Édito: Un désespoir qui... tue

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Société

L'édito de Vincent Slits

Elle s’appelait Amaia Egana. Elle avait 53 ans. Vendredi dernier, elle a décidé de mettre fin à ses jours en se jetant par la fenêtre de son appartement. Par désespoir. La mort plutôt que la honte de se voir expulsée de son domicile. Ce suicide est le deuxième du genre en Espagne, pays durement touché par la crise et où 350 000 propriétaires surendettés ont été expulsés depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008.

La crise charrie chaque jour, un peu partout en Europe, son lot de faillites, de restructurations, de plans sociaux et de pertes d’emplois dont le nombre donne le tournis. Mais ici, le geste fatal de cette femme heurte notre conscience et montre - au-delà de statistiques froides égrenées dans les médias - le visage le plus brutal de cette crise : celui de la mort comme seule issue à la détresse sociale.

La mort de Amaia Egana doit nous interpeller. Nous, en tant que citoyens. Mais aussi nos gouvernants, à l’échelon national et européen, et nos responsables économiques. La crise économique et sociale que nous vivons est terrible, inédite peut-être en Europe dans sa longueur et son ampleur. Si la marge de manœuvre d’Etats désargentés est très faible, la réponse à l’angoisse des peuples ne peut être celle de la seule austérité. Il faut ouvrir des perspectives, penser à des voies nouvelles de solidarité et moraliser enfin un monde de la finance qui n’a que trop vampirisé l’économie. On ne peut rester sourd au message qui sera envoyé ce mercredi par la rue dans plus d’une vingtaine de pays européens.

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