Le molestus, ce "mutant" du métro de Londres

Stéphanie Ciardello Publié le - Mis à jour le

Insolite La nature est quand même bien faite ! Alors qu'ils étaient faits comme des rats, piégés dans les souterrains de Londres lors de la construction de son métro, un essaim de moustiques a non seulement réalisé l'exploit de survivre à cet enfouissement soudain mais il a, en outre, donné naissance à une nouvelle espèce : le molestus.

Mettez tout de suite votre cœur à l'aise : le molestus, aussi mutant soit-il, n'est pas plus dangereux que son Culex Pipiens d'ascendant. Si ce n'est que les cousins restés à l'air libre préfèrent sucer le sang des oiseaux. Ceux du métro s'attaquent plus volontiers aux mammifères. Ce qui tombe plutôt bien : le métro grouille davantage de rats, de souris et d'humains que de volatiles...

Souriez, vous êtes repérés

Par ailleurs, alors que le Culex passe le tiers de son temps à hiberner, le molestus ne connaît aucun répit. Il faut dire qu'à peu de choses près, les températures (tout comme la durée du jour) ne varient pas énormément d'une saison à l'autre.

Mais ce qui est encore plus décoiffant, c'est qu'il existe presque autant de sous-populations que de lignes de métro ! "Elémentaire !", rétorquerait sans doute le plus calé des entomologistes. Car les échanges génétiques entre les différents moustiques d'une ligne – ou même d'une station – à l'autre sont plus difficiles qu'à l'air libre. N'empêche qu'un jour, le culex molestus pourrait s'avérer un indic redoutable, permettant de savoir quelle ligne ou quelle station a été fréquentée en fonction du pedigree du moustique qui a piqué !

Tout s'explique !

Mais d'où viennent ces sous-espèces de moustiques souterraines ? Si l'on en croit la théorie de Gould, c'est la dérive génétique qu'il nous faut applaudir, celle qui permet la formation d'une espèce par isolement. D'autres brandiront les thèses darwiniennes, prétextant que c'est la sélection naturelle qui a conduit à une nouvelle espèce.

Toujours est-il qu'au bout de centaines de générations, les moustiques du métro ont tellement changé qu'ils seraient aujourd'hui bien incapables de se reproduire avec les moustiques du dehors. En revanche, les uns et les autres peuvent compter sur un flair redoutable et une vue exceptionnelle (500 facettes sur chaque oeil, et une vision panoramique à 220°, respect !) pour repérer leurs victimes. Les derniers mètres, ils les parcourent en mode thermique, c'est-à-dire en décelant les parties chaudes de leur proie. No issue, qu'il vive terré ou en plein air, un mosquito assoiffé parviendra toujours à ses fins...

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