Probablement la meilleure bière au monde

Michi-Hiro Tamaï Publié le - Mis à jour le

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C'est à plus de 8.000 kilomètres des champs de l'arrière pays côtier de la Flandre occidentale, sous le soleil du Texas, à Austin exactement, que le verdict est tombé. Le 15 juin dernier, parmi les 30000 bières issues des 4000 brasseries originaires des quatre coins du globe, la «Westvleteren 12» a été sacrée, devant cinq autres bières américaines, «meilleure bière du monde 2005». Depuis que les quelques milliers d'amateurs de mousses se sont prononcés sur le site Web «ratebeer.com» il y a deux mois, la presse écrite et audiovisuelle défile sur le site de l'abbaye de Saint-Sixte de Westvleteren.

«Hier, nous avons reçu la visite d'une chaîne de télévision espagnole et d'un journaliste bulgare. Aujourd'hui, la BBC 2 doit arriver», explique Mark Bode, porte-parole de l'abbaye. «Nous avons du mal à comprendre l'engouement provoqué par notre Westvleteren 12.» Car, depuis ce formidable coup de pub, les 4850 hectolitres par an (soit moins d'un quart de la production brassicole de la Chimay) sortant des cuves de fermentation de l'abbaye de Saint-Sixte sont écoulés en un temps record. Mais cette rupture de stock ne fera pas augmenter le volume de production auquel se limite cette communauté de vingt-neuf moines cisterciens.

VICTIME DE SON SUCCÈS

Erigée en 1831, l'abbaye de Saint-Sixte de Westvleteren commence à produire de la bière en 1838. Il s'agit, comme le veut la coutume locale, d'abreuver de bières (deux par jours) les ouvriers chargés de rénover le monastère. Les travaux prennent fin vingt ans plus tard et amènent les frères à vendre leur breuvage à l'extérieur du monastère. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la bière de l'abbaye représente donc une activité commerciale importante pour la communauté. Mais au lendemain du sanglant conflit, l'abbé Gerardus prend l'impopulaire décision d'arrêter cette activité pour se concentrer sur la vocation monastique des frères.

«Jamais un couvent ne devrait être l'annexe d'une brasserie», commente alors l'ecclésiastique.

Depuis lors, la vente des bières de Westvleteren se limite donc aux portes de l'abbaye, où une sorte de «Drive in» a été mis en place pour que les particuliers puissent venir se réapprovisionner (maximum cinq caisses de vingt-quatre bouteilles par personne). Mais il est conseillé de téléphoner au préalable au «Beer phone» de l'abbaye qui renseigne sur l'état des stocks de la brasserie. Pour répondre aux questions du visiteur frustré de ne pouvoir visiter ni la brasserie ni l'abbaye, un petit musée retraçant le parcours de la communauté monastique et son mode de vie actuel l'accueille face au monastère. Ouvert il y a quelques années, cet espace présente de nombreux objets et documents d'époque intelligemment mis en scène ainsi que des bornes multimédias informatives.Après cette enrichissante visite, le promeneur peut aller étancher sa soif au café «In de Vrede». L'établissement abrite l'espace muséologique et vend, par ailleurs, des spécialités du terroir, pâté, fromage et gâteaux au miel artisanal.

LE CULTE DU HOUBLON

L'élection de la «Westvleteren 12» au rang de meilleure bière du monde n'est pas le fruit du hasard. Car l'abbaye est située à cinq minutes en voiture de la capitale flamande du houblon: Poperinge. A deux pas de la frontière française, la cité accueille le visiteur par une énorme sculpture métallique de fleur de houblon. Arrivé sur la grand-place, il ne faut que quelques dizaines de minutes au promeneur pour croiser trois splendides églises (St-Jean, St-Bertin et Notre-Dame) datant du XIVe

siècle, témoignages matériels de la riche histoire de la cité, qui remonte au Moyen Age.

A cette époque, on y travaille la draperie et la dentellerie. Mais la concurrence mercantile de la proche ville d'Ypres pousse la cité du houblon à changer d'activité économique, pour se concentrer sur la culture du houblon. Encore aujourd'hui, des champs de houblon s'étalent aux alentours de Poperinge et offrent une belle carte postale de la région, particulièrement vers la fin de l'été. Les pieds de houblon mesurent alors six mètres de haut et sont prêts à être récoltés. Un travail acharné qui donne lieu chaque année à une grande fête populaire baptisée la «Poperinge Hoppe feesten». Un événement durant lequel la bière coulera à flot et emmènera les esprits un peu plus près des étoiles, à l'image de Dirk Frimout, citoyen d'honneur originaire de la ville.

© La Libre Belgique 2005

Michi-Hiro Tamaï

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