Société

Le supplément "Quid" de ce week-end a partagé quatre tranches de vie contrastées de retraités qui ont donné un second souffle à leur vie.

Christian Sottiaux habite en Polynésie sur son voilier, après avoir fait le tour du monde en solitaire

Pour rencontrer Christian, difficile de faire autrement que de passer par les technologies. La raison est simple : il vit actuellement en Polynésie, sur son voilier. Décalage horaire oblige, lorsque nous entrons en communication avec lui, il est 6h30. Derrière sa webcam, il a pourtant l’air bien en forme : "Je suis réveillé depuis plus de deux heures, tu sais. Ici, on commence tôt ses journées ! Et d’ailleurs, j’espère qu’il n’y a pas de souci pour qu’on se tutoie. Ici, on se dit ‘tu’même quand on ne se connaît pas".

"Un aventurier dans l’âme"

"Ici", c’est le paradis que Christian Sottiaux, 67 ans, a longtemps convoité. Depuis six ans, il y vit une retraite paisible, attaché au port. Avant cela, ce Gaumais a multiplié les expériences professionnelles : gestion technique et administrative de chantiers de génie civil (dont le métro bruxellois), responsable commercial, cadre supérieur en production, en maintenance, en ressources humaines, en logistique, etc. "J’ai toujours adoré les métiers que je faisais, mais dès qu’un boulot ne me plaisait plus, je partais autre part. J’ai toujours été un aventurier dans l’âme", rigole-t-il.

En 2003, il perd son boulot et rencontre des difficultés à être à nouveau embauché. En 2005, il décide de larguer les amarres, d’arrêter de travailler, alors que sa retraite ne tombera que dix ans plus tard : "J’en avais marre de l’absence d’humanité dans le monde professionnel. J’avais rénové un voilier dans mon jardin pendant huit ans, et je me suis dit qu’il était temps de réaliser mon rêve". Cette année-là, il démarre de Nieuport, en naviguant vers l’Angleterre, puis il poursuit vers Cuba, le Venezuela, il passe le canal du Panama, il visite le Chili, découvre la Patagonie, traverse le Pacifique en solitaire, et, au bout de cinq ans de voyage, il jette l’ancre en Polynésie, cette région qui l’attendait… "En 1989, j’avais découvert cette région à sac à dos. Et à l’époque, des retraités m’avaient dit : ‘On ne vient pas en Polynésie, on y revient’".

Cette envie d’aller voir ailleurs

De retour en Polynésie, Christian commence par faire des petits boulots : "Je n’avais plus un balle, après toutes ces années de voyages !". Aujourd’hui, et depuis 2015, il profite de sa retraite qu’il a amplement méritée après 29 ans et six mois de carrière. Il partage ses journées entre diverses activités : "Je lis, j’écris mon livre de voyage, je m’informe, je fais du sport, je voyage de temps en temps dans les îles voisines, je discute avec les Polynésiens, je donne des conseils à propos des bateaux, et je garde bénévolement des maisons durant plusieurs mois par an."

Depuis qu’il a quitté Nieuport, il n’a plus revu le sol belge, ni sa famille. "C’est le seul bémol dans mon choix : j’ai une sœur qui vit en Belgique que je n’ai plus vue depuis une dizaine d’années, j’ai des enfants et des petits-enfants que je n’ai pas connus. Mais avec Skype, on se marre bien !"

Malgré cela, Christian se dit "heureux et serein". Tous les jours, il est conscient de la chance qu’il a de vivre en Polynésie et est convaincu de ce choix qu’il a fait malgré les reproches de ses proches. "J’ai toujours eu ‘envie d’aller voir ailleurs’, comme le disait Jacques Brel, j’ai le goût de l’aventure. Et je ne me voyais pas vivre ma retraite en Belgique. Ici, on ne tient pas compte de mon âge, mais bien de mon expérience. La qualité de vie est excellente, et la simplicité, la gentillesse et la générosité des gens sont remarquables."

Profiter du temps qui passe sans regrets

Pour Christian, la retraite est arrivée sur la pointe des pieds, puisqu’il s’est octroyé une pré-retraite dix ans plus tôt. Petit à petit, sa notion du temps a évolué. Durant les cinq ans de navigation, il avoue avoir perdu les repères temporels. Et depuis qu’il s’est installé dans la marina, il se dit "maître de mon temps. Je fais ce que j’ai envie quand j’en ai envie. Je m’assieds au bord du lagon et je laisse passer le temps sans regrets." Cet éternel rêveur et aventurier n’en démord pas : "D’après moi, il faut un grain de folie pour avoir une belle retraite."


Ce dossier est à découvrir en intégralité dans le supplément "Quid" de ce week-end.