Voyages On sait que naviguer en Méditerranée reste un "must" pour de nombreux touristes en provenance du monde entier. Mais saviez-vous que des "clippers", reconstitués à l’identique, offrent une expérience unique ?


Le soleil se lève à peine sur Le Pirée. Le "Star Flyer" se faufile, tout en douceur, dans le port athénien. Le représentant de l’autorité portuaire monté à bord donne ses instructions au barreur pour le guider vers le quai d’amarrage final. Cerné par de gigantesques porte-conteneurs et des "paquebots à touristes" sans âme, le quatre-mâts de la compagnie monégasque Star Clippers paraît tout petit. C’est la dernière ligne droite pour ce clipper de 115,50 mètres de long et ses 3 365 m2 de voiles sorti, le 16 mai 1991, des "Belgian Shipbuilders Corporation Langerbrugge Yards", à Gand.

Sur l’élégant et vaste pont en teck, une dizaine de lève-tôt, silencieux, observent l’ultime manœuvre de l’équipage emmené par le capitaine russe Tusnikov. D’autres prennent encore leur petit-déjeuner sur le pont inférieur ou bouclent leurs valises. Le "Star Flyer" a quitté Malaga neuf jours plus tôt. Pour notre part, c’est à La Valette que nous avons rejoint la petite centaine de passagers et les 79 membres d’équipage.

Ces six jours de navigation en mer entre La Valette et Athènes, rythmés par quatre escales (lire ci-contre), nous ont laissés amplement le temps de partir à la découverte de ce splendide "lévrier des mers" - c’est le surnom qui, au milieu du XIXe siècle, fut donné à ces navires transportant essentiellement des denrées alimentaires et alliant élégance, finesse et puissance - et de son équipage composé de douze nationalités (Russes, Ukrainiens, Polonais, Brésiliens, Indiens, Philippins…). Uniformes toujours impeccables, ils et elles sont en mouvement permanent. Cela frotte, nettoie, répare, rafraîchit, cuisine… Du matin au soir. Le contraste avec l’immobilisme des passagers est saisissant. Pour eux, le temps est suspendu. Allongé sur un transat, assis dans un recoin du salon ou de la bibliothèque très British, accoudé au "Tropical Bar" ou endormi dans l’une des 85 cabines, le croisiériste peut lâcher prise.

Sensations fortes

Partir à la découverte du "Star Flyer", c’est aussi s’offrir quelques (rares) sensations fortes en grimpant à l’un des quatre mâts métalliques de 60 mètres de haut ! Soyons honnêtes, se hisser jusqu’à une étroite plateforme, distante d’une quinzaine de mètres du pont central, suffit déjà amplement à se procurer quelques frissons et, surtout, à s’offrir des vues plongeantes sur le bateau et la Méditerranée.

Parvenu dans la capitale grecque, on replonge brusquement dans le tohu-bohu urbain. Le lendemain, Demain, le capitaine du "Star Flyer" reprendra la mer en direction de la Turquie et de la Croatie. Plus tard dans l’année, il traversera l’Atlantique pour rejoindre les Caraïbes, Cuba… Un fameux quatre-mâts !

© DR

La Valette - Syracuse

Mdina contre faucons. Avec moins de 7 000 habitants (l’équivalent d’un petit village en Belgique !), La Valette est la plus petite capitale de l’Union européenne. L’ancienne capitale de Malte se trouve à Mdina, belle cité-forteresse médiévale avec ses hauts murs d’enceinte en pierres calcaire de couleur miel. En 1530, l’empereur Charles Quint avait accepté de céder Malte, et les trois îles de l’archipel (Malte, Gozo et Comino), aux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean, chassés de Jérusalem. Mais à une condition : qu’on lui offre un faucon chaque année. Il faut s’aventurer dans le labyrinthe de Mdina, avec ses ruelles, patios, églises, monastères, maisons d’aristocrates, petits palais baroques,… Le style baroque, on le retrouve à Syracuse, en Sicile, 200 km au nord de La Valette. Les deux églises qui bordent la piazza del Duomo - place à la forme inédite - sont très belles. En déambulant dans les ruelles fleuries ou dans les artères animées, on se met à fredonner, de gaieté de cœur, l’air d’Henri Salvador…

www.visitmalta.com

© DR

Pylos - Monemvasia

Perles du Péloponnèse. L’entrée du "Star Flyer" dans la rade de Pylos, petite ville située à l’extrémité sud-ouest du Péloponnèse, est bien plus paisible que dut l’être celle de centaines de bateaux, le 20 octobre 1827. C’est ici, sur la côte ionienne, que Grecs (soutenus par leurs alliés franco-russes) et Ottomans se livrèrent la célèbre bataille de Navarin, étape décisive vers l’indépendance de la Grèce. Plusieurs milliers d’hommes périrent dans la rade de Pylos. Aujourd’hui encore, il est interdit d’y faire de la plongée par respect pour les victimes. Plus à l’Est, c’est Monemvasia qui attend les croisiéristes du "clipper". Surnommée "le petit Gibraltar", la cité se divise en deux parties : la ville moderne et touristique (Géfira); et un village médiéval (Kastro) construit au pied d’un imposant promontoire rocheux. Un endroit béni des dieux (grecs !). Vingt-quatre familles résident aujourd’hui derrière les remparts vénitiens d’où sont heureusement exclues les voitures. Il faut grimper jusqu’au sommet (300 mètres au-dessus de la mer) pour avoir un point de vue exceptionnel sur la mer turquoise. C’est, sans nul doute, le coup de cœur de notre périple entre La Valette et Athènes.

© DR

Hydra - Le Pirée

Carte postale. La dernière escale avant l’arrivée du "Star Flyer" au Pirée révèle une Grèce plus conforme à l’image qu’on s’en fait généralement : un petit port touristique au fond d’une baie, un embarcadère bordé de boutiques à souvenirs et de terrasses de restaurants, des maisons blanches aux volets bleus et aux toits couverts de tuiles romanes en terre cuite… La vraie carte postale. En haute saison, c’est clairement un lieu à éviter ! Lors de notre passage, on a pu fort heureusement profiter des charmes méditerranéens d’Hydra. Car dès que l’on s’éloigne du port et de l’embarcadère, et qu’on s’enfonce dans les ruelles de la petite ville construite en forme d’amphithéâtre, on découvre un envers de la carte postale bien plus authentique.


Star Clippers par 3

Origine. C’est grâce à Mikael Krafft - juriste, homme d’affaires et marin aguerri originaire de Suède - que des "clippers" sont redevenus commercialement viables, plus de 100 ans après leur disparition.

Destinations. Le "Star Flyer" et le "Star Clipper", son navire jumeau, naviguent dans les Caraïbes, à Cuba, en Méditerranée et en Asie du Sud-Est (Thaïlande, Malaisie, Singapour et Bali). Le "Star Flyer" effectue une traversée transatlantique deux fois par an.

En pratique. Les croisières Star Clippers peuvent être réservées auprès de la compagnie. Plusieurs tours-opérateurs proposent aussi des forfaits incluant vols, transferts et éventuel séjour hôtelier pré/post croisière. Prix d’une croisière de 6 nuits en Méditerranée : à partir de 1 565 € par personne (+ 205 € taxes de port). Les repas sont inclus.

www.starclippers.com