Société Le phénomène du harcèlement de rue s’accentue, selon Bruno Humbeeck.

Sifflements, regards accompagnés de gestes déplacés, mains aux fesses, allusions sexuelles… Le harcèlement de rue est une réalité. Les filles qui courent pour leur plaisir dans des parcs ou lieux publics l’ont malheureusement expérimenté aussi.

Certains hommes ne se gênent pas pour se transformer en harceleurs. "Le harcèlement, c’est écraser quelqu’un d’isolé", explique Bruno Humbeeck, psychopédagogue, interrogé par La DH. "C’est, la plupart du temps, un groupe de garçons qui va manifester des comportements dénigrants envers une femme."

Sarah, 32 ans confirme. "Je courais, écouteurs sur les oreilles, et, malgré ça, je les ai entendus parler de mes petits melons. Dans mon dos, ils criaient que j’avais de belles fesses rondes", se souvient la jeune Liégeoise qui court par plaisir. "C’est aberrant, jamais je n’ai réduit un homme à un objet sexuel."

Marie, elle, a eu la main aux fesses alors qu’elle courait. "Quatre hommes étaient assis sur un banc, je passais près d’eux, l’un d’entre eux m’a mis la main aux fesses. Je me suis retournée, le regard noir, ils riaient. J’avais vraiment la rage."

Le psychopédagogue poursuit, affirmant que ces agissements sont de plus en plus nombreux. "Notre société tend à amplifier ce phénomène", regrette-t-il. "C’est un phénomène social : on est nous contre ce qui n’est pas nous. En d’autres termes, on va s’en prendre et montrer sa domination à ce qui n’est pas nous, un repli identitaire." Et, porté par le groupe, la personne qui aura sifflé en premier sera encouragée par ses comparses. "Ils se croient souvent tout permis. C’est comme quand quelqu’un fait des blagues sur les blondes à une blonde. Le groupe d’hommes autour en rira peut-être. Si la femme n’en rit pas, elle sera coupable de trois choses : le fait d’être blonde, le fait d’être bête et celui de n’avoir aucun humour."

Pour fuir ces harceleurs qui réduisent les filles à de simples objets sexuels et les dénigrent, il existe plusieurs solutions. La première, c’est : "passer, continuer son chemin. Si on passe, on ne leur accorde aucune attention", suggère Bruno Humbeeck. L’autre solution est de "renverser le rapport de force. On peut se confronter au groupe en portant plainte ou en se regroupant avec d’autres passants (ou des responsables d’un centre sportif, NdlR) pour leur faire comprendre que leur comportement est inapproprié."


"On finit par ne plus y prêter attention"

En Belgique, la plupart du temps, on peut courir sans subir le comportement dégradant de certains hommes. D’abord, parce que le respect est généralement roi. Ensuite, parce qu’on n’y accorde peu ou plus d’attention. "C’est triste, mais ça devient tellement courant qu’on finit par passer au-dessus et à ne plus y prêter attention", déplore Émilie qui ne se souvient pas "d’épisode marquant" de harcèlement quand elle court.

Charline, elle, se souvient d’avoir été harcelée deux fois au Bois de la Cambre, dont une par un groupe "de jeunes qui se baladaient". Pour ne pas être embêtée ou détaillée, elle fait attention à ce qu’elle porte quand elle va courir. "Si je vais courir seule, je ne mets plus de short. Plus du tout. Je sais que c’est bête parce que je suis plus à l’aise, mais ça me permet d’éviter les remarques. Par contre, quand je participe à un jogging ou un trail, je ne me prive pas."

D’autres femmes font attention aux endroits qu’elles vont fréquenter pour courir, privilégiant, comme Nadia, "les parcs, bois. Et puis, je cours le matin aussi; en général, les harceleurs dorment encore."

Charline a eu une grosse frayeur. La peur d’être agressée physiquement existe aussi. Un homme isolé lui a fait peur. "C’était un mec qui courait, et là, j’ai eu vraiment peur parce qu’il me suivait et essayait de me toucher lorsqu’il arrivait à me rattraper. Là, j’ai vraiment flippé." Pour Bruno Humbeeck, psychopédagogue, là, il s’agit de l’acte d’un pervers isolé.

Virginie a aussi été confrontée au comportement pervers d’un homme isolé. Il l’a suivie en voiture dans les chemins de remembrement alors qu’elle courait. Elle a vraiment pris peur. Heureusement, elle est rentrée saine et sauve chez elle.