Société Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Aussi bien, les saisons et les senteurs ne se disputent point. Or nous avons toujours éprouvé une faiblesse, une tendresse même, pour l’été indien. Cet ancien “été des Sauvages”, nous dit Le Petit Robert, qui désigne un bref retour du beau temps en octobre. Il exhale comme un souffle doux, léger et caressant, entre les chaleurs, touffeurs et moiteurs de l’été, et les premières vraies ingratitudes de l’automne.

Peut-être est-ce en sa qualité de moment rare et privilégié qu’il est devenu notre cinquième saison, préférée parmi toutes. Le nom déjà, il est juste, donne à rêver. Faisant songer à notre poète Achille Chavée, qui se louait d’être “un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais en file indienne”. Une phrase qui, par-delà son sens littéraire, par son imagerie spontanée, nous transporte loin aussitôt vers les horizons du Far-West, aux confins de l’Arizona, au pays de l’ocre roux. Suivant un panorama qui chatoie différemment d’heure en heure, changeant de teinte d’un instant à l’autre.

Et c’est pour ainsi dire cette fragilité des jours qui marque ce printemps d’arrière-saison, quand l’astre de lumière ne dispense et ne diffuse plus que des feux de plus en plus parcimonieux. C’est comme si le soleil, dans un ultime au revoir, se couchait sur l’été, vidant peu à peu les bords de mer et les chemins de montagne. Lorsque la solitude déjà s’empare des rivages et alpages, appelant une dernière fois au retour dans les chaumières, autour du poêle à bois. Le moment, du reste, est mélancolique. D’une légèreté tout empreinte de tristesse, tandis que les jours sensiblement s’écourtent et que les feuillages brûlent des premières nuances fauves. Il est l’heure de plonger dans la mer apaisée, enfin tranquille, comme indifférente.

“L’Eté indien” (1975) :  Le tube de l’été le plus slow qui tue

La recette : une chanson qui a moyennement bien marché (“Africa” de Toto Cutugno) qu’on veut adapter en français et qui est refusée par Claude François. C’est Joe Dassin qui en hérite et qui la réarrange avec talent. Une richesse instrumentale assez exceptionnelle (trompette, flûte traversière, violons…), de la mélancolie, une voix grave et suave, d’interminables “ba ba ba” : les couples s’enlacent sur les pistes de danse et Joe Dassin signe la plus grosse vente de sa carrière avec 2 millions d’exemplaires vendus.

A eu le mérite de remettre au goût du jour les magnifiques aquarelles de Marie Laurencin, artiste française décédée dans les années 50.

On se souvient que Joe nous l’avait pourtant dit : l’été indien, expression surutilisée chez nous pour désigner une belle arrière-saison, est en fait “une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique”.

Message politique : philosophique, plutôt, avec cet aphorisme sur lequel on réfléchit encore, 40 ans plus tard : “et l’on s’aimera encore lorsque l’amour sera mort”.