Société

Les Carnavals drainent les foules dans tous les recoins de Belgique, et ce depuis des siècles. La première mention d'un Carnaval à Binche remonte à 1394. On a par contre très peu d'informations sur les origines du « Gille »... Du coup, les légendes se sont multipliées. L'une d'entre elles a particulièrement enthousiasmé son public: Marie de Hongrie, la soeur de Charles Quint, était particulièrement attachée à Binche. En 1549 elle y accueille Charles Quint et son fils par de grandes fêtes. Des Incas y auraient paradé et les Binchois, impressionnés par leurs costumes colorés, auraient souhaité maintenir cette tradition dans la cité avec les Gilles. D'autres y voient un lointain cousin du « Gille » de la Commedia dell Arte. Pour Samuel Glotz, spécialiste du folklore et du Carnaval de Binche, le Gille représenterait « un prêtre ou un chamane d'une religion disparue ». Quelles que soient ses origines, le Gille continue à enthousiasmer: malgré des conditions d'admissions toujours plus strictes, le nombre de Gilles augmente chaque année.

C'est une année de préparation qui aboutit lors des festivités du Carnaval d'Alost. Pendant ces trois jours avant le Mardi Gras, le Prince du Carnaval reçoit les clés de la ville, la danse des balais chasse les fantômes de l'hiver et on finit par brûler l'effigie du Carnaval. Comme à Binche le jour des « Mam'zelles », des hommes parcourent Alost déguisés en femmes le jour de la « Voil Jeanet ». Le Carnaval d'Alost est aussi très connu pour ses chars qui se moquent de l'actualité: avant le départ du Carnaval 2013, le char SS-VA a déjà fait parler de lui! On dit ce Carnaval vieux de 600 ans, et il attire encore et toujours les foules: jusqu'à 100 000 spectateurs s'y rendent chaque année. Le Carnaval d'Alost a rejoint celui de Binche sur la liste du patrimoine immatériel de l'humanité de l'UNESCO en 2010.

Si vous avez raté les Carnavals de Binche et d'Alost, vous pouvez toujours vous rattraper au Carnaval des Blancs Moussis à Stavelot: c'est un Carnaval de la mi-carême, ou laetare, qui a donc lieu cette année entre le 9 et le 11 mars. On dit que les Blancs Moussis ont plus de 500 ans et sont de lointains descendants des moines de l'abbaye de Stavelot. Ceux-ci avaient l'habitude de participer avec la population aux festivités du Carnaval. En 1499, un abbé soucieux d'ordre interdit à ses moines de se joindre à la fête. Les Stavelotains fâchés de cette interdiction l'ont tournée en dérision : ils se sont déguisés eux-mêmes en moine pour prendre part au Carnaval. Cela aussi leur a été interdit. Ils ont alors créé un costume blanc avec un capuchon qui évoque discrètement la tenue monacale. Ils y ont greffé un nez rouge, très long et très pointu: les Blancs-Moussis étaient nés! Depuis 1947, les Blancs-Moussis sont organisés en confrérie et sont même devenus les invités d'honneur des Carnaval de Cologne ou Compiègne, entre autres.

Où qu'ils aient lieu, les Carnavals connaissent un succès jamais démenti. Ils ont en commun des origines aussi lointaines qu' invérifiables et des codes bien à eux. On y observe aussi des similarités: les rôles s'inversent et, à Binche comme à Alost, les hommes se travestissent en femmes. Le Carnaval est aussi l'occasion de rire de l'autorité, que ce soit du temps des moines de l'abbaye de Stavelot ou des chars d'Alost.

Plus loin de chez nous, les Carnavals de Rio et de Venise enflamment aussi l'imagination. Le Carnaval de Venise se targue de remonter au XIe siècle. Il a évolué avec l'histoire de la ville: il a été extravagant au XVIIIe siècle – jusqu'à deux mois de fêtes ininterrompues où tout était permis sous les masques! - et censuré sous Mussolini.

Celui de Rio, par comparaison, fait figure de nouveau venu: la tradition du Carnaval serait arrivée au Brésil dans les valises d'immigrés portugais vers le dix-septième siècle. Différentes cultures, dont la musique africaine, s'y seraient mêlées peu à peu pour donner les fêtes colorées d'aujourd'hui. Le Brésil a donc fait sienne la tradition du Carnaval: là aussi, tout est permis. Les blocos, Carnavals de quartier, ont commencé quelques semaines avant le coup d'envoi officiel des festivités. Tout le monde peut y participer à condition d'avoir envie de danser et de séduire! La folie culminera pendant les cinq jours de règne de Momo Ier, Roi du Carnaval, avec les défilés exubérants des écoles de samba sur le sambadrome. Pour la petite histoire, ce sont les jeux clandestins qui ont autrefois financé les préparatifs des écoles de samba. Cette année, suite à l'incendie de la discothèque de Santa Maria, la ville a prêté une attention particulière à la sécurité: certains établissements ont été inspectés et fermés. Dans la foulée, près de 70 millions de préservatifs ont aussi été distribués!