Voyages On sait que le paysage de l’Irlande du Nord se dessine en des traits verts et arrondis - pays de vallons à moutons -, tandis que ses frontières maritimes offrent un découpage morcelé à la mer agitée d’Irlande. Mais saviez-vous que l’Irlande du Nord est terre de jardins, d’une nature maîtrisée à la perfection ? Aurait-on cru que l’art des jardins puisse à ce point être euphorisant ? Après tout, le Paradis était un jardin aussi.

Rhododendrons et ananas

Cap au sud, à la découverte de jardins irlandais. Et premier grand étonnement face aux gigantesques tâches roses qui remplissent le paysage en arrondi de verts sous nos yeux. Les jardins de Rowallane sont connus pour leurs variétés de rhododendrons géants, plus de 1 000, dit-on, apportés par les soins de John et Hugh Armytage Moore, botanistes enthousiastes qui prirent contact avec les explorateurs de leur temps (on était au XIXe) pour qu’ils leur rapportent des essences de rhodos des quatre coins du monde.

© D.R.

Rowallane a, déjà, ce charme du jardin anglais tel qu’il a été conçu au XVIIIe siècle par Brown (de son petit nom "Lancelot Capability"), pour proposer une autre vision du paysage. Eloigné du jardin à la française, le jardin à l’anglaise cherchait à délivrer l’image d’un paysage où la nature et la contemplation trouvent leur place.

Mais ce n’est là que le début de notre green périple…

A Hillsborough Castle , quelques kilomètres plus loin, on rencontre des feuilles de rhubarbe géantes (des ‘Gunnera manicata’ ) - de la laitue pour dinosaures dirait-on. Des temples d’amour, architecture type que l’on retrouve dans les jardins à l’anglaise. Et un ananas en porcelaine, dans la salle à manger du château.

La demeure royale accueille des sommités tout au long de l’année, quand ce n’est pas la Reine qui vient dîner. On questionne l’ananas à la guide très sérieux : " L’ananas était un signe d’extrême richesse sur la table du XVIIIe ", est-ce en écho à cette anecdote historique que l’on voit fleurir des ananas partout mais partout dans notre monde d’objets manufacturés ?…. A Hillsborough toujours, on croisera en plus de l’ananas, un Français, qui nous assure que " Oui, oui, tout est très calme. C’est l’Irlande. C’est normal. Profitez bien ".

Rowallane Gardens, à Saintfield, County Down. www.nationaltrust.org.uk/rowallane

Hillsborough Castle, à Hillsborough. Infos : www.hrp.org.uk/hillsborough-castle

Annesley Arboretum : la géante bibliothèque verte

Au détour d’un vallon qui, une minute avant, ne montrait qu’herbe verte et barrières à moutons, un château écossais. Qui a l’air d’un château en carton. Bienvenue à Castlewellan.

Sam Harrison, notre guide dans le Annesley Arboretum , boutonne le haut de sa gabardine sans prêter attention plus avant à toute la pluie qui ruisselle sur son visage.

A aucun moment de la visite il ne mettra sa capuche, il est dans son élément, sa grande bibliothèque des arbres, comme il nous l’explique, puisque c’est cela, un arboretum après tout.

Et l’homme est inarrêtable - comme la pluie du reste. Là, il nous montre un arbre dont les fleurs se mangent (des pepper plants au goût de poivre et très à la mode dans les assiettes de la nouvelle cuisine. " Essayez, moi j’avoue que ça n’est pas ce que je préfère ").

On voit l’homme moins adepte du neuf que de l’ancien. Il connaît l’âge de tous les feuillus du coin. Soulève les feuilles d’un arbre double face, roses d’un côté et very fancy , verte tradi de l’autre… Plus loin, il nous apprend comme celui-là, le petit dodu venu de Nouvelle-Zélande, est futé, dont les feuilles se referment durant l’hiver.

Et puis il y a aussi toute la grande famille des séquoias de Californie. Celui-là, planté en 1866 est, selon ses termes " quite happy to be there" avec ses cousins les redwoods - dont on dit qu’ils saignent lorsque la sève s’en échappe chaque année. C’est alors qu’on posera son oreille sur l’écorce rougie pour voir si le cœur de l’arbre bat.

Une virée en vélo électrique dans le voisinage nous donnera à toiser le paysage et les arbres vénérables et de trouver que vraiment ce château a l’air d’être en carton-pâte, un peu comme celui que l’on voit dans "Monty Python Sacré Graal".

Castlewellan Arboretum & Annesley Garden, à Castlewellan. Infos :/discovernorthernireland.com/Castlewellan-Forest-Park-Peace-Maze-Castlewellan-P2881/

Mount Stewart
© D.R.

Mount Stewart est l’un des plus beaux jardins au monde, selon le "Telegraph". Si ce genre de catégorisation a le don de nous hérisser - créant une hiérarchie du beau stigmatisé par le journaliste expert -, on ne peut nier que l’endroit est magique. Une surprise de plus dans ce voyage à travers l’Irlande du Nord.

D’abord, il y a cette illustre baraque, un manoir fameux du XIXe, planté au-dessus d’un jardin extraordinaire façon "arts and crafts" (comprenez ce courant artistique qui remet au goût du jour la nature et les formes du vivant. En Belgique, l’art nouveau est son pendant).

