Société Se sentir fatigué, lassé, usé par son quotidien, son boulot. Nous le vivons tous à un moment donné. Mais pour certain(e) s, c’est le signe de changer, d’écrire un nouveau chapitre. Un virage néanmoins pas toujours facile qui nécessite une bonne dose de volonté.


Vous n’auriez pas dû reprendre de dessert à la cantine. Vous baillez aux corneilles, et vous avez du mal à vous concentrer sur votre travail. Vous vous mettez même à divaguer. Et si, cette après-midi, vous décidiez de tout plaquer ? Et si vous laissiez tomber ce boulot qui vous ennuie tant, pour enfin vous retirez à la campagne et planter des choux ? Changer de vie, nous sommes nombreux à l’envisager, mais peu à passer à l’acte. Pourquoi ?

De la volonté et la foi

Sans doute parce que nous vivons tout de même une vie confortable. Nous sommes attachés à nos petites habitudes. Et changer de vie, c’est plus difficile que ce qu’on croit et cela prend souvent du temps, comme le remarque Olivier Perruzi, fondateur du blog www.bouge-toi.com. "Au départ, vous êtes motivés, vous avez une volonté d’enfer et puis au bout d’un mois vous êtes essoufflé et vous doutez ? Les choses sont parfois longues à venir. Toutes les personnes qui ont radicalement changé dans leur vie évoquent souvent le fait que c’est difficile. On ne peut changer vingt ans d’habitudes de vie, de conditionnements mentaux, en un mois. Soyez patient et surtout soyez régulier dans vos efforts. Patience et persévérance doivent être vos maîtres mots si vous voulez changer."

Selon Nancy Kawaya, auteure et bloggeuse, pour changer de vie, il faut aussi un petit quelque chose en plus, une image finale qui nous maintient motivés : "Appelons cela la foi. La foi permet de ne pas lâcher prise tandis que la volonté donnera l’impulsion de départ. Disons que lorsqu’il semble devenu difficile d’y parvenir, la foi murmure aux creux de ceux qui croient : ‘Courage ce n’est qu’un mauvais moment à passer et tu en sortiras plus fort !’ Le problème ce n’est donc pas le manque de volonté, c’est le manque de foi en nous et en ce que nous faisons."

D’un CDD à l’aromathérapie

Changer de vie, ce n’est donc pas si facile, mais pas ce n’est pas impossible non plus. La preuve, certains l’ont fait. Sur la toile, on peut retrouver beaucoup de témoignages inspirants. Fanny, auteure du blog "Les petites choses de Fanny", a achevé son CDD, avant de partir voyager et de se lancer à son compte en créant son propre projet.

Fanny aurait pu continuer à travailler dans une grande entreprise, sauf que ce monde-là ne la faisait pas rêver, au contraire. "Je n’étais pas à ma place. C’est purement personnel, cela ne me convenait pas à moi. Je ne me sentais pas bien. Pas envie d’aller travailler, pas d’énergie, dépression, maladies… et beaucoup de négatif dans ma vie : pression, stress, commérages, jalousie et rapports de force qui s’inscrivaient dans une sorte de spirale infinie." Fanny a donc décidé de prendre les choses en main. "J’avais le pouvoir de décider ce que je voulais faire de ma vie et je ne pouvais plus attendre, j’allais inscrire les changements maintenant !" Désormais, Fanny tient son blog, elle se consacre à l’écriture d’ouvrages sur la beauté naturelle et l’aromathérapie et elle propose des formations en ligne. "Tout le monde est maître de son destin et peut vivre la vie qu’il veut. J’en suis la preuve vivante, après tout !", conclut-elle.


Mais pourquoi?

Pourquoi a-t-on régulièrement envie de tout plaquer pour changer de vie ?

Stéphanie Houle-Lachance, diplômée en Sciences sociales, a répondu à notre question sur Quora, une plate-forme d’échange de connaissances : "On se dit souvent qu’ailleurs on serait peut-être mieux, que les problèmes ne nous poursuivraient pas jusque là-bas; on pourrait recommencer une vie sans que personne ne nous connaisse vraiment… Selon moi, on pense à tort que partir vers un autre endroit nous fera sentir mieux. Hélas, la réalité en est toute autre. Les soucis seront momentanément dissipés, mais bien vite, ce qui vous agaçait vous reviendra à l’esprit. Parce que ce n’est pas l’environnement physique qui vous rend nécessairement heureux, mais bien l’interprétation que fait votre esprit de votre vie. Le mieux est de toujours régler ses soucis ou problèmes avant d’envisager de tout plaquer et changer de vie."


Les témoignages

96% des répondants ont envisagé de tout plaquer

Vous êtes 190 à avoir répondu à notre appel à témoins sur lalibre.be. 96% d’entre vous ont envisagé de tout plaquer. Dont 46% sont déjà passés à l’acte.


Benoît /52 ans

"Ma vie a basculé au moins deux fois : à 30 ans, après avoir géré et ouvert des cafés-concerts à Bruxelles, j’ai repris des études d’ingénieur agronome, un DEA, et entamé un doctorat, pour me consacrer durant 15 ans à la recherche (en génétique, puis quatre ans en économie). Ensuite, après un petit stage (un an dans le département com’d’une grosse ONG belge), j’ai récemment tout envoyé balader pour monter une entreprise de parcs et jardins spécialisée en désherbage alternatif. Pourquoi tout plaquer pour changer d’orientation ? Parce que la vie est trop courte pour n’en vivre qu’une seule…"

Michel /58 ans

"Cadre dans une grande entreprise, mon emploi n’avait plus de sens. Plutôt que d’attendre, assis, mort d’ennui, 18 ans de toucher mon assurance groupe, je suis parti. Mon épouse et moi avons créé une entreprise et, face à ce que devient le monde des affaires, nous sommes sur le point de recommencer à nouveau. Nous avons imaginé bien des fois quitter la Belgique pour vivre avec moins de contraintes. Ma vie professionnelle a basculé le jour où j’ai reçu l’instruction de ne plus avoir d’idées."

Jérôme /25 ans

"A 24 ans, master en poche, je n’avais pas envie de rentrer dans les rangs, dans la routine quotidienne métro-boulot-dodo. J’aurais bien aimé voyager ou vivre à l’étranger pour ne pas faire comme tout le monde. Mais face à la paperasse, à la pression sociale et familiale, au besoin de sécurité et d’argent, c’est tombé à l’eau."

Caroline /27 ans

"Il y a bientôt trois ans, je n’avais plus de boulot, j’étais célibataire, c’était le moment ou jamais pour un nouveau départ, de nouvelles choses à découvrir. J’ai toujours été attirée par la mer. J’ai tout plaqué et je me suis expatriée en France, dans le Finistère, entre terre et mer. Une diversité de paysages à couper le souffle, une manière de vie légèrement différente. Au final, je dirais que ce n’est pas difficile de changer de vie, sauf pour les questions administratives."

Valérie /29 ans

"J’ai fait une fausse couche tardive en avril et j’ai tout de suite interprété ça comme un signe : ce n’est pas moi qui vais donner la vie à un bébé, mais bien mon bébé qui va m’offrir une nouvelle vie (ça paraît bête comme ça, mais sur le moment-même ça m’a paru très cohérent). Mon travail (haut cadre dans l’administration) ne me rendait pas heureuse. Je savais que je n’arriverais pas à passer le cap toute seule, donc je me suis fait coacher. Après 1 séance de 2 h, j’étais décidée et j’ai présenté ma démission. Je me suis désormais lancée dans de nouvelles études."