Société

L’amitié pose à notre époque une importante question : celle du couple. 


Quel est aujourd’hui le type de couple que nous souhaitons privilégier ?

Entre le marteau et l’enclume

"La grande difficulté des couples contemporains est qu’ils sont pris entre deux conceptions du couple et de l’amour", explique Nathalie Frogneux. "Les sociologues évoquent la nécessité de privilégier des couples de partenaires pour que l’égalité entre les conjoints soit respectée. Le couple, selon cette conception, se construit selon les caractéristiques de l’amour philia : il y a une bienveillance réciproque entre deux sujets autonomes. L’idéal privilégié est celui de cette autonomie, et si le couple est ensemble, ce n’est plus tant parce qu’il a besoin de vivre ensemble, mais c’est parce qu’il considère que cela le rend davantage heureux.

Le problème est que, dans le même temps, tout le monde continue de rêver de l’amour eros. Mais un tel amour romantique n’est plus privilégié car, dans ce modèle, on retrouve un rapport de possessivité entre les deux protagonistes. L’un est toujours l’objet de l’amour de l’autre. Raisonnablement donc, nous privilégions l’idéal de l’amitié au sein du couple, mais nous continuons de rêver de l’amour passion. Cela crée une tension très difficile à vivre pour les couples aujourd’hui. Les divorces et les blessures en sont un témoignage."

Les amours heureuses, constate la philosophe, sont ceux qui parviennent à passer d’un amour fusion, à un amour philia. "Mais ce n’est pas évident car cela veut dire que l’on renonce à chercher le meilleur. Or, ce que l’on constate à une époque où l’engagement est moins clair qu’auparavant, c’est que l’on continue à vouloir chercher le meilleur, c’est-à-dire la passion. Du coup, si après dix ans de mariage je me rends compte que quelqu’un peut m’émouvoir et me mobiliser affectivement davantage que mon mari, eh bien je vais peut-être le quitter pour vivre avec cette personne."