Chacune des aires du géant jardin, qui se laisse voir par fragment, découvrira l’une ou l’autre trouvaille. Là, le sculpteur a croqué une scène de discussion entre un chat et un crapaud quand, à deux pas, c’est un croco rigolo avec des petites jambes qui saisit le visiteur, qui, s’il s’avise de lever les yeux, rencontre des aigles totémisés et des singes comme attachés au portemanteau du ciel.

Et quelle végétation ! Des kiwis font ployer les branches d’arbres exotiques. La région du Mount Stewart bénéficie en effet d’un microclimat qui favorise les plantes du monde entier, +7° par rapport au reste de l’Irlande du Nord. En sillonnant le jardin avec Alan Ryder, jardinier en chef, on aura pu croiser un Christmas tree de Nouvelle-Zélande, des cyprès italiens. " A chaque saison de l’année, nous avons pour ambition de créer un feu d’artifices visuel. " La palette des couleurs saisit la rétine du visiteur. " Dans cet espace, on cherche à créer un contraste de bleus et d’orange, mais il est très difficile d’obtenir de l’orange à cette époque de l’année ." (NdlR : nous étions en juin).

Ainsi le head gardener est aussi celui qui décide de la gamme de coloris avec laquelle il va jouer divinement bien, courtisant presque les talents de celui qui créa le Premier Jardin…

Alan nous fera monter jusqu’aux hauteurs des jardins, en surplomb du lac, où, dans un cimetière romantique, dorment pour l’éternité l’héritière des lieux et son amoureux.

Le long de cette marche en espalier, la végétation aura changé, depuis les arbres rougeoyants venus d’Inde jusqu’aux silhouettes des buissons du Bhoutan. Les jardiniers du Mount Stewart s’amusent décidément à copier le monde en miniature.

Infos : Mount Stewart à Newtownards. Infos : www.nationaltrust.org.uk/mount-stewart

Winterfell : l’arrêt non jardin

Alors que l’on rayonne dans le comté de Down, et qu’on met à jour sa culture botanique, on ne voudrait cependant pour rien au monde manquer l’un des hauts lieux de la culture postmoderne mondiale : un lieu mythique de la série "Game of Thrones".

Dans la mythologie de la série, Winterfell est le siège de la maison Stark, situé dans l’imaginaire et rude Westeros. Dès le premier épisode, on aperçoit les hauts murs de l’austère château des Starck, d’où le jeune Bram chutera, dans l’une des premières péripéties de la grande saga qui a la réputation de faire "tomber" du monde.

A Winterfell, quand les Stark n’y sont pas, vous pouvez approfondir votre technique d’archer; aller en reconnaissance, à vélo, dans le paysage de Westeros; pousser jusqu’aux sources chaudes qui protègent la maison Stark du grand Hiver; ou vous recueillir dans le bois sacré des Anciens dieux, divinités protectrices de Ned stark.

Attention d’aller point trop au nord, de peur de tomber sur le Mur qui sépare le monde civilisé des Sauvageons…

Infos : www.nationaltrust.org.uk/castle-ward/features/game-of-thrones-at-castle-ward et/www.gameofthrones-winterfelltours.com

L’Irlande du Nord par 3

Bibelots. Alors qu’on traverse la péninsule d’Ards à l’est de Belfast, on ralentit et on prend le temps d’entrer dans les petites échoppes d’antiquités de chaque côté de la grand-route qui coupe en deux le coquet village. Vaisselle XIXe, mobilier Belle Epoque, services à thé ou petites cuillères en argent pourront être dénichés (histoire de la mettre dans la bouche d’un nouveau né, pour que la fortune lui soit donnée, ainsi que le service à thé). On a trouvé notre bonheur sans se ruiner.

Toutes les adresses sur https ://heyantiques.co.uk/Newtownards

Bistrot et apéro. Parce que les jardins c’est bien, mais que parfois on veut aussi rencontrer des humains. Deux adresses dans Belfast pour manger et parler avec des Irlandais. D’abord, le resto "Saint James. South", fancy et original - certains desserts sont plus des expériences gustatives que des douceurs gourmandes.

Et puis, pourquoi ne pas finir la soirée at "The Crown", pub irlandais au décor art nouveau fabuleux de too much. On sirotera un whisky Bushmills, assis dans l’un des box lambrissés que l’on referme derrière soi, pour plus d’intimité avec son new boyfriend, ou de rigolade avec son groupe de copains. Attention, à minuit, on vous met dehors en vous hurlant dessus (pas besoin d’être mielleux avec la clientèle quand on a du succès).

Saint James. South, 21 James Street South Infos : http://www.jamesstreetsouth.co.uk The Crown Liquor Saloon, 46 Great Victoria St, Belfast

Repos. On a filé plus au sud dans le comté de Down, histoire de voir la mer. Et on s’est installé dans l’intérieur moelleux du Slieve Donard Resort & Spa. La chaîne hôtelière Hastings Hotel a le don de vous donner l’impression que vous êtes le châtelain propriétaire des murs. Ce qu’on adore ? The view, of course, mais aussi les pantoufles estampillées d’un "Hastings" doré, et le code wifi, qui fait un clin d’œil au valeureux Guillaume le Conquérant qui vainquit les Français à Hastings en 1066.

Infos : www.hastingshotels.com/slieve-donard-resort-and-spa

Tout savoir sur nos virées en Irlande, décrites dans ce dossier ? www.ireland.com