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Pour la deuxième fois, la ville de Bruges organise une triennale d'art contemporain et d'architecture. Un parcours composé d'oeuvres incroyables qui permet d'explorer la ville hors des circuits touristiques classiques.

Bruges, ses canaux, ses dentelles, ses maisons médiévales, ses cygnes... Depuis le 5 mai, la Venise du Nord est aussi l'épicentre de l'art contemporain.

Pour la deuxième édition de sa Triennale d'art contemporain et d'architecture, Bruges a choisi le thème « Liquid City », ville liquide. Un terme qui renvoie évidemment aux canaux qui irriguent la ville, à cet or bleu qui a contribué à son développement. Mais la Ville Liquide invite aussi à réfléchir à la "société liquide", concept du sociologue Zygmunt Bauman pour décrire une société en mouvement et en transition, qui nous plonge tant dans une certaine incertitude que dans des envies de renouveau, de réinvention. Et c'est, notamment, entre ces deux états d'esprit que les 15 artistes conviés naviguent.

Incontournable sur le parcours : le Skyscraper (the Bruges Whale). Cette baleine géante surgissant du canal vient titiller la coiffe du primitif flamand Jan Van Eyck. La baleine – conçue par des designers américains StudioKCA - est entièrement composée de déchets plastiques récupérés sur les plages d'Hawaii. Placée au coeur historique de Bruges, l'oeuvre, en plus de faire entrer en dialogue le patrimoine d'hier et la création d'aujourd'hui, questionne aussi ce qu'il nous reste du passé.. et ce qu'il nous faut préserver à l'avenir. On peut d'ailleurs s'interroger sur l'empreinte écologique de l'oeuvre monumentale, des USA jusqu'à Bruges.

Installée sur le Minnewater, le lac d'amour, attraction touristique incontournable, Nlé Kunlé Adeyemi se questionne aussi sur le monde de demain, et sur les défis liés au changement climatique. Son école flottante (MFS II - Minne Floating School) est pensée pour résister au mouvement des marées et même aux violentes tempêtes. L'oeuvre se veut aussi une proposition pour un bâti futur sur des terres gagnées par les eaux...

© Iwan Baan

© Iwan Baan

Certaines installations – pour le grand bonheur des Brugeois, et des visiteurs fatigués – sont l'occasion de faire une pause. A "Coupure" flotte une chenille aux nuances de roses, une installation espagnole du bureau Selgascano, qui fait office de pavillon flottant au coeur de la ville.

© Iwan Baan

Autre oasis : la Floating Island des architectes coréens Obba, en suivant le canal vers Dampoort jalonné d'installations. Les parois de cordes s'avèrent bien confortables pour une "power nap" debout, faites le test.

© Matthias Desmet

Les installations n'écrasent pas la ville, déjà musée en soi. Mais ouvrent de nouvelles perspectives. C'est le cas par exemple du pont futuriste "Brug" de Jaroslaw Kozakiewicz. « Représentation géométrique d'un moment romantique » nous décrit le guide d'information- l'art contemporain demeure parfois énigmatique- ce pont, censé vous faire passer d'une rive à l'autre, vous mène ici à un cul-de-sac, où repose la superbe sculpture Niobe de Constant Permeke. Regardez à gauche, regardez à droite, quand vous le traversez et vous verrez les "vieux" ponts de Bruges sous un nouvel angle. 

© Matthias Desmet

Pour prolonger la visite, jetez un oeil à l'exposition à la Poortersloge en plein centre. Elle décortique les processus de construction et d'élaboration de chaque oeuvre, maquettes, vidéos et plans à l'appui, et nous fait découvrir d'autres oeuvres des artistes participants.

Rêver, imaginer « demain », flâner, flotter, et découvrir la « ville-musée » autrement, en sortant de son aspect « carte postale » et de ses ruelles aux odeurs de gaufres... C'est l'expérience rafraîchissante à laquelle nous invite la Triennale. Jusqu'au 16 septembre.

Toutes les infos sur : www.triennalebrugge.be