Psycho et bien-être

Si vous vous intéressez à l’intelligence émotionnelle et à la méditation de pleine conscience, vous connaissez probablement Ilios Kotsou. Ce quadra jovial et positif, qui travaille à son doctorat sur la régulation des émotions à l’ULB, s’est fait connaître du grand public grâce à une émission de Frédéric Lopez, sur France 2, intitulée “Leurs secrets du bonheur”. Il est l’auteur d’un “Éloge de la lucidité. Se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux” (Robert Laffont), prix Psychologies – Fnac 2015 du meilleur essai.

Ecrire vous rend-il heureux ?

Cela me fait beaucoup de bien… une fois que j’ai fini d’écrire le livre. Un peu comme quand on fait du sport ! Les idées me viennent facilement, mais les coucher sur papier est long et éprouvant. Je ne suis vraiment pas de ces auteurs dont le crayon court tout seul sur la page une fois qu’ils s’asseyent à leur bureau.

Si ce n’est pas l’écriture en tant que telle, quelle est votre motivation ?

L’envie de partager des choses que je trouve importantes et passionnantes, des expériences qui m’ont transformé et fait du bien personnellement. J’aime aussi les moments qui suivent la publication, quand le livre devient le support d’échanges, de conférences, de partages. Recevoir un mot de lecteur m’émeut toujours un peu. Si mon livre ne faisait du bien qu’à une personne, cela me suffirait.

Qu’est-ce qu’un livre qui fait du bien, selon vous ?

Un livre qui permet de mieux se connaître et que l’on rencontre au bon moment. Un bon roman peut faire plus de bien qu’un mauvais livre de psychologie. On peut mieux se connaître à travers l’histoire de quelqu’un d’autre. Une équipe de chercheurs en neurosciences de l’université Emory a publié un article, dans la revue “Brain Connectivity”, qui montre aussi des changements durables au niveau de la connectivité du cerveau grâce à la lecture de romans.

Vous critiquez le consumérisme lié à la poursuite du bonheur. En même temps, vous y participez à votre manière…

Je suis tout à fait d’accord ! Mais, comme je le dis aussi toujours, un livre de recettes ne nourrit pas son homme. On peut lire mille fois un livre d’entraînement physique, il n’améliorera pas votre santé si vous ne vous mettez pas en mouvement. Pareillement, on ne peut pas trouver le bonheur dans un livre, pas même le mien ! La fonction d’un livre n’est pas de rendre les gens heureux. Mais un livre peut inspirer, donner confiance, stimuler la créativité, motiver. Comme toujours, en travaillant, on finit par avoir un résultat.

Dans le rayon psycho et philo, comment ne pas tomber sur un charlatan ?

Il faut privilégier des auteurs qui ont une bonne formation ou une vraie réflexion. Car il y a des modes, dans ce domaine du développement personnel, et le grand public ne peut pas toujours savoir ce qui est bon ou pas. Dans le meilleur des cas, cela ne fait rien. Mais, parfois, cela peut amener des personnes à se sentir moins bien qu’avant. Des livres peuvent être des portes vers des mouvements sectaires ou des stages vraiment très chers.

Quelle mode vous semble néfaste, par exemple ?

La loi de l’attraction. Il s’agit d’une théorie selon laquelle vous pouvez attirer tout ce que vous voulez dans le monde en y pensant assez fort et positivement. Cela vous rend donc aussi coupable de tous les malheurs qui vous arrivent…

Quel est le credo de votre “Éloge de la lucidité” ?

Ce qui peut nous faire du bien, c’est la connaissance de soi pragmatique, le fait de mieux connaître notre vie intérieure, de mieux connaître le lien entre notre manière de penser, nos émotions, nos comportements. Cela permet de prendre de la distance, d’être moins le jouet de nos pensées et de nos sentiments, de mieux savourer la vie dans le présent. Quand on regarde les choses comme elles sont, on peut non seulement arrêter de se raconter des histoires – ce qui permet de mieux répondre aux difficultés de la vie –, mais aussi voir le bonheur dans les petites choses du quotidien.

Quel est votre livre de chevet ?

Mon auteur fétiche du moment, qui mélange roman, psychologie et philosophie, est Irvin Yalom. Ce psychiatre américain, qui a notamment écrit “La méthode Schopenhauer”, a un extraordinaire talent pour parler de questions fondamentales, comme le sens ou la fin de la vie, dans un roman qui se lit comme un thriller.