L'antoinisme, seul mouvement religieux né en Belgique

Déborah Taminiaux (st.) Publié le - Mis à jour le

Société

L'antoinisme est un mouvement d'inspiration chrétienne qui célèbre les fêtes catholiques. LaLibre.be a profité de la Toussaint pour faire découvrir ce culte qui est le seul à être né en Belgique, dont le fondateur est décédé voici 100 ans, et qui se caractérise, entre autres, par la liberté de conscience de ses membres, la discrétion et le recours à des guérisseurs.

Le terme "antoinisme" vient du nom du fondateur de cette religion, Louis-Joseph Antoine. Ce Wallon, né dans la province de Liège en 1846, a longtemps travaillé comme ouvrier, d'abord dans les mines puis dans la métallurgie. A 20 ans, lors de la guerre franco-prusse, Antoine tua un homme, ce qui l'amena à se poser des questions sur le sens de l'existence. Près de 25 ans plus tard, un deuxième événement va bouleverser sa vision de la vie. Comme nous l'explique Jan Jelle Koppler, secrétaire général de la société théosophique de Bruxelles, «A la mort de son fils, Antoine va définitivement quitter la catholicisme. Il découvrira un peu plus tard ses dons de guérisseur: il se rend compte qu'il peut manipuler les fluides (pensées) et changer les mauvais fluides en bons. En tant que guérisseur, il devient très connu et reçoit des centaines de personnes par jour. Il fondera ensuite l'antoinisme, en 1910. Il est alors considéré comme un prophète belge, le seul d'ailleurs, vu son talent pour guérir les personnes».

Les fluides dont parle Antoine sont fonction de la morale de la personne. En effet, il croit aussi en la réincarnation, mais seulement d'humain à humain. Plus l'être se réincarne, plus il a des chances d'atteindre « l'état divin ». Quand l'humain parvient à cet état, le cycle des réincarnations s'achève. Les fluides peuvent être considérés comme nos pensées ou nos actions qui doivent être améliorés jusqu'à atteindre la réincarnation. Ces fluides sont transmissibles, et c'est la que la guérison intervient. Il existe des guérisseurs dans le culte antoiniste, qui prient et essayent avec le croyant de trouver l'origine de ses malheurs. La maladie serait le produit de notre imagination (« Le mal n'existe pas ») et les épreuves que nous endurons, des complications dues à nos vies antérieures. Car pour les antoinistes, si l'homme était parfait, il ne devrait pas se réincarner. L'usage de la médecine traditionnelle ne se trouve toutefois par interdit. Néanmoins, du vivant d'Antoine, la justice ne considérait pas toujours ces activités de guérison d'un bon oeil.

Outre les guérisons, l'antoinisme se caractérise par un service religieux qui se partage en deux parties et dont l'ensemble ne dure pas plus de 30 minutes. « L'Opération générale » se trouve en première partie. Elle consiste à prier pour transmettre le bon fluide. S'ensuit « La lecture », où le desservant lit des passages tirés d'un des livres écrits par Antoine. Jan Jelle Keppler ajoute d'ailleurs que «les vêtements qu'ils portent lors de ce service sont semblables à ceux de l'époque: de longues robes noires comme celles que nos arrières-grands-mères portaient». Quant à leur emblème, il s'agit de « l'arbre de la science de la vue du mal ». Il se trouve dans tous les temples antoinistes.

L'antoinisme se revendique d'inspiration chrétienne. Il en a d'ailleurs gardé les principales fêtes comme la Toussaint ou la Noël. Trois autres célébrations sont venues s'ajouter à son calendrier: la « Fête du Père » (pour célébrer la mort d'Antoine) mais aussi la fête de « La Mère » (sa femme Catherine, qui avait pris la relève à sa mort) et la date à laquelle le premier temple a été consacré.

Bien que ce mouvement ait vu le jour en Belgique, il a connu une expansion hors de nos frontières. En France, le culte avait d'ailleurs été signalé dans la liste noire des sectes. En 2005, le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a qualifié cette liste de non pertinente. En Belgique, une telle liste n'existe pas. Eric Brasseur, directeur de Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) souligne que « c'est un culte belge pour lequel nous n'avons jamais eu de plaintes en 12 ans, un cas assez rare pour le signaler ». Comme l'ajoute Jan Jelle Keppler « l'antoinisme se veut non sectaire. Les dons sont par ailleurs anonymes, les desservants n'ont aucune idée de qui leur a fourni de l'argent. ».

En Belgique, les temples antoinistes sont dispersés quasi uniquement en Belgique francophone. La majorité d'entre eux se situent d'ailleurs en province de Liège, d'où était originaire Louis-Joseph Antoine.

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