Voyages On sait que découverte par Magellan il y a cinq siècles, la Patagonie reste l’une des régions les plus extrêmes et inhabitées de la planète. Mais saviez-vous que ce bout du monde n’est pas un rêve inaccessible. Et les sentiments qu’il inspire sont inoubliables. En Patagonie, en photos.

Dans le monde, il y a ceux qui s’entassent dans des villes aux immeubles si hauts qu’ils semblent narguer l’astre solaire. Et puis il y a ceux qui habitent des terres qui semblent sans limite. Les Patagons font certainement partie de cette deuxième catégorie. Dans une nature sans concession, ils vivent à la fois l’isolement, l’émerveillement et la rudesse des hivers. Les vents y soufflent en tempête sur des steppes immenses, terminus humain avant les pôles.

Terre de feu et de glace, située à l’extrême sud de l’Amérique, au pied de la Cordillère des Andes, la Patagonie est l’une des dernières régions vierges de la planète. Partagé entre le Chili et l’Argentine, échancré par des fjords et hérissé de sommets abrupts, le "Grand Sud" se mérite. L’expédition est coûteuse. Et à vingt heures d’avion de la Belgique. Je m’y suis envolée, côté chilien. On était à la fin de l’été de l’autre côté de la terre. J’en suis revenue émerveillée par tant de sauvagerie. Avec ma liste des immanquables de la Patagonie chilienne.

© Caroline Chapeaux
Notre canoë se faufile entre les "chapelles de marbre", des blocs de marbre posés sur les eaux bleues du lac Général Carrera, le plus grand plan d'eau chilien que longe la route australe. Façonnés par les flots, taillés par le temps, ces énormes rochers ont plus de 6000 ans.


Ma nuit au "Singular"

Accessible en quatre heures d’avion depuis la capitale chilienne, Puerto Natales est la porte d’entrée de la Patagonie sauvage. Elle est aussi l’écrin d’un hôtel parmi les plus charmants et luxueux du Chili. "El Singular" n’est pas clinquant. Au contraire. De petite taille, il a été construit dans un bâtiment historique parfaitement intégré à son environnement. Chaque chambre offre une vue à 180 degrés sur le lagon et les fjords. Son spa dispose d’un jacuzzi extérieur dans lequel on se prélasse, seuls au monde ou presque, en plein cœur de la Patagonie. Son restaurant occupe deux étages. Décor en béton brut, feux de bois, grands fauteuils de cuir à l’anglaise, on s’y régale de spécialités locales préparées par un chef français au talent incontesté. Carne asada (type barbecue), ceviche de poissons frais, plats de bœuf et d’agneau arrosés de pisco sour (alcool de raisin avec du citron) et des meilleurs vins chiliens.

www.thesingular.com


© Caroline Chapeaux
Incontournable de la route australe, le glacier Leones, sur le lac du même nom, n'est accessible qu'en jet boat. L'excursion proposée par Philippe, propriétaire du lodge Terra Luna, à Puerto Guadal, permet de se retrouver seul fac à ce glacier colossal.


Marcher sur la glace

Pour ne pas glisser, nous sommes équipés de ceintures crampons et de piolets. Par petits groupes de six, on enfonce avec force un pied après l’autre dans la glace pour grimper au sommet du glacier Grey, le plus imposant du parc Torres del Paine. L’expérience est unique : la glace sous nos pieds ressemble à du marbre. Les corps sont tendus et sur les visages, l’appréhension de tomber se transforme vite en excitation joyeuse. Un guide nous donne les consignes de sécurité, on le suit en file indienne. Autour de nous ça craque, ça grince. Trois heures durant, nous explorons cette mer de glace étendue sur 270 km2, creusée de grottes et de tunnels aux nuances bleutées, avant de rejoindre en zodiac le camp de base.

www.bigfootpatagonia.com


© Caroline Chapeaux
Les trois Torres (tours) emblématiques du Parc Torres del Paine. Elles sont accessibles au cours d'une randonnée de huit heures, qui appartient au "W", l'un des itinéraires à pied les plus célèbres du monde.


Atteindre les Torres à pied

Huit heures de randonnée sont nécessaires pour admirer ce sommet spectaculaire battu par les vents. Au bout de la dernière ligne droite, on accède à un lac d’où s’élancent les silhouettes des Torres ("tours" en espagnol). Trois flèches de granite vertigineuses formant un amphithéâtre naturel de 2 800 mètres de hauteur. Le spectacle est fascinant. Le soir, on dort en refuge pour poursuivre le fameux trek du "W" qui traverse durant quatre jours un environnement d’exception, entre vallées encaissées, glaciers géants, lacs turquoise et cascades.


Les glaciers Balmaceda&Serrano

On embarque le matin du Port Bories, direction le mont Balmaceda, dans le parc O’Higgins, accessible seulement par voie maritime. Le bateau glisse sur le fjord, entre les sommets enneigés et les côtes déchiquetées, avant de nous débarquer au nord du glacier Serrano, majestueux géant de glace, que l’on rejoint à pied. On reprend la mer, en zodiac cette fois. Le capitaine nous fait tournoyer en riant. Recouverts d’immenses capes imperméables, on va boire la tasse avant de déjeuner sur une petite île puis de remonter le Rio Serrano pour entrer dans le Parc Torres del Paine, déclaré Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco en 1978. Déjà on aperçoit le massif Paine qui se dessine au loin. Ses "Cuernos" majestueuses et son glacier suspendu dominent les lacs environnants.


© Caroline Chapeaux
La route australe, longue de 1.200 kilomètres, est l'une des merveilles de la Patagonie. Commencée en 1976 sous Pinochet, son objectif était de relier des régions parmi les plus isolées du pays. Elle est aujourd'hui traversée par des voyageurs en quête d'aventure.


Jouer au cowboy sur la route australe

Prolongation de la Panaméricaine qui naît en Alaska, la route australe est le projet un peu fou de traverser sur 1 200 kilomètres un no man’s land de gorges, de falaises et de vallées isolées. Cette route promet le grand frisson, ne croisant que quelques bourgs (et hôtels !), des troupeaux de chevaux sauvages et une poignée d’êtres humains égarés. Elle permet aussi de rejoindre Puerto Tranquilo, point de départ d’une navigation inoubliable sur la lagune San Rafael. Sur une embarcation de douze passagers, on se faufile entre des glaciers flottants aux formes extravagantes, tout en dégustant un whisky on the rocks avec des glaçons millénaires. Dauphins, éléphants de mer, manchots et cormorans accompagnent ce doux voyage.


La Patagonie chilienne par 3

Y aller. Par avion jusqu’à Santiago. Puis un autre vol vers Puerto Natales avant de rejoindre le parc Torres del Paine par bateau ou par la route.

Quand ? Entre octobre et avril, lorsque les jours offrent jusqu’à 16 heures d’ensoleillement.

Et puis ? On rejoint le nord du Chili pour savourer les contrastes de ce pays tout en longueur ou on rejoint la Patagonie argentine.