Société

Ce week-end, "Quid", le supplément de La Libre, s’interroge sur la pratique du tatouage.

Après de longues années passées à travailler pour d’autres, Tom et Gaser ont enfin pu ouvrir il y a quelques semaines leur propre salon de tatouage, Droogies Tattoo, en plein cœur de Bruxelles. Le lieu est petit mais lumineux, décoré de dessins réalisés par le duo, dont les clients peuvent s’inspirer. Ou pas. On retiendra d’ailleurs cet hallucinant (et drôle) dessin de Tom représentant une horloge, dont les aiguilles sont faites de tampons hygiéniques, et surmontée du slogan : "Le Tampax veet"- comprenez "le temps passe vite". "Personne ne nous l’a encore demandé", signale, sourire aux lèvres, son créateur.

Les deux amis n’ont pas de book. Ils ne travaillent quasiment qu’avec des créations. "Les gens viennent avec des idées et on les travaille à notre sauce, en restant le plus près possible de ce qu’ils veulent", expliquent-ils. Eux sont évidemment tatoués (quel tatoueur ne l’est pas ?). "On fait faire nos tatouages par des potes."

En 18 ans de carrière comme tatoueur, Tom en a vu défiler des clients, des demandes de motifs aussi, des plus banals aux plus étranges, ainsi que des motivations à se faire encrer la peau.

Du banquier au voleur de banques

"En 20 ans, le public n’a pas tellement évolué car le tatouage avait déjà perdu de son aura sulfureuse. On a des gens de 18 à 60 ans, hommes et femmes, du plus pauvre au plus riche, du banquier au voleur de banques", indique-t-il. "Et il y a autant de raisons de se faire tatouer que de tatoués : par pure esthétique, comme signe d’appartenance à une tribu ou pour avoir quelque chose qui les représente. Mais les clients en parlent très peu. Nous refusons en tout cas les tatouages de croix gammées et déconseillons les tatouages politiques."

© GUILLAUME JC
(Tom)

Si les raisons qui poussent les gens à se faire tatouer sont rarement exprimées, on peut toutefois, pour ceux qui suivent les modes, suspecter un certain conformisme ou une "fanitude" assumée. "Quand j’ai débuté dans le métier, le dauphin se terminait. Puis il y a eu le kanji (caractères chinois, NdlR), le celtique, le tatouage tribal dans le bas du dos, les grosses roses (un grand classique), l’old school (toujours demandé) ou la phrase ‘Only God can judge me’("Seul Dieu peut me juger", NdlR) qu’on a beaucoup faite. Plus récemment, on voit le signe de l’infini et une plume avec une envolée d’oiseaux", précisent les deux tatoueurs bruxellois. En 2008, la chanteuse Rihanna se fait tatouer une pluie d’étoiles dans la nuque. Et sera copiée par d’innombrables fans dans la foulée. "Rihanna est une grosse influence en matière de tatouage", signale Tom.

Un étrange tatouage sur les fesses d’un artiste

A l’extrême opposé, il y a les excentriques un peu dingos. "J’ai un jour tatoué d’une fesse à l’autre l’article 1 de la constitution belge, avec les fautes d’orthographe originelles du texte mais barrées en rouge. Le client est un artiste conceptuel et le tatouage, c’était pour une expo. Sa femme n’était pas très contente", raconte Tom.

Et puis il y a ceux qui ont commis une grosse, grosse boulette. "J’ai recouvert l’énorme tatouage du prénom de la maîtresse d’un homme, fait sous l’emprise de l’alcool. Le gars était rentré chez lui juste après…", évoque Gaser. "On fait très peu de recouvrements, le plus souvent dans des cas de regrets sur le prénom d’un conjoint et des tatouages ratés."

Depuis quelques années les tatouages semblent s’afficher de façon plus visible. "De grosses pièces demandées d’emblée par des jeunes sur les mains, le cou, les bras, les avant-bras." Signe, à coup sûr de l’influence des footballeurs, artistes ou bimbos (et leurs équivalents masculins himbos) issues de la téléréalité qui affichent déjà, à la petite vingtaine, des corps lourdement tatoués.


Le dossier complet est à lire dans le supplément "Quid" de ce week-end