Voyages On sait que l’Arménie est l’un de ces pays qui n’ont vraiment pas été épargnés par l’Histoire. Mais saviez-vous que ce petit pays offre un incroyable condensé de l’architecture de tous ses envahisseurs ? Plongeon historico-culturel.


Officiellement, on doit toujours la ranger parmi les Etats potentiellement en guerre, de par ses tensions récurrentes avec l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabagh. Qui plus est, sa situation politique est aussi fragile qu’instable et chaque année des milliers d’Arméniens tentent à leur tour de rejoindre la diaspora pour les raisons précitées.

L’Arménie n’est donc pas encore un pays à recommander pour le tourisme de masse. D’autant plus aussi que ne s’y développant qu’au compte-gouttes, le secteur n’est pas suffisamment armé pour recevoir un grand nombre de visiteurs. Pourtant, les amateurs d’Histoire culturelle et religieuse, la grande, celle des civilisations s’entend, y sont déjà invités à découvrir une des plus anciennes cultures de la planète. Lorsque de surcroît, on a eu la chance d’aller la découvrir comme l’auteur de ces lignes avec un guide exceptionnel comme le Pr Bernard Coulie, l’ancien recteur de l’UCL, spécialiste en études byzantines, arméniennes et géorgiennes mais aussi expert éclairé de l’Arménie contemporaine et avec un tour-opérateur local qui aime son pays et qui se coupe en quatre pour les participants, c’est comme qui dirait… "vraiment Byzance".

Le premier royaume chrétien du monde

Avec une immersion jusqu’à plus soif mais ne tendant jamais à l’indigestion dans les plus importants sites antiques, médiévaux ou modernes, on est invité à se rendre de basilique en églises et en monastères, tout en n’oubliant pas ceux qui vécurent sur place avant que l’Arménie ne devienne le premier royaume chrétien du monde.

Comme l’a bien expliqué Bernard Coulie, les pierres expriment la nature de l’Arménie et racontent son histoire. Le plus passionnant est que les monuments qu’elles constituent portent les traces de toutes les cultures qui l’ont influencée depuis les temps reculés du paganisme jusqu’à aujourd’hui. En même temps, le visiteur sera vite impressionné par le sens de l’accueil de la population dont on sent qu’elle veut donner un coup de pouce à la relance d’une société toujours fière malgré sa situation géographique qui l’a mise en point de mire de bien des appétits de conquête.

Terre très prisée par tous les empires

L’Arménie intéressa de fait tous les empires environnants. Ce sanctuaire à la nature encore préservée (sauf dans les anciennes cités industrielles à l’abandon) et impressionnant en toutes saisons fut convoité successivement par les Perses, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Mongols et last but not least les Turcs et les Russes. L’occupation ottomane séculaire se termina tragiquement par le génocide de 1915 dont le souvenir ramène nombre d’Arméniens de la diaspora. Le pays allait ensuite se retrouver comme plus petite république de l’URSS avant de devenir indépendante en 1991. Sur place, d’aucuns gardent une nostalgie nourrie par l’ouverture de Poutine à leur égard.

Mais on y vit surtout encore un siècle après dans le souvenir du génocide arménien qui amène nombre de descendants des victimes. Reste que le Mémorial et le musée de Tsitsernakaberd qui surplombent Erevan doivent interpeller tous les démocrates du monde. Dans le brouhaha du Musée et davantage encore face à la flamme éternelle du monument…

© AFP

Capitale (très) vivante

Animation. Un voyage en Arménie passe par Erevan. Une capitale où l’on sent une grande volonté de vivre… pleinement après les guerres successives.

Jeunes et moins jeunes se donnent rendez-vous à la nuit tombée sur la place de la République, ex-Lénine. Normal, car le spectacle des fontaines qui se colorient et virevoltent aux sons d’une musique très "œcuménique" renforce encore la beauté du lieu où se côtoient la Galerie nationale, le musée d’histoire de l’Arménie, le ministère des Affaires étrangères, l’hôtel Marriott Armenia, le ministère des Transports et le palais du gouvernement. Les bibliophiles passeront par le Matenadaran et ses 10 000 documents, dont des guides éclairées présentent les pièces les plus représentatives.


Patrimoine rare reconnu

Exceptionnel. La découverte de l’Arménie passe par la visite de beaucoup de sites religieux dont plusieurs figurent au patrimoine mondial de l’Unesco (les monastères de Guéghard de Tatev et de Haghbat…), mais bien d’autres sites plus modestes sont passionnants car ils reflètent une vie religieuse et sociétale puissantes.

A ne pas rater non plus : le monastère d’Akhtala. Etant un des mieux préservés, il abrite de superbes fresques qui éclairent la foi de là-bas. On y est également frappé partout par la ferveur populaire et par le sens de l’accueil des prêtres, heureux de faire partager leur fierté.

Les amateurs de lieux symboliques s’arrêteront aussi à Etchmiadzine, siège patriarcal de l’Eglise. Le Vatican quoi…

© BELGA

L’Arménie par 3

Comment y aller ? En avion vers Erevan depuis Bruxelles (Brussels et Austrian Air Lines) et Paris (Air France). Les routards préféreront de (très) longs voyages en bus, parsemés de moult escales et d’autant d’aventures.

Où loger ? Des hôtels de toutes catégories se développent dans la capitale, comme en province. Du superbe Grand Hotel Yerevan (5 étoiles) au modeste Hôtel Mina à Goris. Avec un coup de cœur pour l’Avan Villa Dzoraged, sis au bord du Debed.

Qu’y boit-on ? La bière du coin est à préférer à celles qui sont importées mais on a aussi apprécié le vin local. Dont le très répandu Karas.