Stéphane Bern: Le Roi, Mathilde... et Pippa

Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

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Les spéculations sur la succession du Roi Albert II, la Princesse Mathilde, le Jubilé de la Reine Elisabeth II, l'omniprésence de Pippa, l'évolution de la monarchie et... ses gaffes au sein du gotha. Le spécialiste des têtes couronnées, Stéphane Bern, l'Invité du samedi de LaLibre.be donne son avis "vu de France" en ce 14 juillet.

Votre émission "Secrets d'Histoire", sur France 2, fait un carton d'audience tous les mardis. Pourquoi un tel succès pour l'Histoire?

Dans la période troublée que nous traversons, je pense que les gens ont envie de repères et de rapports à leur histoire. Je dois dire que l’Éducation nationale m'a donné un gros coup de main en négligeant à ce point l'enseignement de l'Histoire dans les classes.

Vous avez présenté l'Ommegang la semaine dernière sur la Grand-Place de Bruxelles, quel souvenir en gardez-vous?

Avant tout, une émotion forte! Surtout quand on lit la presse belge et qu'on y découvre les mille et une raisons pour se diviser entre Wallons et Flamands et faire éclater le pays. Et là, quand je voyais les tribunes occupées à moitié par des francophones et des néerlandophones, il était clair que le peuple ne veut pas cela. Il veut rester ensemble. Quand j'ai dit "L'Union fait la Force", il y a eu un élan, des acclamations très fortes. Et, en flamand, la devise a suscité le même élan, le même écho populaire. Quand j'ai annoncé la présence de la Reine Fabiola, la foule s'est écriée "Vive la Reine!" autant que "Leve de Koningin!". J'ai encore la chair de poule en vous le disant. C'était incroyable à vivre.

Justement, que vous évoque la famille royale belge?

C'est une famille, mais avant tout un Roi, qui, avec sagesse et bonhomie, tente de préserver l'unité de la Belgique. Je ne dirais pas qu'elle ne soit pas attaquable sur l'un ou l'autre petit point, mais honnêtement, elle fait très très bien son travail. Et notamment, j'aimerais que les 90 ministres fédéraux et régionaux soient un peu plus présents sur le terrain comme l'est la famille royale. Que ce soit dans la vente du label belge à l'étranger, les rôles d'assistantes sociales que jouent les princesses Mathilde, Claire et Astrid.

Clairement, ceux qui s'attaquent à la famille royale veulent en réalité s'attaquer à la Belgique. Ces attaques ont un sens. Les critiques contre les dotations royales sont ridicules. La famille royale coûte environ 1 euro par an/habitant, alors que la présidence de la République coûte 3,2 euros aux Français. Ce n'est pas contestable, il y a un calendrier secret dans ces critiques de la monarchie.

Vous avez une constante, vous êtes très élogieux envers la Princesse Mathilde...

Oui, vous savez à chaque fois que je l'ai rencontrée depuis son mariage, je vois une femme heureuse sur le plan personnel – car son mariage et sa vie de famille la comblent – et en même temps une femme qui se dévoue aux autres. Elle est dans la lignée de la Reine Fabiola. Elles ont en elles l'envie de servir les autres.

Les membres de la famille royale ont une vie impossible! Ils ne peuvent rien dire pour se défendre, en fait rien dire tout court, alors qu'ils sont en permanence critiqués ou moqués. C'est infernal... infernal.

Que pensez-vous de ceux qui affirment que le Prince Philippe ne devrait pas succéder au Roi?

Ce qui est formidable en monarchie, c'est qu'on n'a pas le choix... ce qui fait la permanence du système. La succession du Roi n'est pas contestable ou discutable. Le Prince Philippe a été élevé depuis son plus jeune âge pour régner un jour. Je pense qu'il fera un très bon Roi. La seule chose, s'il ne dit rien, il est accusé d'être un faible incompétent et quand il dit quelque chose, comme ses propos contre le Vlaams Belang, tous les démocrates lui tombent dessus pour affirmer qu'il n'a rien à dire. Quoi qu'il fasse, on le critique! Là, il défendait une Belgique unie et démocratique... J'ai l'impression parfois que les hommes politiques belges sont tombés sur la tête.

La Reine Elisabeth II vient de fêter son Jubilé, mais quel souvenir garderez-vous de vos entretiens avec elle?

C'est une femme de devoir, qui a fait passer la nation au-dessus de tout. Rien n'a d'emprise sur elle, ni le temps, ni les aléas de la vie. C'est formidable. Cette femme ordinaire, placée par l'histoire dans une situation extraordinaire, incarne la permanence de la nation.

Un jour, elle me demande ce que je fais. Je lui explique que je passe ma vie à interroger les têtes couronnées... Elle me répond: "Oh, vous devez rencontrer des gens passionnants!".

Il se dit qu'elle reprocherait à Pippa Middleton de faire de l'ombre à Kate?

Je vous assure qu'elle ne se permettrait jamais une telle remarque à quelqu'un qui pourrait le répéter. Qui peut affirmer cela? Ce sont seulement des gens qui imaginent que la Reine doit penser cela.

Et vous, vous pensez cela de Pippa?

Non, elle ne fait pas d'ombre à Kate, elle veut profiter de la lumière! (rires) Ca, c'est peut-être contestable! Quand votre sœur épouse le futur Roi, il faut savoir se comporter... Comme les sœurs de Mathilde, par exemple. Je les connais bien et elles ne font jamais référence à la Princesse. D'ailleurs personne n'ose leur demander "Comment va ta sœur?". Ici, on ne "découvre pas la couronne", contrairement aux politiciens qui font des conférences de presse en sortant du Palais de Laeken, ou laissent leurs notes bien visibles sur leurs genoux.

Dites-moi, vous ne manquez aucun épisode!

Mais je suis abonné à La Libre Belgique, que je lis tous les matins! (rires)

Pour terminer, lors de tous ces entretiens avec le gotha, avez-vous fait une gaffe dont vous vous mordez encore les doigts aujourd'hui?

Un jour, je téléphone à la dernière Impératrice d'Autriche – qui, à 95 ans, vivait dans un monastère – et je tombe sur une dame qui me dit "Bonjour, je suis l'opératrice". Je demande donc à plusieurs reprises de bien vouloir me passer l'Impératrice. Mais elle insiste: "Bonjour, je suis l'opératrice..." Je lui réponds: "Vous êtes gentille, maintenant passez-moi l'Impératrice!". Et ce, avant que je ne comprenne que j'avais "l'Impératrice" au bout du fil. J'avais mal compris l'accent... Mais, vous savez, je reste aussi aimable avec les deux. On a beaucoup ri.

Je retiendrais aussi une autre gaffe. En 1985, j'attends le Roi d'Espagne sur le perron de l'Elysée. Il était parti se changer dans un palais voisin. François Mitterrand sort et me demande ce que je fais là. Je lui ai répondu "J'attends le Roi." Ça l'a fait beaucoup rire et il m'en a souvent reparlé...

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