Voyages On sait que le tourisme, secteur économique vital pour la Tunisie, souffre de l’instabilité qui a suivi la révolution de 2010-2011 et des attentats terroristes de 2015. Mais saviez-vous que les compagnies Tui et Thomas Cook ont repris leurs liaisons avec la Tunisie depuis le 31 mars, et que le gouvernement belge a assoupli les conseils aux voyageurs s’y rendant? Balade orientale en Tunisie.


Le fort d’Hammamet

L’amateur de vue imprenable y trouvera largement son compte. Située sur la côte sud-est du cap Bon, à environ soixante kilomètres de Tunis, Hammamet a acquis une réputation de villégiature renforcée par son port de plaisance. Mais avant même de porter son nom actuel, la ville se résumait à un fort, comme il y en a de nombreux le long du littoral tunisien. De forme plus ou moins carrée, l’ouvrage est flanqué de quatre saillants sur ses angles. Le chemin de ronde autorise cette vue magnifique tant sur la médina que sur la Mare Nostrum.

De là-haut, l’on se plaît alors à imaginer les galères à la croix blanche des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ces moines soldats qui, à Malte, constituaient une sorte de légion étrangère de l’élite européenne et chrétienne, prirent la ville d’assaut par deux fois : d’abord avec succès en 1602, avant un échec retentissant en 1605. On ne les y a plus repris.

Si l’on apprécie aussi le panorama d’une vertigineuse plongée dans l’histoire de l’humanité, le site porte des traces d’occupation dès la pré et la protohistoire. Carthaginois, Romains, Byzantins, Normands, Ottomans, Espagnols, Français et Arabes ont tous laissé des traces plus ou moins marquées dans la culture, l’architecture, la vie hammamétoises.


Les thermes d’Antonin à Carthage

Fascination et imagination, voilà ce que suscitent les vestiges des thermes d’Antonin le Pieux (86-161) à Carthage, dans la grande banlieue de Tunis. L’ancienne cité punique a subi les foudres vengeresses des Romains, qui la détruisirent avant d’y entreprendre des constructions à leur manière. Dont ces thermes. Il faut bien dire qu’il n’en reste pas grand-chose après des siècles de pillage, durant lesquels le site a fait fonction de carrière de pierre. Miraculeusement préservées, les ruines des sous-sols donnent de précieuses indications sur le mode de vie au IIe siècle et sur le génie bâtisseur romain. Alimenté en eau douce depuis Zaghouan, par un acqueduc de 132 km dont restent une vingtaine de kilomètres à l’état de vestiges, les thermes ont été construits avec l’immense bassin de natation face à la mer. Colonnes de marbre rose de Carrare, chapiteaux de style corinthien, voûtes en granit d’Assouan disent combien Carthage était une ville fondamentale, capitale romaine d’Afrique du Nord où convergeaient les plus beaux matériaux de tout l’Empire. Le mortier était fait de chaux, d’argile et de lave provenant de l’Etna et du Vésuve. Mais, grand secret de la construction à la romaine, la clé de voûte, héritée des Étrusques, était souvent réalisée en pierres sèches. Elles sont encore là pour témoigner.

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La médina de Tunis

Ville ancienne dans la cité moderne, la médina de Tunis, inscrite au patrimoine de l’Unesco depuis 1979, palpite. Dès l’origine, fin du VIIe siècle de l’ère chrétienne, elle s’est construite autour de la mosquée Zitouna qui, à l’instar des cathédrales européennes, a vu s’agglutiner habitat et boutiques autour d’elle. Cela a donné des souks parmi les plus luxuriants, et en mutation.

L’on porte en effet de moins en moins la jebba de soie en été, et le burnous de laine en hiver. Devant le recul du vêtement traditionnel, c’est tout un monde de l’artisanat qui se désagrège, pour laisser place aux bijoutiers. L’on voit encore, dans certaines boutiques, quelques couturiers exerçant la broderie, préservant un savoir-faire séculaire. Les bijoutiers ont pris la place des marchands d’esclaves, autour d’une petite place, au cœur du souk El Barka. Les Tunisiens sont très fiers d’avoir été parmi les premiers à abolir l’esclavage, en 1846. Ebloui par les étals et vitrines, ensorcelé par les parfums d’encens, alléché par les odeurs d’amande, de miel et de datte, l’on se perd dans les souks, même avec un sens aiguisé de l’orientation. Pour l’heure, ces galeries étroites sont fréquentés par des Tunisiens, le touriste européen n’étant pas encore revenu. Les marchands attendent avec une certaine impatience l’été, c’est la saison des mariages pour les Tunisiens, et des cadeaux pour les ravissantes fiancées.

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Le souk par 3

Marchander. La règle du marchandage s’applique dans le souk. Soit on estime soi-même l’article, soit on part de la moitié du prix, ou moins. Dans les deux cas, l’on cherche un terrain d’entente avec le vendeur. Demande un peu d’entraînement.

Siroter. Haut lieu de la vie sociale, le souk recèle de nombreux restaurants populaires et cafés. Bon exemple : le Zitouna qui, comme son nom l’indique, a pour symbole l’olivier. Ses salons de thé sont fréquentés par les deux sexes, et on y fume bien sûr le narguilé.

Déguster. La pâtisserie est de haute réputation en Tunisie. Préparée sur place dans d’alléchantes échoppes, elle était cuite à l’huile d’olive jusqu’à ce que le prix de cette dernière s’envole. L’huile végétale plus ordinaire n’enlève rien à ses attraits.