Voyages On sait que le Japon regorge de temples millénaires et de villes dynamiques. Mais saviez-vous que le voyageur peut y mener de nombreux trekkings, dans des endroits à la beauté immaculée ? Ascension.


S’il est un lieu au Japon où l’on peut ressentir la présence des "kami" - les esprits traditionnels - c’est au cœur des forêts millénaires de l’île de Yakushima.

Avec un mont, le Miyanouradake, qui culmine à quelque deux mille mètres, des forêts denses et moussues, de séculaires et tentaculaires cèdres et des populations de cervidés et de macaques que l’on dit plus nombreuses que les quinze mille humains de l’île, Yakushima est une destination exceptionnelle pour randonneurs et amoureux de la nature, loin du Japon urbain et touristique.

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Le royaume des cèdres

Quasi-ronde, d’une superficie de quelque 500 km2, Yakushima est située à la pointe méridionale du Japon, dans l’archipel Osumi. Ce fut le premier site nippon inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1993. Autant dire qu’on l’arpente avec respect et déférence.

L’endroit émerveille dès l’abord, que ce soit par bateau ou avion : les montagnes couvertes de cèdres, d’épineux ou de bambous, se dévoilent sous la brume ou les nuages. La topographie des lieux est majestueuse. La nature y est reine. Sur les bords de la route circulaire qui ceint l’île, mousses et herbes prolifèrent. Il ne s’agit en rien de négligence (mot inconnu au Japon…), mais de l’humilité des êtres humains devant la Nature.

L’île est réputée avoir été la source d’inspiration visuelle du film d’animation "Princesse Mononoke" d’Hayao Miyazaki. On n’en doute guère (1). Les paysages seront familiers à ceux qui connaissent ce chef-d’oeuvre. La réflexion sur la nécessaire cohabitation entre la Nature et l’humain, thème du film, prend ici tout son sens.

Comme dans le film, les forêts de l’île furent considérées jusqu’au XVIIe siècle comme les refuges sacrés de divinités. Quand au "dieu-cerf" du film, il suffit d’avoir contemplé la ramure des gigantesques cèdres (sugi en japonais) de l’île pour deviner ce qui a inspiré son apparence.

Ce rapport spirituel aux lieux subsiste dans le rapport qu’entretiennent les autochtones et les très nombreux Japonais qui viennent les visiter, comme s’ils effectuaient un pèlerinage. On croise sur les sentiers de randonnée de l’île de nombreux groupes de retraités ou des familles. Cette popularité n’altère en rien la pureté des lieux, ni le calme qui y règne. Au nord, de nuit, on peut assister à la pondaison de tortues de mer. Au sud, on trouve des onsen (bains chauds) naturels, entre les rochers des plages.

Plusieurs parcours s’offrent aux randonneurs, selon leurs capacités physiques. Il n’est pas nécessaire d’être expérimenté pour découvrir les lieux. Attention toutefois : entre mer et montagne, la météo de Yakushima est capricieuse, à toute saison, et peut basculer en quelques heures. Vêtements chauds et imperméables sont requis, même en été.

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Dans la forêt de mousse

Si certains circuits ne sont pas à la portée de tous, l’un des plus courus est aussi l’un des plus anciens et des plus accessibles : le Shiratani Unsuikyo. Littéralement, le nom signifie "la vallée blanche des nuages et de l’eau". Ce parcours en forêt et à flanc de montagne est aussi communément appelé la "forêt de mousse".

Le Japon est en effet l’empire des bryophytes. Et avec plus de six cents variétés répertoriées - soit le tiers de toutes les espèces de mousse du pays - Yakushima est leur Eden.

Parcourir le Shiratani au petit matin lorsque la rosée couvre encore les tapis de mousses offre en spectacle un festival de vert et d’émeraude. Tout en est recouvert, du sol au sommet des sugi, les cèdres (ou cryptoméria) du Japon. Ceux-ci sont si caractéristiques de l’île qu’ils y portent un nom dérivé du sien, yakusugi.

Un cèdre trois fois millénaire

Durant l’ère Edo (1600-1858), les yakusugi constituaient la principale ressource des autochtones, qui payaient la dîme au daimyo local sous forme de bardeaux. Le surplus était troqué contre du riz. Certains sugi sont vieux de plus de trois millénaires. On les vénère tant que lors de la construction d’une route de l’île, un ingénieur imposa qu’elle soit déviée pour éviter d’en abattre un.

Leurs racines s’élèvent si haut qu’elles peuvent former une voûte sous laquelle on se tient debout. Certaines parties du sentier de Shiratani datent de l’ère Edo. On traverse des ruisseaux ou rivières de montagne, d’une eau si pure que l’on peut en remplir sa gourde sans crainte.

Le circuit complet du Shiratani - environ six heures de marche - permet de rejoindre un point culminant, le rocher Taikoiwa, qui domine les vallées environnantes. De là, il est possible de pousser jusqu’au Jomon Sugi, le cèdre le plus large (16,4 mètres de diamètre) et le plus ancien de l’île (selon la légende, il remonterait à plus de sept mille ans, mais les analyses au carbone le datent de trois mille ans).

Ce parcours étant plus ardu et plus long (minimum douze heures avec une très bonne condition physique), il est toutefois recommandé d’effectuer cette randonnée en deux jours, en dormant dans un des refuges de montagne qui se trouvent à proximité du Sugi.

Les amateurs d’altitude pourront se lancer dans l’ascension du Miyanoura, du Kuromi ou du Tachu Dake - autant de sommets d’où la perspective sur l’île est envoûtante et qui, tous, permettent d’apprécier la diversité de la faune et de la flore des lieux.


En pratique

S’y rendre : Depuis Kagoshima, par hydroptère (2 h) ou avion (40 minutes). Il est aussi possible de faire la traversée en cargo de nuit. Infos : www.yesyakushima.com

S’y loger : Nombreux hôtels, ryokan (auberges traditionnelles japonaises) ou chambres d’hôtes. Compter trois jours pour apprécier la diversité des lieux.

S’y déplacer : Deux bus (un express et un "omnibus") font le tour de l’île. Attention aux fréquences. Acheter un pass journalier (office de tourisme du port ou de l’aéroport). Il est aussi possible de louer une voiture.

Argent : Prévoir du liquide. Il n’y a ni distributeur ni bureau de change. Hôtels et commerces refusent les cartes de crédit.

Randonnées : Accès aux sites payant (500 yens). Il est interdit de s’écarter des sentiers.

Sécurité : Les circuits relèvent de la moyenne montagne. La météo peut basculer du tout au tout. Typhons et tempêtes sont fréquents, même en été. Formulaire à remplir à l’office de tourisme ou à l’entrée des parcours.

Equipement : Equipement et vêtements de montagne. Boussole et lampe. Nourriture. Pour les parcours de plusieurs jours, prévoir des toilettes sèches.

Guides : Guides sous licence. Tous ne parlent pas anglais. Nous avons recouru aux service de Jennifer Lee, Américaine "tombée amoureuse" de l’île qui parle japonais et connaît la faune et la flore. Sa passion est communicative. Infos http://yakushimalife.com


(1) Miyazaki et Totoro (titre d’un autre film célèbre du réalisateur de cinéma d’animation) sont deux localités de Kyushu, l’île méridionale du Japon, à l’extrémité de laquelle se trouve Yakushima.