Le combat de Michèle pour être enfin elle-même

Manon Libert (essentielle.be) Publié le - Mis à jour le

Société

Malgré le “M” inscrit sur son acte de naissance, Michèle s’est toujours sentie davantage proche d’une femme que d’un homme. Depuis 2010, elle donne de la voix afin de faire tomber les barrières: son objectif n’est pas de se “transformer” en femme mais d’être enfin elle-même! Michèle n’a pas froid aux yeux. Combative, elle a décidé en 2010 d’arrêter de cacher sa vraie identité. Elle travaillait alors pour une grande société d’optique. Lorsque sa direction a découvert qu’elle portait des prothèses mammaires et des dessous féminins sous son uniforme de travail, Michèle fut littéralement contrainte d’accepter d’être rétrogradée à un autre poste et de s’y présenter exclusivement en “homme”. La discrimination dont elle fut victime mit le feu aux poudres! Pourquoi devrait-elle cacher son identité aux yeux du monde ?

Construire son identité

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Michèle a toujours ressenti sa différence: “Lorsque j’étais enfant, dans la cour de récré, je préférais rester avec les filles plutôt qu’avec les garçons. A l’âge de 11 ans, j’ai commencé à être attirée par les dessous féminins, plus particulièrement par les bas nylons. Mon penchant pour le travestisme s’est développé petit à petit“. A 14 ans, elle cache précieusement une petite mallette renfermant son secret: “J’y rangeais des escarpins, des bas, des jupes que j’empruntais discrètement à ma mère ou que j’achetais dans des boutiques de seconde main. Je ne comprenais pas mon attirance pour les vêtements féminins. Signifiait-elle que j’étais homo? Je ne savais pas”.

Malgré sa recherche identitaire, Michèle s’est mariée deux fois et a eu trois enfants. Elle n’a jamais caché à ses deux ex-épouses, ni même à ses enfants, son attirance pour le travestisme. Un univers dans lequel elle se sent bien mais qui ne lui correspond pourtant pas entièrement: “Le travestisme, c’est le spectacle. Or, moi, je n’aime pas provoquer et attirer les regards. Au début, je tentais de passer inaperçue en portant des vêtements classiques, stricts aux tons neutres”.

S’affirmer!

En 2010, Michèle porte plainte contre ses employeurs pour harcèlement moral et discrimination. Depuis, elle mène un combat quotidien pour gagner le droit d’être enfin elle-même. ”Le procès est toujours en cours. Je tiens à dire que je ne recherche pas l’argent. Ma motivation est de tenter de défricher la voie et ainsi pouvoir aider les personnes partageant ma situation“, souligne-t-elle.

Décidée à s’affirmer en tant que femme, Michèle a entamé un traitement hormonal de substitution. Elle suit également avec assiduité des exercices de logopédie afin de travailler l’articulation et l’intonation de sa voix. La prochaine étape est l’opération de reconstruction génitale, prévue pour 2014. Toutefois, Michèle n’attend pas l’intervention pour se sentir “femme”: “Je ne me considère plus comme une personne transsexuelle. J’ai dépassé ce stade, désormais, je suis une femme et je m’assume comme telle au quotidien!“.

Le prix à payer pour affirmer son identité ne doit pas être sous-estimé tant au propre qu’au figuré: “Les traitements que je m’administre comportent de grands risques pour ma santé car ils dérèglent tout le corps. Ce n’est donc pas une décision à prendre à la légère. Le regard des autres est parfois également difficile à assumer mais il ne faut pas se morfondre sur sa différence. J’accepte d’en discuter avec les personnes qui m’interpellent, d’en rigoler même afin de les mettre à l’aise. Par contre, je ne demande qu’une seule chose: le respect!”

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