La génération "Tanguy" se perpétue

V.R. Publié le - Mis à jour le

Société

C’est un film d’Etienne Chatiliez qui avait remporté un joli succès. "Tanguy" décrivait les relations entre un jeune homme presque trentenaire incapable de quitter le nid familial malgré une situation professionnelle déjà établie. Le film a tellement marqué les esprits que son titre est entré dans le dictionnaire de la sociologie. Le phénomène "Tanguy" désigne ces jeunes adultes qui, pour différentes raisons, restent chez leurs parents le plus longtemps possible.

Il est cependant assez difficile de savoir si ce phénomène "Tanguy" est fort répandu en Belgique et, a fortiori, s’il va en s’accentuant ou au contraire en s’atténuant. Les données manquent. Philippe Defeyt, président du CPAS de Namur, mais aussi inlassable chercheur en sciences sociales, a tenté de cerner le phénomène. Il n’a pu que constater la pauvreté des sources statistiques disponibles. L’Institut national de statistiques étant muet sur le sujet, l’ancien secrétaire fédéral d’Ecolo a dû se contenter des données fournies par l’étude européenne SILC (Statistics on Income and Living Conditions). Et extrapoler à partir de là le nombre de "Tanguy" qui vivent en Belgique.

Selon l’enquête SILC, 80,4 % des jeunes de 18 à 24 ans étaient toujours établis au domicile de leurs parents en 2009. C’est une progression de près de 4 % par rapport à 2004. En revanche, le nombre de jeunes adultes âgés entre 25 et 34 ans toujours installés dans la maison familiale est resté assez stable ces dernières années : il ne concerne que 15 % d’entre eux. Ce qui, en chiffres absolus, n’est quand même pas rien. On peut considérer, sur la base de ces chiffres, que 206 000 personnes âgées de 25 à 34 ans vivent avec leurs parents (lire infographie). Au total, c’est près d’un million de jeunes adultes (les 18-34 ans) qui nichent encore dans le cocon familial.

Plusieurs raisons sont généralement avancées pour expliquer ce phénomène. Mais il y en a une qui saute aux yeux quand on compulse les données livrées par Philippe Defeyt dans la dernière étude qu’il publie pour le compte de l’Institut pour un développement durable (IDD) : l’importance de faire des études supérieures. En 2009, 65,8 % des jeunes de 18 à 24 ans étaient toujours étudiants. En 2004, ils n’étaient que 58,2 %. Même phénomène dans la tranche d’âge supérieure. En 2004, seuls 3,9 % des 25-34 ans étaient inscrits dans une filière de l’enseignement supérieur. Ils représentent désormais 7,1 % des adultes de cet âge. De toute évidence, les jeunes et leurs parents sont de plus en plus nombreux à considérer qu’un diplôme d’enseignement supérieur - voire plusieurs - est une nécessité pour la vie professionnelle future. Mais cela retarde le moment où le jeune peut voler de ses propres ailes.

Les chiffres montrent par ailleurs que ce n’est pas le manque de moyens pour vivre de façon autonome qui explique que les jeunes restent plus longtemps chez leurs parents. La proportion de chômeurs parmi les "Tanguy" est relativement faible. Elle a même fortement reculé. En 2004, les chômeurs représentaient 11,6 % des jeunes adultes habitant avec leurs parents. Ils n’étaient plus que 7 % cinq ans plus tard. Une baisse qui s’explique principalement par la prolongation de la durée moyenne des études. Car le nombre de "Tanguy" actifs sur le marché du travail est resté assez stable : depuis 2004, il tourne autour des 30 %, pour la plupart avec un contrat à temps plein.

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