Le pays Dogon, à voir avant de mourir !

Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

Voyages

"L’AFRIQUE, C’EST CHIC", DISENT certains. C’est marrant, ce n’est pas la première phrase qui me viendrait à l’esprit en débarquant à l’aéroport de Bamako. La pauvreté et l’odeur si typique des pays chauds enveloppent d’un coup le voyageur. Une entrée en matière immédiate pour les "toubabous" (1) que nous sommes et qui ne nous quittera plus jusqu’au départ. Le Mali est le pays de la diversité. Là où Bamako est bruyant et encombré, Gao, dans le nord du pays, est caractérisé par une largeur d’artères inversement proportionnelle au nombre de personnes qui les traversent. Et entre les deux, à mi-chemin, est encastrée l’une des 10 choses à voir avant de mourir : le pays Dogon.

Une merveille ancestrale à l’état (presque) pur. On déambule au milieu des minuscules maisons des Dogon, construites à même la falaise. Accompagnés d’un guide, indispensable pour ne pas souiller les lieux sacrés, nous marchons pendant des heures sous un soleil de plomb, passant d’un paysage à l’autre. Car, à l’image du Mali, le pays Dogon est d’une immense diversité. On passe de la plaine à la falaise, puis au plateau. On grimpe, on escalade, on dévale quelques mètres de rocailles pour débarquer dans un paysage qui nous rappelle étrangement l’autre face du monde (dans tous les sens du terme), le Grand Canyon. Puis, quelques instants plus tard, la certitude d’avoir été téléporté dans le décor du "Roi Lion" : plaines arides à perte de vue, végétation luxuriante ou buissons proches de la sécheresse cohabitent avec de petits ruisseaux cachés au milieu des feuillages et des chutes d’eau s’écrasant dans un immense vacarme au bas de la falaise.

Beaucoup de touristes déjà dans les nombreux villages aux noms sucrés qui laissent rêveurs : Bandiagara, Telli, Dourou, Une nouvelle liaison directe Paris-Mopti (porte d’entrée du pays Dogon) ne risque pas de désengorger les lieux. Et vous croiserez inévitablement quelques "toubabous" durant votre périple, jusque dans la "togouna". Ce haut lieu de la vie des Dogon abrite les sages du village. Anecdote amusante : lors des conflits, les protagonistes doivent s’expliquer sur leurs différends dans la "togouna", mais les poutres qui composent le toit sont très basses afin de ne pas autoriser les hommes à se lever et à se battre. Si l’un des querelleurs se cogne la tête, c’est considéré comme un avertissement et un appel au calme.

Les campements poussent un peu partout pour accueillir les globe-trotters épuisés après une journée de marche et de découvertes. Des maisons en "banco", mélange de terre et de paille, proposent quelques chambres au confort très relatif. Mais le vrai plaisir est de s’endormir sur le toit, sous une moustiquaire ignifugée, bestiole oblige. Cela vous garantit un réveil aux aurores, aux bruits du travail des femmes et aux hennissements des ânes qui logent à proximité : une expérience inégalable pour un voyage au cœur des traditions maliennes.

La culture Dogon est spécifique à cette région du Mali. Si une part de plus en plus grande des 700000 Dogon qui vivent au Mali se sont convertis à l’islam, et une minorité au christianisme, la tradition animiste reste chère au cœur des Dogon. La nature est au centre des croyances de ces hommes et de ces femmes qui s’en remettent à la "table du renard" pour prendre des décisions importantes. La tradition des 4 frères Dogon, créatrice du peuple du même nom, est toujours vivace. Lorsqu’une personne est désignée pour devenir Hogon (le chef spirituel), pas moyen d’y échapper. Celui-ci ne peut alors plus avoir de contact avec personne et consacrera le reste de son existence à la méditation. Une vie d’ascète qui semble ne pas faire rêver les hommes jeunes qui pourraient se voir désigner par le renard. Seules les familles descendant directement des Hogon peuvent accéder au poste suprême, et la hiérarchie reste encore très respectée dans les relations matrimoniales. Forgeron ou cultivateur, chacun doit rester dans sa "caste".

La chaleur permanente impose des horaires difficiles. Les heures de marche se répartissent entre 6h et 9h, puis entre 16h et 18h. Résultat : nous voilà obligés de vivre avec le soleil et c’est particulièrement agréable ! Un cycle naturel auquel on s’adapte d’autant plus facilement que l’absence d’électricité peut rendre les soirées longues pour qui se couche après 20h ! Le soir, lors de votre arrivée au campement, vous pourrez suivre de bout en bout le chemin parcouru par votre repas. Les minuscules poulets bicyclettes se promènent dans les rues du village avant d’être empoignés et tués quelques minutes seulement avant qu’ils ne vous soient servis. Au Mali, on prend réellement conscience que l’on tue pour de bonnes raisons : chaque animal chassé, pêché, capturé sera mangé. Aucun gaspillage ni cruauté gratuite. Et la garantie d’un repas délicieux et frais !

(1) Toubabou : mot désignant les Blancs dans les pays africains. C’est ainsi que l’on nommait les médecins qui venaient exercer en Afrique (toubib). Par extension, les enfants ont conservé cette appellation pour désigner tous les voyageurs.

Caroline Grimberghs