Jan Fabre, agressé pour son lancer de chats, n'a pas déposé plainte

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

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Jan Fabre vit une bien désagréable mésaventure. Ce qui, au départ, aurait pu n’être qu’anecdotique est devenu un dangereux fait de société. Tout est parti d’une séquence d’un film réalisé par une firme de production française sur sa carrière depuis les années 70. Dans ce cadre, la ville d’Anvers avait accepté qu’une scène soit jouée dans l’hôtel de ville. Fabre voulait y faire un remake d’une performance ancienne, elle-même basée sur une performance de Salvador Dali. Fabre dansait au-dessus des escaliers comme Fred Astaire tandis qu’en bas on jetait des chats en l’air (juste un mètre) et ceux-ci retombaient sur leurs pattes sur des tapis posés sur les marches. Mais les chats miaulent et deux d’entre eux se sont mal reçus.

Il s’est avéré qu’ils étaient sains et saufs, “heureux”, dit Fabre, mais c’était trop tard. Alerté par les bruits, l’échevin du bien être animal de la ville, Luc Bungeneers (N-VA) qui était précisément dans la place avec son président Bart De Wever, a pris la mouche, a fait arrêter le film, expliquant qu’il n’y avait pas eu d’autorisation à “maltraiter” des animaux. Un extrait a été diffusé sur Internet et fit immédiatement un buzz.

Depuis, Jan Fabre ne cesse d’expliquer, de s’excuser, de rappeler que toute son œuvre est aussi un hommage aux animaux et aux métamorphoses entre l’homme et l’animal, rien n’y a fait aux yeux de certains qui condamnent plus vite une atteinte présumée aux animaux que des atteintes avérées aux droits humains...

Dans “De Standaard” de ce vendredi, on apprenait que Jan Fabre subit une intense campagne de haine alimentée par Internet. Il explique que dimanche dernier, lors de son jogging hebdomadaire dans un parc anversois, il fut agressé par sept hommes qui lui donnèrent des coups sur la tête et le frappèrent avec une matraque. Jan Fabre a obtenu depuis, que deux agents gardent sa maison et il ajoute qu’il a dormi cette semaine, chaque nuit, dans un autre lieu. Il a reçu 20 000 e-mails vengeurs le traitant de tous les noms.

“J’ai reconnu que c’était une erreur, mais aucun chat n’a été blessé et je me suis excusé. Que pourrais-je faire de plus ?” Il y voit le résultat d’une manœuvre de la N-VA contre l’équipe précédente à la ville et il ajoute que beaucoup trouvent là, une occasion rêvée de “se faire” un artiste contemporain.

Tout cela n’est pas sans suites : le zoo d’Anvers qui vient pourtant d’accueillir des œuvres pérennes de Fabre et le musée Mayer Van de Bergh, qui devaient accueillir l’équipe du film, refusent désormais.

Cet épisode est une répétition d’un scénario connu. Chaque fois qu’un artiste touche à un animal vivant, il risque gros. Le metteur en scène Rodrigo Garcia subit une campagne de haine en Pologne quand il y a présenté un spectacle où on cuisinait en direct un homard vivant. Wim Delvoye vécut la même expérience quand il tatouait des porcs vivants. Il eut beau expliquer que ces porcs ne sentaient rien et que leurs tatouages leur assuraient un bon traitement futur, il fut obligé de déplacer son “atelier-ferme” en Chine.

L'artiste flamand ne bénéficie d'aucun soutien policier

Jan Fabre ne dispose pas encore de protection particulière des services de police après avoir annoncé dans divers médias être menacé et avoir subi une agression.

La police locale a annoncé, vendredi, qu'elle reste néanmoins vigilante pour les prochains jours de tournage du film français consacré à l'oeuvre de Fabre. "Nous serons en alerte simplement en cas de manifestations", a expliqué la police. "Mais, M. Fabre n'a pas encore déposé plainte."

La police, qui a tenté de joindre Jan Fabre sans succès, invite d'ailleurs l'artiste à venir lui raconter son histoire. "Mais, pour l'instant, cela ne s'est pas encore produit. Par conséquent, aucune mesure particulière n'a été prise afin de le protéger en dehors du tournage même."

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