Société

Pour le professeur Pascal Janne (UCL), psychologue, les "Tanguy" sont, selon la pratique clinique, plus volontiers des garçons que des filles. Il explique que le processus d’autonomisation des adolescents se trouve de plus en plus souvent "entaché" de périodes de "stagnation" plus ou moins durables, et aux formes diverses. Elles peuvent présenter des aspects sociaux économiques, psychosociétaux ou intrafamiliaux.

De ce point de vue, M. Janne évoque quatre facteurs qui agissent en interaction possible. Le premier relève de la "parentification" de l’enfant. Celui-ci se saisit de responsabilités telles qu’il prend parfois la place d’un de ses parents voire des deux, devenant le confident, le sauveteur, le contrôleur, le médiateur voire le leader de la famille dont il peut être le soignant ou le bouc émissaire. Souvent, ce sont ses parents qui lui confient ce rôle, avant qu’il ne l’endosse lui-même voire même s’y complaise.

Certains facteurs, comme les échecs scolaires, sentimentaux ou professionnels l’encouragent à pérenniser son "surplace". Autrement dit, on assiste, explique le professeur Janne, à "la coagulation" du processus d’autonomisation et au développement d’un sentiment de peur d’abandonner ses parents, aux côtés desquels il choisit donc de rester.

Il arrive aussi que les "Tanguy" se choisissent, de façon volontaire ou inconsciente, des "demi-partenaires". Ils n’acceptent que des liens comportant de fortes probabilités de dislocation, réalisant en quelque sorte un compromis entre leurs pulsions et leurs loyautés vis-à-vis du système familial. Autrement dit, ils s’engagent mais sans s’engager. Ce comportement concerne de plus en plus de jeunes et aboutit, le plus souvent, à une forme de "stand-by" familial.

Il faut encore compter avec les liens de loyauté qui unissant les enfants à leurs parents et avec le fait que nombre de ces derniers ne tiennent plus de rôle structurant. Naguère, ils tenaient à leur progéniture ce genre de discours : "Tu gagnes ta vie, donc, mon cher ami, il est temps que tu t’installes quelque part et que tu te débrouilles."

Ce n’est plus vraiment le cas. Qui plus est, ajoute M. Janne, certains parents rechignent (ce qui, selon lui, est une grave erreur) à demander une contrepartie aux enfants qui stagnent chez eux, que ce soit sous forme financière ou d’aide ménagère. Ces jeunes finissent, étant nourris et blanchis, par considérer leur salaire comme de l’argent de poche, assurés qu’ils sont de la gratuité d’un confort basique chez les parents.

Le professeur Janne ajoute que les pères (et plus encore les beaux-pères) ont souvent perdu leur caractère "législatif", et n’osent plus intervenir afin de ne pas se mettre leur compagne à dos.

Enfin, relève-t-il, il faut tenir compte de la difficulté qu’ont certains couples d’envisager la vie à deux, à faire face à l’absence de leurs enfants et au "vide" que leur départ génère.