elle est forcément moins avantageuse pour l’autre.

Énoncez les règles calmement et fermement : pas d’insulte, pas de violence physique. Annoncez aussi les conséquences et sanctions à tout manquement.

Veillez aussi à ce que chaque enfant ait un territoire bien à lui, chambre, partie du salon ou de la salle de jeux.

Pour explorer le partage, un enfant a besoin d’avoir des jouets qui ne sont qu’à lui, le doudou est l’archétype de ces objets. Le partage en douceur ne s’envisage pas avant 2 ans et le partage spontané bien après. En aidant l’enfant à partager, nous lui apprenons qu’il est capable de renoncer à un plaisir immédiat, pour faire plaisir à l’autre.

Si l’enfant dispose de son propre panel de jeux, le partage devient supportable pour quelques minutes ! Veillez toujours à ce que le principe de réciprocité dans le partage soit respecté. Dans le cas contraire, vous installez un mécanisme malsain de « soumission ».

Instaurez des rites de passage indépendants de la position de l’enfant dans la fratrie. Vous n’aurez pas à vous justifier « Pourquoi lui et pas moi ? »

Établissez des routines : pour s’assoir à côté de maman, pour les responsabilités dans les petites tâches ménagères… cela vous évitera les « C’est toujours moi ! ».

Complimentez-les lorsqu’ils jouent ensemble, vous renforcerez ainsi ce comportement.

Aménagez-vous des temps exclusifs avec chacun de vos enfants : l’histoire avant d’aller dormir, shopping en tête-à-tête… laissez-les choisir l’activité (dans les limites du raisonnable évidemment !). Ces temps exclusifs de qualité sont indispensables pour que l’enfant se sente reconnu dans son individualité et ne la cherche pas dans la rivalité.

Favorisez les activités qui permettent d’exprimer les rivalités en s’amusant : jeux de société, chatouille et autre « karaté chaussettes » ont toujours la cote.


>> Lorsque les rivalités sont installées

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Prenez le temps d’observer : se battent-ils en votre présence ? À quelle fréquence ? À quel moment de la journée ? Quel est l’enjeu de leur lutte ? Est-ce toujours le même enfant qui commence la bagarre ?

Les chamailleries entre enfants sont souvent le signe d’une demande d’affection et d’attention. (Ce qui, à l’adolescence, est très déstabilisant, car ils font mine de ne plus en avoir besoin).

Ne réagissez qu’en cas d’infraction aux règles, recadrez l’autorité et le rôle de chacun, rappelez les limites. Et si vous devez sanctionner, préférez les sanctions collectives, ils découvriront la solidarité fraternelle contre vous !

En intervenant systématiquement vous risquez de figer les rôles (victime, chouchou, agresseur), et vous récompensez par votre présence les comportements qui vous dérangent.

Discutez avec chaque enfant à tête reposée, parlez de vos observations et encouragez-les à trouver des solutions qui leur sont personnelles.

Récompensez les comportements d’entraide par une activité collective plus exceptionnelle.

L’amour ne se décrète pas ! Les rivalités persistent rarement à l’âge adulte lorsqu’elles ont été reconnues durant l’enfance. Reste alors des souvenirs !


En revanche, si les disputes perdurent et que vous en venez à avoir peur de laisser vos enfants seuls quelques minutes, heures, une journée, c’est un signe que quelque chose ne fonctionne pas dans les relations de la fratrie et une analyse approfondie s’impose.


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