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En empruntant la Nationale 90 qui traverse Huy en direction de Namur, on ne peut pas rater l'imposant bâtiment érigé sur les fronts rocheux surplombant la Meuse. C'est le fort de Huy construit entre 1818 et 1823 à l'initiative du gouvernement hollandais à la place d'un ancien château qui fut le siège de bien des combats au XVIIeiècle. «Le fort de Huy a été érigé à la suite de la bataille de Waterloo et faisait partie de la barrière belge, une chaîne de vingt-trois places-fortes et citadelles destinées à protéger le royaume des Pays-Bas contre une invasion française. C'est la raison pour laquelle la façade principale du fort est en direction du Sud, vers la France», explique Anne Javaux, 36 ans et employée à la Maison du tourisme du Pays de Huy-Meuse-Condroz. Sans être historienne de formation, la jeune femme, licenciée en psychologie, maîtrise le sujet par intérêt personnel (son grand-père y a été interné par les Allemands) et dirige occasionnellement les visites qu'organise la Maison du tourisme.

La visite de l'édifice nous plonge dans les douloureux moments qu'ont vécu les prisonniers du fort. Une rampe permet d'accéder aux escaliers menant à l'entrée. Les cachots reconstitués, les matelas en paille sur lesquels dormaient les prisonniers et la salle d'interrogatoire sont autant d'éléments qui renseignent sur l'usage que les Allemands ont fait du lieu. Bien que doté d'une puissance de feu importante (capacité totale de 600 hommes dont 100 canonniers), le fort de Huy ne joua jamais de rôle militaire, ni en 1914 et en 1940. Durant la guerre 1914-1918, l'armée allemande y établit un camp de discipline pour ses troupes et où ils mettaient au frais des réfractaires à la guerre et des déserteurs. En 1932, l'édifice connaît ses premières activités touristiques grâce à la société «Le fort de Huy». Le plateau du fort offre une belle vue panoramique.

Mais huit ans plus tard, c'est de nouveau la guerre et l'ouvrage servit de camp de détention pour prisonniers politiques, otages et résistants. «Les Allemands sont revenus en 1940. Ils utilisèrent le fort comme un bagne où étaient détenus des Belges, des Français et des Anglais, bref des soldats, et des personnes réfractaires à la guerre. Plus de 7000 personnes ont été casernées au fort pendant des délais variables. Pour la plupart des prisonniers, le fort n'était qu'une étape, un centre de triage vers les tristes camps de concentration: Dachau, Auschwitz, etc. Dix personnes sont mortes au fort dont cinq fusillées. Les Allemands ont occupé le fort durant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont commencé à libérer les prisonniers par petits groupes le 5 septembre lorsque les troupes américaines ont occupé Namur.»

Le fort présente une forme triangulaire avec une cour centrale au milieu. Il est situé à 45 mètres au-dessus du niveau de la Meuse, ce qui occasionne quelques essoufflements après la montée des escaliers. Seules deux parties sont ouvertes à la visite alors que la troisième est en train de tomber en ruine à cause de l'absence d'entretien (pour cause de budget insuffisant). Déclinées sur deux étages, elles arborent de longs couloirs sur lesquels donnent de grandes pièces munies de grandes fenêtres ouvertes sur la cour centrale. On peut y trouver des salles d'armes ou encore des chambrées avec des témoignages et des photos.

L'une des chambrées abrite une savonnette fabriquée avec de la graisse humaine récupérée des fours meurtriers allemands. La salle de torture présente un mannequin en tenue de prisonnier. «Nous avons beaucoup de visiteurs dont des enfants des classes de 3e à 6 e primaires et des adolescents. Quand je fais la visite, j'essaie de mettre les participants dans les mêmes conditions que les prisonniers (extinction des lumières, etc.) dans les cachots pour les sensibiliser davantage à la problématique. La question qui revient souvent est de savoir pourquoi les gens ont suivi Hitler alors que c'était un mauvais personnage», poursuit-elle. Mais les visiteurs diminuent. Ils sont passés de 6181 participants en 2001 à 5415 visiteurs en 2003. «Les gens ne sortent plus beaucoup et n'affectionnent plus assez les visites qui allient tourisme et histoire. Paradoxalement, ils voyagent beaucoup», conclut Rose-Marie Baeken, responsable de la Maison du tourisme. Le fort abrite dans ses caves un musée de la Résistance et des camps de concentration, géré par des associations patriotiques. (Ph.Law.)

A visiter: le fort est ouvert du 11 avril au 30 septembre, en semaine de 9 à 12h30 et de 13 à 16h30, les WE et jours fériés de 11 à 18h. Tarifs: adultes 3,5€, enfants 3€ (réduction pour les groupes).

Office du tourisme de Huy: 3, quai de Namur. Tél.: 085.21.29.15.

A emporter: 'équiper de bonnes chaussures et de vêtements chauds.

A lire: «Les forts 1914 et 1940» ou «Châteaux de la Meuse».

© La Libre Belgique 2004