Voyages

Traversée par l’Escaut, Tournai dispute à Tongres et à Arlon le titre de plus vieille ville de Belgique. Le cœur de la cité s’articule autour d’une place de forme triangulaire où rayonne la magnifique halle aux draps. D’ici, on aperçoit les tours romanes de la cathédrale. Cinq clochers, et quatre sans cloches ? Ce n’est plus le cas depuis la fin des années 1970, lorsque la tour Saint-Jean a reçu une nouvelle cloche qui côtoie maintenant ses voisines de la tour Marie-Pontoise, où est hébergé le bourdon du même nom. Classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, la cathédrale vaut à elle seule le voyage, comme on dit, et une visite approfondie s’impose, car ses richesses architecturales constituent un étonnant condensé de l’architecture française, anglaise et allemande des XIIe et XIIIe siècles. On tentera dès lors d’oublier la forêt d’échafaudages qui s’agrippent au bâtiment suite aux dégâts de la tempête de 1999. Particularité de l’édifice : il possède une nef et un transept romans, alors que le chœur est gothique. Les dimensions, déjà, impressionnent : la longueur totale est de 134 mètres, soit la même que celle de Notre-Dame de Paris. La hauteur des cinq tours est de 83 mètres (69 mètres pour Notre-Dame) et celle du chœur gothique de 36 mètres. Des chiffres qui s’expliquent déjà par l’importance territoriale que représentait le diocèse de Tournai à l’époque de la construction de la cathédrale : il englobait une bonne partie du comté de Flandre, dont les villes de Bruges, Gand et Lille. La nef romane, au magnifique décor sculpté, se caractérise par son élévation à quatre étages. Le vaisseau central du chœur gothique est entouré d’un large déambulatoire sur lequel s’ouvrent quinze chapelles. Le jubé date de 1572 et est l’œuvre du sculpteur Corneille de Vriendt. Son ordonnance générale est inspirée des modèles antiques, dans la tradition des arcs de triomphe romains très en vogue à cette époque de la Renaissance. Le Trésor est aussi incontournable et contient des pièces très anciennes et très rares, orfèvrerie, ivoires, tapisseries, sculptures et ornements liturgiques.

Toujours dans le centre historique, le beffroi de Tournai, inscrit lui aussi au Patrimoine mondial de l’Unesco, est le plus ancien de notre pays. La construction de cette puissante tour est liée à l’octroi, en l’an 1188 par le roi de France Philippe Auguste, de la charte des libertés communales. On peut gravir les 257 marches pour rejoindre le sommet où l’on dispose d’un beau panorama sur la ville. Dans plusieurs salles, des panneaux explicatifs racontent l’histoire, le rôle, les symboles et le carillon de ce magnifique bâtiment dont les Tournaisiens sont légitimement très fiers.

Le musée communal des Beaux-Arts a bénéficié dès sa conception d’un double parrainage prestigieux. D’une part le mécène Henri Van Cutsem et son fabuleux patrimoine pictural, comportant notamment de remarquables œuvres des impressionnistes. D’autre part le génial architecte Victor Horta, grand maître de l’Art nouveau. Dans les toutes premières années du XXe siècle, le premier accepta de léguer sa collection à la Ville de Tournai, à la condition que le second soit le concepteur du nouveau bâtiment. La construction du musée durera un quart de siècle, de 1903 à 1928, avec bien sûr la longue interruption de la Première Guerre mondiale. C’est le vol de la "Joconde" au Louvre en 1911, et donc le souci de mieux surveiller les œuvres, qui détermina l’agencement final des salles, articulées autour du grand hall consacré à la sculpture. Témoin irremplaçable du génie de Horta, le musée des Beaux-Arts de Tournai est une œuvre d’art à part entière, où l’architecture rayonnante, harmonieuse et lumineuse est mise au service des autres disciplines artistiques. A noter que la ville possède encore six autres musées communaux, consacrés respectivement à l’archéologie, aux armes et à l’histoire militaire, au folklore, à l’histoire et aux arts décoratifs (notamment la fameuse porcelaine de Tournai), à l’histoire naturelle, et bien sûr à la tapisserie. Cet artisanat d’art a fait la renommée internationale de Tournai aux XVe et XVIe siècles. A l’époque, plus de deux cents liciers travaillaient dans les ateliers tournaisiens, dont la production était exportée dans l’Europe entière.

Ville fortifiée, Tournai présente encore quelques beaux témoignages de l’architecture militaire, dont le fameux pont des Trous. Encadrées par deux solides tours, ses trois arches en arc brisé enjambent l’Escaut depuis le début du XIVe siècle. Le pont faisait partie de la deuxième enceinte de la ville de Tournai et défendait l’accès à la ville en aval du fleuve. C’est maintenant un rare exemple conservé de porte d’eau médiévale. Sa vocation défensive explique la forme circulaire qu’adoptent les deux tours du côté extérieur de la cité : l’arc de cercle permettait de mieux résister aux boulets et projectiles divers lancés par l’ennemi. Les arches sont surmontées d’une courtine percée de meurtrières. Théâtre de plusieurs batailles homériques au cours de son histoire, le pont fut dynamité pendant la Seconde Guerre mondiale. Lors de sa reconstruction, on l’a surélevé de 2,40 mètres pour permettre le passage de bateaux de plus gros tonnage.