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Trèves capitale des Trévires est la plus ancienne agglomération de l’actuelle Allemagne. Son pont de bois puis de briques est l’un des rares de l’époque antique à parvenir à l’ère contemporaine, du moins en partie, et à servir toujours. Les piles de basalte sont d’époque mais les voûtes des cinq piliers ont été restaurées à plusieurs reprises et élargies. C’est par lui que, venant de Belgique et du Grand-Duché, on découvre la ville en descendant la forte pente menant du plateau à la rive gauche de la Moselle. Jadis les côteaux étaient couverts de vignes. Il n’y en a plus guère dans ce périmètre citadin.

Trèves par le passé cousinait religieusement avec Liège tout en ayant près de neuf siècles d’avance sur la Cité ardente. Villes intellectuelles, centres vitaux de la diffusion des idées catholiques lors de la Contre-Réforme, Trèves et Liège faisaient également partie du Saint-Empire romain germanique. Le souverain de Trèves possédait toutefois le statut d’électeur et même le deuxième en importance dans cette haute assemblée dont les sept membres élisaient l’empereur. Il faut dire que l’évêché devenu archevêché était le deuxième plus ancien de l’empire.

La puissante Liège et son prince évêque, qui régnait au XVIIe siècle sur 30 000 âmes, s’entendaient donc avec Trèves (la ville affichait moins de 10 000 fidèles à l’époque) au point d’échanger des professeurs de leurs séminaires ou de leurs écoles de Jésuites (créées ici vers 1560 seulement). Plus rarement, il y eut des relations artistiques. Ce fut le cas du peintre liégeois Louis Counet (1652-1721). Ce dernier fut au centre d’une passionnante exposition tenue l’hiver dernier. Counet, suiveur de ses compatriotes peintres Bertholet Flémal (1614-1675) et Walthère Damery (1614-1678), s’installa à Trèves et devint bien vite le peintre principal de la Cour, des communautés religieuses et des édiles. Ses œuvres ornent toujours les églises locales.

Vue aujourd’hui dans cette Allemagne aux paysages immenses, Trèves est une petite ville de 100 000 habitants dont la cathédrale Saint-Pierre est desservie par un évêque (Stephan Ackerman depuis 2009), suffragant de Cologne. Elle est aussi provinciale comme l’est Aix-la-Chapelle et cela en augmente sans doute le charme. Ces deux cités placées toutes deux aux confins de la RFA compensent leur isolement géographique par un magnifique passé. Trèves était une capitale. Dès lors et malgré la dernière guerre mondiale, elle fourmille de bâtiments intéressants dont la plus ancienne maison remonte au XIIIe siècle. Les nombreuses voies piétonnes larges au centre mais étroites et irrégulières ailleurs, permettent de profiter des belles façades aux couleurs variées. La plupart illustrent la variété décorative du XVIIIe siècle. Certaines sont éclectiques, Art nouveau voire Art déco. Il faut donc garder la tête haute pour admirer de nombreuses élévations aux riches décors végétaux. Ce sont des demeures de marchands pour l’essentiel et on y trouve peu de bâtisses aristocratiques. Toutefois, la plus imposante est évidemment celle du magnifique palais baroque peint en blanc et rose où résidaient les princes archevêques quand ils daignaient habiter en cet endroit. Il apparut que dès le XVIIe siècle les souverains préférèrent Coblence, située à 100 km d’ici en aval de la Moselle, comme résidence. Là encore le cousinage avec Liège est clair quand on regarde les princes allemands de l’ère moderne qui furent élus par les chanoines de la cathédrale Saint-Lambert. Certains étaient issus de la Maison des Wittelsbach (Bavière) et préféraient résider à Cologne ou en leur château de Brühl près de Bonn plutôt que de se tenir en permanence à Liège, ville bouillonnante, dont l’idiome franco wallon ne facilitait pas le contact.

Le cœur de la cité mosellane reste donc la cathédrale. Elle est aussi la plus ancienne du genre en RFA. Ses parties les plus reculées remontent à 1019 quand la cité était dominée par Poppo von Babenberg (1016-1047). Devant l’entrée traîne un considérable débris de colonne de porphyre qui remonte à l’époque de Constantin. Ce dernier avait fait de Trèves une seconde Rome et dans le musée des antiquités, qu’il ne faut absolument pas manquer tant il est riche de sculptures et de mosaïques, on voit une magnifique maquette qui montre combien la ville était étendue. Il reste de ce temps la fameuse "Porta Nigra", la grande salle du palais de Constantin qui sert de nos jours de temple protestant, un théâtre à la campagne et des thermes. La cathédrale est inscrite sur le site de l’ancien palais de l’impératrice Hélène, mère dudit Constantin. La cathédrale est un musée de sculptures renaissantes et baroques sous lesquelles dorment à jamais les âmes des électeurs et de quelques seigneurs de haut rang. Dans le cloître se trouvent les tombes de divers chanoines. Et juste au-delà, d’autres bâtiments vous invitent à la prière car il s’agit d’une seconde église, celle de Notre-Dame. Si la cathédrale est en croix latine et constituée de trois travées mais aussi de deux chœurs, ici nous sommes dans un temple en forme de croix grecque, ceinturé par douze chapelles. L’édifice est du plus haut intérêt lui aussi pour ses sculptures et ses pierres tombales dont celle de l’archevêque Jakob de Sierck qui régna de 1439 à 1456.